LES FOULES DITES CRIMINELLES
déchiquette pendant une demi -heure; puis, quand lout le monde a bien vu, on les finit en leur ouvrant le ventre.
Les massacreurs sont d’ailleurs fort scrupuleux, et manifestent la moralité dont nous avons déjà signalé l’existence au sein des foules. Ils refusent de s’emparer de l’argent et des bijoux des victimes, et les rapportent sur la table des comités.
Dans tous leurs actes, on retrouve toujours ces formes rudimentaires de raisonnement, caractéristiques de l’âme des foules. C’est ainsi qu’après l’égorgement des 12 ou 1500 ennemis de la nation, quelqu’un fait observer, et immédiatement sa suggestion est acceptée, que les autres prisons, celles qui contiennent de vieux mendiants, des vagabonds, des jeunes détenus, renieraient en réalité des boucnes inutiles, et dont il serait bon, pour cette raison, de se débarrasser. D’ailleurs il doit y avoir certainement parmi eux des ennemis du peuple, tels, par exemple, qu’une certaine dame Delarue, veuve d’un empoisonneur : « Elle doit être furieuse d’être en prison ; si elle pouvait, elle mettrait le feu à Paris; elle doit l’avoir dit, elle l’a dit. Encore un coup de balai, j La démonstration paraît évidente, et tout est massacré en bloc, y compris une cinquantaine d’enfants de douze à dix-sept ans, qui, d’ailleurs, eu>mêmes auraient pu devenir des ennemis de la nation, et dont par conséquent il y avait un intérêt évident à se débarrasser.
Au bout d’une semaine de travail, toutes ces opérations étant terminées, les massacreurs purent songer au repos. Etant intimement persuadés qu’ils avaient bien mérité de la patrie, ils vinrent réclamer aux autorités
une récompense ; les plus zélés allèrent même jusqu’à exiger une médaille.
L’histoire de la Commune de 1871 nous offre plusieurs faits analogues à ceux qui précèdent. Avec l’influence grandissante des foules et les capitulations successives des pouvoirs devant elles, nous sommes certainement appelés à en voir bien d’autres.