‹ Psychologie des foules (volume 3)Chapitre 27 sur 65 · LES TRADITIONS · texte numérisé non relu

LES TRADITIONS

Les traditions représentent les idées, les besoïns, les sen-| timents du passé. Elles sont la synthèse de la race et. pèsent de tout leur poids sur nous. |

Les sciences biologiques ont été transformées depr ‘4 que l’embryologie a montré l'influence immense àd« passé dans l’évolution des êtres ; et les sciences histo® riques le seront pareillement quand cette notion devien=. dra plus répandue. Elle ne l’est pas suffisamment encore, et bien des hommes d’État en sont restés aux idées des théoriciens du dernier siècle, s ’imaginant qu’une société! peut rompre avec son passé et être refaite de toutes: pièces en prenant pour guides les lumières de la raison”

Un peuple est un organisme créé par le passé. Comme: tout organisme, il ne peut se modifier que par de lentes: accumulations héréditaires. ‘

Les vrais conducteurs des peuples sont ses traditions + et, comme je l’ai répété bien des fois, ils n’en changent,

n a dit avec raison qu'une fourmi qui aurait le temps vant elle pourrait niveler le mont Blanc. Un être possé- Mdant le pouvoir magique de varier le temps à son gré “aurait la puissance Fi les croyants attribuent à leurs . Dieux. ar - » Mais nous n'avons à nous occuper ici nue de l'influence du temps dans la genèse des opinions des foules. À ce - point de vue, son action est encore immense. Il tient sous -sa dépendance les grandes forces, telles que la race, qui - ne peuvent se former sans lui. Il fait évoluer et mourir À toutes les croyances. Par lui elles acquièrent leur puis- » sance et par lui aussi elles la perdent.

Le temps prépare les opinions et les croyances des : foules, c'est-à-dire le terrain où elles germeront. I1s’en suit . que certaines idées réalisables à une époque ne le sont plus à une autre. Le temps accumule l'immense résidu de croyances et de pensées, sur lequel naissent les idées : d'une époque. Elles ne germent pas au hasard et à l'aventure. Leurs racines plongent dans un long passé. Quand elles fleurissent, le temps avait préparé leur éclo- » sion; et c’est toujours en arrière qu'il faut remonter pour en concevoir la genèse. Elles sont filles du passé et mères de l'avenir, esclaves du temps toujours.

. Ce dernierest donc notre véritable maître, etil suffit de le laisser agir pour voir toutes choses se transformer. Au- » jourd’hui, nous nous inquiétons fort des aspirations mena- |gantes des foules, des destructions et des bouleversements qu elles présagent. Le temps se chargera à lui seul de rétablir l équilibre. « Aucun régime, écrit très justement M. Lavisse, ne se fonda en un jour. Les organisations politiques et sociales sont des œuvres qui demandent des \siècles; la féodalité exista informe et chaotique pendant

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des siècles, avant de trouver ses règles; la monarchie

absolue vécut pendant des siècles aussi, avant de trouver

des moyens réguliers de gouvernement, et il y eut de grands troubles dans ces périodes d’attente, » ;

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