‹ Psychologie de l'éducationChapitre 42 sur 127 · Enquête, i. 1, p. 150. A. Leroy-Beaulfeu, de l'Institut · texte numérisé non relu

Enquête, i. 1, p. 150. A. Leroy-Beaulfeu, de l'Institut

2. Enquête, t. l, p. 139. Perrot, de l'Institut, directeur de l'École Normale Supérieure.

PSYCHOLOGIE DE l'ÉDUCATION

grande aux formes extérieures. Ils ont des traditions perpétuées dans un milieu homogène, et, si Ton peut redouter leurs doctrines, on ne saurait contester qu'au point de vue de l'éducation extérieure ils sont fort supérieurs aux professeurs de rUniversité.

Quelles que soient les causes de son défaut de prestige, Tuniversitaire est peu considéré par le public, et il en souffre vivement. Sa profession est tenue comme honorable assurément, mais faiblement cotée. A peine au-dessus du vétérinaire et assez au-dessous du pharmacien. Bien qu'il soit très convenablement rétribué, les familles voient toujours en lui le monsieur légèrement râpé, besoigneux et courant le cachet. Si par hasard on le reçoit au moment des examens, il passe toujours après Tingénieur, Tofficier, le magistrat et le notaire. C'est l'invité sans importance qu'on met au bout de la table, qu'on n'écoute guère et que les héritières ne regardent pas. Un peu gauche^ un peu emprunté, d'aspect assez fruste, il se sent mal à son aise dans le monde, et redoute de s'y montrer.

Ce défaut de prestige que l'universitaire sent fort bien, reste toujours un mystère irritant pour lui. Les illusions dont il est saturé lui ont laissé croire que c'est par les diplômes que se marquent les différences intellectuelles et sociales entre les hommes. Persuadé qu'avec ses parchemins il devrait être aux meilleures places dans la vie, il s'indigne secrètement d'en rester fort loin, et finalement n'a qu'antipathie pour une société qui ne lui donne pas la situation à laquelle il s'imagine avoir droit. De là en grande partie les tendances cachées ou avouées de la plupart des univer-

PROFESSEURS ET REPETITEURS

sitaires pour les doctrines révolutionaires les plus avancées.

Un écrivain qui a longtemps appartenu à l'Université a très bien marqué ces causes de Fantipathie des professeurs pour la société, et surtout pour l'armée, dans les lignes suivantes :

Quelques professeurs détestent l'armée par jalousie plus que par politique.

Chez les membres de l'Université, l'éducation première n'est pas toujours au niveau du savoir acquis. C'est par les honorables et modestes fonctions de l'enseignement que beaucoup d'enfants du peuple font leur entrée dans la bourgeoisie. Ils s'y trouvent d'abord un peu dépaysés. Munis de leurs diplômes, ils se jugent très supérieurs au monde qui les entoure.

Si leurs manières un peu gauches, leurs vêtements dépourvus d'élégance ne leur assurent pas dans la haute compagnie des petites villes la place qu'ils estiment due à leur mérite, ils rendent, au fond de leurs cœurs froissés, les dédains au centuple. Ils jurent ^une haine mortelle à la société futile ou ignorante qui les tient si injustement à l'écart.

Ainsi s'expliquent les opinions révolutionnaires de certains professeurs.

Au contraire, l'officier, avec son brillant uniforme, est partout accueilli, recherché, fêté. Il orne les salons de la préfecture, il participe aux grandes chasses, aux aristocratiques réunions.

Par surcroît, le décret de messidor lui assigne dans les cérémonies la préséance sur les professeurs des lycées.

Que fait-on de l'adage « Que les armes passent après la toge ? »

Il y a de quoi gonfler de venin et faire crever de dépit les amours-propres vulgaires

Et malheureusement la considération que l'universitaire n'obtient pas dans le monde, il ne l'obtient pas beaucoup plus dans l'Université, qui ne voit en lui qu'un fonctionnaire subalterne qu'on peut rudoyer à son gré. M. de Goubertin a très bien marqué dans les lignes suivantes la situation actuelle des professeurs de notre Université.

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