‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 78 sur 90 · IMAGINATION · texte numérisé non relu

IMAGINATION

dàat se livrent à cèrtaing travaux, il est permis de supposer qu'ils se représentent bien ce qu'ils touchent.

Quant à l'imagination créatrice, elle n'existe pour ainsi dire pus, et certainement non chez les inférieurs. Us sont en effet incapables, par exemple, de faire une narration, de composer un dessin même grossier. Ce défaut d'imagination est, à notre avis, une des plus fortes raisons pour lesquelles les idiots sont en général peu menteurs. Ils peuvent, bien entendu, faire et font souvent des erreurs, par défaut de mémoire, d'attention, de compréhension. Ils font plus rarement des mensonges demandant une certaine invention, comme par exemple de raconter une chose autrement qu'elle ne s'est passée, dans l'intention de tromper.

Certains idiots aiment cependant le merveilleux et improvisent eux-mêmes des contes fantastiques. Mais si on peut observer chez quelques-uns cet amour du fantastique qui frappe 1 imaoination, c'est le cas le moins fréquent et il est encore plus rare de les voir en inventer. Il faut remarquer du reste que ainsi que nous l'avons déjà dit, l'idiot croit tout, parce qu il ne sait pas distinguer ce qui est possible de ce qui est impossible Les contes bleus ne lui paraissent donc pas invraisemblables, et s'il les aime, c'est peut-être parce qu'ils demandent de sa part moins d'attention et moins de jugement que les choses réelles. C'est ce qui se passe aussi chez les jeunes enfants. Il est donc possible qu'ils ne fassent en ce cas que ti cs peu œuvre d'imagination à proprement parler. Cela les intéresse parce que ce n'est pas difficile à saisir, et qu'on se sert de termes très simples, de comparaisons simples, et qu'on ne leur présente que des faits très gros qu'ils arrivent a se représenter à cause de ce grossissement même. Ajoutons du reste que ce n'est qu'au bout de longtemps, chez les idiots déjà soigneusement éduqués et sur un petit nombre seulement d'entre eux, que l'on peut observer cette faculté de se représenter des contes simples.

Chez les imbéciles, à l'inverse des idiots, on observe le plus souvent une imagination déréglée. On peut déjà s'en rendre compte par l'amour qu'ils ont des comparaisons grotesques,

SOLLIER. — VMiol. 1 1

l'SYCII H.OGIE DE l.'IDI »T ET DE L'JMBECiLE

qui prouvent <|u'ils sonl capables d'établir un lien entre deux idées souveni disparates et n'ayant entre elles qu'un rapport éloigné. Cette tendance est quelquefois extrêmement développée chez eux et leur donne un faux air d'avoir de L'esprit. D'autre part, nous avons vu combien ils étaient menteurs. Ils le sont tous plus ou moins. Mais ils ne se contentent pas de nier purement et simplement ce dont on les accuse. Ils inventent une histoire toute différente de la réalité. Il en est même qui ne se contentent pas de dénaturer les faits, mais qui encore inventent des détails ou même une histoire de toutes pièces. Et ce n'est pas seulement pour se disculper ou accuser un de leurs camarades; ils le font même lorsque cela est à leur désavantage. C'est ainsi qu'ils se vantent de mauvais coups qu'ils n'ont pas faits, pour se rendre intéressants et se faire admirer par leurs camarades.

Leur disposition à trouver le côté grotesque des gens plus encore que des choses les pousse à les tourner en dérision autrement que par des épithètes. Il circule de temps à autre dans les services où ils sont placés des chansons quelquefois assez spirituelles, toujours méchantes en tout cas, pour ridiculiser leurs maîtres ou leurs médecins.

C'est pendant le sommeil que l'imagination est le plus active et déréglée chez l'individu normal. Si les idiots ne rêvent guère, à ce qu'il semble, il n'en est pas de même des imbéciles qui racontent souvent les rêves fantastiques qu'ils ont faits. Mais ce point est très délicat à préciser chez des individus très peu capables de s'observer et de rapporter ce qu'ils ressentent. Aussi ne pouvons-nous y insister.

Enfin, si l'imagination est très excitée, il peut en résulter un véritable délire. Nous avons déjà dit combien rarement les idiots déliraient. Chez les imbéciles, au contraire, à côté du délire moteur qui se manifeste ordinairement par de l'excitation, nous avons un délire d'idées qui trahît bien leur imagination excessive. lisse croient en effet de grands personnages, des inventeurs, etc., et leurs idées sous ce rapport se produisent avec tant de rapidité quelquefois qu'il en résulte une grande incohérence et une remarquable absurdité. Cela prouve ton1 au moins que l'imagination est assez développée chez eux

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à l'état normal pour s'hypertrophier do In sorte par moments.

Il est asso/ remarquable que, pour tout ce qui est pratique, utile et bon, leur imagination est en défaut. Ils ne savent comment s'y prendre pour tourner une difficulté qui survient clans leur travail habituel. Mais ils imaginent toutes sortes de ruses pour surmonter les obstacles qui s'opposent à leur évasion, par exemple. Là encore, nous les voyons employer comme toujours les rares facultés qu'ils ont à un but mauvais. On peut dire d'eux comme on le dit souvent de criminels ou d'escrocs : Est-il fâcheux qu'ils n'aient pas mis leur intelligence au service d'une meilleure cause ! Eh bien ! il faut avouer qu'ils n'auraient pas réussi dans le bien comme ils réussissent dans le mal, d'où la nécessité de se tenir en garde contre tous les dégénérés, quel que soit le degré de leur dégénérescence. L'imagination des imbéciles ne s'exerce jamais sur ce qui peut être utile à leurs semblables, sur le perfectionnement de leur travail, sur le progrès de leur moralité. Elle s'exerce toujours sur les moyens de satisfaire leur ambition, leur vanité, leurs besoins et leurs mauvais instincts.

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