B. Perez, l'Enfant de trois à sept ans, p
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le trouver là. — Je fais, dit l'enfant, une page d'allemand; ce n'est pas très amusant; mais c'est une agréable surprise que je veux faire à maman. » Encore un cas de genèse d'attention volontaire, greffé cette fois sur un sentiment sympathique, non sur un sentiment égoïste, comme dans le premier exemple. Le piano, l'allemand n'éveillent pas spontanément l'attention ; ils la suscitent et la maintiennent par une force d'emprunt.
Partout, à l'origine de l'attention volontaire, on retrouve ce mécanisme toujours le môme, avec des variations sans nombre, aboutissant à un succès, à un demi-succès ou à un échec : prendre les mobiles naturels, les détourner de leur but direct, s'en servir (si l'on peut) comme moyens pour un autre but. L'art plie la nature à ses desseins, et c'est à ce titre que j'appelle cette forme de l'attention : artificielle.
Sans prétendre énumérer les divers mobiles que l'artifice met en jeu pour faire naître et consolider l'attention volontaire, c'est-à-dire, encore une fois, pour donner au but à atteindre une
puissance d'action qu'il n'a pas naturellement, je note dans la formation de l'attention volontaire trois périodes chronologiques.
Dans la première, l'éducateur n'a d'action que sur les sentiments simples : il use de la crainte sous toutes ses formes, des tendances égoïstes, de l'attrait des récompenses, des émotions tendres et sympathiques, de cette curiosité innée qui est comme l'appétit de l'intelligence et qui se rencontre chez tous à quelque degré, si faible qu'il soit.
Dans la deuxième période, l'attention artificielle est suscitée et maintenue par des sentiments de formation secondaire : l'amour-propre, l'émulation, l'ambition, l'intérêt au sens pratique, le devoir, etc.
La troisième période est celle d'organisation : l'attention est suscitée et maintenue par l'habitude. L'écolier dans sa salle d'étude, l'ouvrier dans son usine, l'employé dans son bureau, le marchand derrière son comptoir aimeraient mieux le plus souvent être ailleurs ; mais l 'amourpropre, l'ambition, l'intérêt ont créé par répéti-
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tion un entraînement durable. L'attention acquise est devenue une seconde nature ; l'œuvre de l'art est consommée. Le seul fait d'être placé dans une certaine attitude, un certain milieu, entraîne le reste ; l'attention se produit et se maintient moins par des causes actuelles que par des causes antérieures accumulées ; les mobiles habituels ont pris la force des mobiles naturels. Les réfractaires à l'éducation et à la discipline n'atteignent jamais cette troisième période; chez eux l'attention volontaire se produit rarement, par intermittences, et ne peut devenir une habitude.
Il n'est pas nécessaire de montrer longuement que chez les animaux le passage de l'attention spontanée à l'attention volontaire se produit de même sous l'influence de l'éducation, du dressage; mais l'éducateur ne dispose que de moyens d'action restreints et de nature simple. Il agit par la peur, la privation d'aliments, la violence, la douceur, les caresses et parvient ainsi à faire contracter des habitudes, à rendre par artifice l'animal attentif. Il y a, comme chez l'homme, des éducables et des réfractaires. « Un éleveur de singes, dit
Darwin, qui achetait à la Société zoologique des espèces communes au prix de cinq livres la pièce, en offrait le double, à la condition de pouvoir les garder quelques jours pour faire un choix. Quand on lui demanda comment en si peu de temps il pouvait voir si tel singe serait un bon acteur, il répondit que tout dépendait de leur pouvoir d'attention. Si, pendant que l'on parlait ou expliquait quelque chose à un singe, son attention était aisément distraite, par une mouche sur le mur ou quelque autre bagatelle, le cas était désespéré. Essayait-on par des punitions de faire agir un singe inattentif, l'animal devenait rétif. Au contraire, un singe attentif pouvait toujours être dressé 1. »
En résumé, nous n'avons trouvé à la racine de l'attention que des états affectifs, des tendances attractives ou répulsives. Sous la forme spontanée, il n'y a pas d'autres causes. Sous la forme volontaire, de même; mais les sentiments sont de nature plus complexe, de formation tardive,