Voir de bons exemples dans J. Sully : Illusions, ch. vu
resterait aussi à ramener les lois de l’association à des lois physiologiques, le mécanisme psychologique au mécanisme cérébral qui le supporte : mais nous sommes bien loin de cet idéal.
L’état normal, c’est la pluralité des états de conscience ou, suivant une expression employée par certains auteurs, le polyidéisme. L’attention est l’arrêt momentané de ce défilé perpétuel, au profit d’un seul état : c’est un monoïdéisme. Mais il est nécessaire de bien déterminer dans quel sens nous employons ce terme. L’attention est-elle la réduction à un seul et unique état de conscience? Non ; l’observation intérieure nous apprend qu’elle n’est qu’un monoïdéisme relatif , c’est-à-dire qu’elle suppose l’existence d’une idée maîtresse attirant tout ce qui se rapporte à elle et rien d’autre, ne permettant aux associations de se produire que dans des limites très étroites et à condition qu’elles convergent vers un même point. Elle draine à son profit, du moins dans la mesure possible, toute l’activité cérébrale.
Existe-t-il des cas de monoïdéisme absolu , où la conscience est réduite à un seul et unique état qui
INTRODUCTION
la remplit tout entière, où le mécanisme de l’association s’arrête totalement? A notre avis, cela se rencontre dans quelques cas très rares d’extase que nous analyserons plus tard; mais c’est un instant fugitif, parce que la conscience, placée en dehors des conditions rigoureusement nécessaires de son existence, disparaît.
L’attention (nous rappelons encore une fois, pour n’v plus revenir, que nous n’étudions que les cas bien nets) consiste donc dans la susbtitution d’une unité relative de la conscience à la pluralité d’états, au changement qui est la règle. Toutefois, cela n’est pas suffisant pour la définir. Un fort mal de dents, une colique néphrétique, une jouissance intense produisent une unité momentanée de la conscience que nous ne confondons pas avec l’attention. L’attention a un objet; elle n’est pas une modification purement subjective : c’est une connaissance, un état intellectuel. Nouveau caractère à noter.
Ce n’est pas tout. Pour la distinguer de certains états qui s’en rapprochent et qui seront étudiés au cours de ce travail (par exemple les idées fixes),
nous devons tenir compte de l’adaptation qui l’accompagne toujours et qui — nous essayerons de l’établir — la constitue en grande partie. En quoi consiste cette adaptation? Pour le moment, bornons-nous à une vue tout à fait superficielle.
Dans les cas d’attention spontanée, le ccrps entier converge vers son objet, les yeux, les oreilles, quelquefois les bras; tous les mouvements s’arrêtent. La personnalité est prise, c’està-dire que toutes les tendances de l’individu, toute son énergie disponible visent un même point. L’adaptation physique et extérieure est le signe de l’adaptation psychique et intérieure. La convergence, c’est la réduction à l’unité se substituant à la diffusion des mouvements et des attitudes, qui caractérise l’état normal.'
Dans les cas d’attention volontaire, l’adaptation est le plus souvent incomplète, intermittente, sans solidité. Les mouvements s’arrêtent, mais pour réapparaître de temps en temps. L’organisme converge, mais d’une façon molle et lâche. Les intermittences de l’adaptation physique sont le signe des intermittences de l’adaptation mentale.
INTRODUCTION
La personnalité n’est prise que partiellement et par moments.
Je prie le lecteur d’excuser ce que ces brèves remarques ont d’obscur et d’insuffisant. Les détails et les preuves viendront plus tard. Il s’agissait seulement de préparer à une définition de l’attention que je crois pouvoir proposer sous cette forme : C’est un monoïdéisme intellectuel avec adaptation spontanée ou artificielle de l'individu. Si l’on préfère une autre formule : L'attention consiste en un état intellectuel, exclusif ou prédominant, avec adaptation spontanée ou artificielle de l'individu.
Laissons maintenant ces généralités pour étudier dans leur mécanisme toutes les formes de l’attention.