LA QLESTION DE L'ÉDUCATION
Quelques professeurs ont cité les désastreux effets de cette surveillance tatillonne de toutes les minutes à laquelle sont soumis les élèves. Voici comment s'exprime à cet égard le Père Didon.
L'enfant qui se sent soumis à une surveillance de tous les instants est tenté de se tenir toujours sur ses gardes, et ce principe de la défiance est un des plus dangereux de l'éducation. Il amène la compression, Foppression ; et c'est lui qui produit les passifs et les esclaves, les lévoltés et les finauds, qui, eux, échappent toujours à la surveillance en la bravant ou en la trompant^.
Dès qu'il ne sent plus cette surveillance autour de lui, Tenfant se croit tout permis. Les parents s'en aperçoivent vite. L'enfant ne les respecte guère, alors que chez l'Anglais l'autorité paternelle est quelque chose d'immense qui n'est même pas discuté. La déférence des enfants pour les parents diminue de plus en plus chez les Latins.
Lorsque j'étais au lycée, les enfants osaient à peine parler^ sans autorisation, à la table de leur père; quel changement f aujourd'hui, les pères laissent les enfants exprimer leur opinion sur toutes choses et se taisent même volontiers pour les laisser parler, sinon pour les admirer. La fermeté paternelle a donc beaucoup faibli depuis quelques années, mais les parents veulent l'autorité chez ceux à qui ils confient l'éducation de leurs enfants. On a diminué l'autorité des chefs d'établissement au moment où elle était le plus nécessaire ; on a relâché la discipline chez nous au moment où on aurait dû la relever*.
Si les parents français ne savent pas se faire respecter de leurs enfants, il y a certes beaucoup de leur faute. Ils se familiarisent trop avec eux pour avoir aucun prestige.
Pour ma part, je ne crois pas que l'enfant soit naturellement bon. Il est méchant et, avant de s'en faire aimer, il faut «*ea
1. Enquête, l. II, p. 459. Père Didon, professeur à l'école d'Arcueil. 8. Enquête, 1. 1, p. 557. Dalimier, professeur au lycée Buifon.
PSYCHOLOGIE DE l/ÉDUC ATION
faire craindre. La peur sera pour lui le commencement de la sagesse et quand il est sage, on s'en fait facHement aimer*.
Le modeste surveillant qui a émis cette assertion me semble beaucoup mieux connaître la psychologie de Tenfant que l'immense majorité des parents et des professeurs. L'enfant, qui répète dans les premières phases de sa vie la série ancestrale, a tous les défauts des primitifs, avec leur force en moins. Il est méchant quand il peut l'être sans inconvénient pour lui. La crainte seule, et non la raison, peut limiter ses mauvais instincts. Si on sait se faire craindre, on sait se faire obéir. Le Père Didon a dit avec raison devant la Commission :
Quand on commande bien, on est toujours obéi, et quand on commande mal, on ne l'est jamais, même par les êtres disciplinés qu'on a cru former^.
L'art de commander manque tout à fait, malheureusement, à la plupart de nos professeurs. C'est un art qui ne s'enseigna pas dans les livres.
L'insupportable discipline du collège, ne laissant aucune initiative à l'élève, jointe aux tolérances de la vie familiale et au défaut de prestige des parents, transforme vite le lycéen en un petit être intolérable, férocement égoïste, et incapable de faire un pas sans être dirigé. Le jeune Anglais, qui ne se sent pas protégé par ses parents ni surveillé par ses professeurs au collège, est conduit à une conception de la vie toute différente de celle de nos lycéens. Habitué dès le jeune âge à ne compter sur personne, à donner et recevoir des coups, il apprend vite le respect des autres, la maîtrise de ses désirs, et la nette
1. EnquMCy t. II, p. 393. Potot, «rveiilanl général à Sainte-Barbe.