CONVICTION DES FOULES
es premiers personnages de leur pays... Il est impossible d'attribuer tout cela à la crainte et à la servilité. Des À peuples entiers ne sont pas serviles, et ne le sont pas pendant trois siècles. Ce n'étaient pas les courtisans qui adoraient le prince, e’était Rome. Ce n'était pas Rome seulement, c'était la Gaule, c'était l'Espagne, c'était la Grèce et l'Asie. »
Aujourd'hui la plupart des grands ne d’âmes ne possèdent plus d’autels, mais ils ont des statues ou des ‘images, et le culte qu’on leur rend n’est pas notablement différent de celui de jadis. On n'arrive à comprendre un | peu la philosophie de l'histoire qu'après avoir bien pénétré ce point fondamental de la psychologie-des foules : il faut être dieu pour elles ou ne rien être.
Ce ne sont pas là des superstitions d’un autre âge chassées définitivement par la raison. Dans sa lutte éternelle contre la raison, le sentiment n’a jamais été vaincu. Les foules ne veulent plus entendre les mots de divinité et de religion, qui les ont si longtemps dominées ; mais aucune époque ne les vit élever autant de statues et | d'autels que depuis un siècle. Le mouvement populaire connu sous le nom de boulangisme démontre avec quelle facilité les instincts religieux des foules sont prêts à renaître. Point d’auberge de village, qui ne possédAt | l'image du héros. On lui attribuait la puissance de remédier à toutes les injustices, à tous les maux, et des milliers | d'hommes auraient donné leur vie pour lui. Quelle place n’eût-il pas conquis dans l’histoire si son caractère avait pu soutenir sa légende ! | Aussi est-ce une bien inutile banalité de répéter qu'il faut une religion aux foules. Les croyances politiques, : divines et sociales ne &’établissent chez elles aw’à la condi-
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tion de revêtir toujours la formereligieuse, qui les met 4 l'abri de la discussion. L’athéisme, s’il était possible de le faire accepter aux foules, aurait toute l’ardeur intolé\ rante d’un sentiment religieux, et, dans ses formes extérieures, deviendrait rapidement un culte. L'évolution de la petite secte positiviste nous en fournit une preuve. curieuse. Elle ressemble à ce nihiliste, dont le profond” Dostoïewsky nous rapporte l’histoire. Éclairé un jour pars : les lumières de la raison, il brisa les images des divinités. et des saints qui ornaient l'autel de sa petite chapelle, éteignit les cierges, et, sans perdre un instant, remplaça les images détruites par les ouvrages de quelques philo-« sophes athées, puisralluma pieusement les cierges. L'objet de ses croyances religieuses s’était transformé, mais ses» sentiments religieux, peut-on dire vraiment qu'ils avaient. changé ?
On ne comprend bien, je le répète encore, certains. événements historiques —'et précisément les plus importants — qu'après s'être rendu compte de la forme religieuse que finissent toujours par revêtir les convictions | des foules. Bien des phénomènes sociaux demandent l'étude d’un psychologue beaucoup plus que celle d’un naturaliste. ! Notre grand historien Taine n’a examiné la Révolution qu'en naturaliste, aussi la genèse réelle des événements lui a-t-elle souvent échappé. Il a parfaitement observé les faits, mais, faute d'avoir pénétré la psychologie des foules, le célèbre écrivain n’a pas toujours su remonter aux . causes. Les faits, l'ayant épouvanté par leur côté sanguinaire, anarchique et féroce, il n'a guère vu dans les héros de la grande épopée qu’une horde de sauvages épileptiques se livrant sans entraves à leurs instincts. Les. violences de la Révolution, ses massacres, son besoin de »
s'expliquent at si l'on on qu'elle fut l’étassement d’une nouvelle croyance religieuse dans l'âme s joe La HE la a di res
entiments on qui conduisent et à
Rition et de la Terreur sont Le des vrais convaincus. ne seraient pas des convaincus s'ils en employaient
er ne sont RUE que quand l'âme des foules les fait surgir. Les plus absolus despotes seraient impuissants à les déchainer. Les historiens montrant la Saint-Barthélemy comme l’œuvre d’un roi, ignorent la psychologie des foules tout autant que celle des rois. De semblables manifestations ne peuvent sortir que de l’âme populaire. Le pouvoir le plus absolu du monarque le plus despotique ne va guère plus loin que d’en hâter ou d’en retarder * peu le moment. Ce ne sont pas les rois qui firent ni le Saint-Barthélemy, ni les gucrres de religion, pas plus que Robespierre, Danton, ou Saint-Just ne firent la Terreur. Derrière de pareils événements on retrouve toujours l'âme des foules.
LE BON. — Psych. des foules. | re
po par le fer et le feu, tout ce qui s oppose à si l