Enquête, t. I, p. 39. Lavisse, professeur à la Sorbonne
2. Gomme tout récemment encore, elle ne faisait pas partie des programmes, la plupart des élèves des écoles primaires n'en avaient pas entendu parler davantage. Le Temps du S mars 1901 publiait la lettre d'un chef d'escadron qui, tous les ans, tait une petite enquête sur les 50 recrues qu'il reçoit et qui doivent répondre par écrit aux questions très simples qu'on leur pose. Sur ces 50 recrues, 30 n'ont jamais entendu parler de nos désastres, 10 ont des notions très vagues à leur sujet, 10 seulement, les Parisiens surtout, savent ce que lut celte guerre. En fait, on peut dire que plus de la moitié des Français de la génération actuelle n'a jamais entendu parler de la guerre franco-allemande et ne soupçonne par conséquent aucun des enseignements profonds que nos défaites comporienu
ENSEIGNEMENT DE l'hiSTOIRE ET DE LA LITTERATURE 267
moins d'accord avec eux en assurant que Fenseigneinent détaillé de l'histoire, comme on le trouve exposé dans les livres classiques, n'est propre qu'à fausser le jugement de l'élève et pervertir un peu sa moralité. Les faits historiques représentant presque toujours le triomphe de la ruse, de là violence et de la force, ne paraissent pas très aptes à former l'esprit des enfants. Pour peu d'ailleurs que ces derniers parcourent quelques œuvres d'historiens — et ils le feront tôt ou tard — ils s'apercevront bien vite que les mêmes faits sont présentés et jugés de la façon la plus opposée par des auteurs diiTérents. Cette constatation, qu'ils étendront naturellement à ce qu'on leur en- ' seigne, affaiblira leur confiance dans l'autorité des professeurs.
Il y aurait cependant beaucoup à tirer de renseignement de rhistoire pour la formation de Fintelligence de la jeunesse, si cet enseignement était donné dans un tout autre esprit que celui qui règne chez nos universitaires.
Au lieu des généalogies de souverains et des récits de bataille, il faudrait montrer à Télève ce que chaque peuple a laissé derrière lui, c'est-à-dire expliquer l'histoire de sa civilisation. Elle s'éclaire surtout par Tétude des monuments et des diverses œuvres d'art. Si ces œuvres sont mises sous les yeux de l'élève par des photographies, des projections, des visites dans les musées, il est intéressé et retient toujours ce qu'il a VU; alors qu'il ne retient pas ce qu'il a appris par cœur * .
1. Comme exemple des documents que peuvent fournir à l'histoire les œuvres d'art et les monuments, je renvoie le lecteur à mon Histoire des Civilisations de l'Orient, 3 vol. in-4o avec 1200 gravures, exécutées la plupart d'après des piiolographies recueillies dans mes voyages.