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LA PRÉPARATION PAR l'HÉRÉDITÉ. 65

sont les agents les plus sûrs de Télaboration des grands hommes, encore une fois qu'y aurait-il de plus consolant? Les doctrines spiritualistes sur les rapports du physique et du moral n'en recevraient pas d'ailleurs le plus léger trouble. Cette organisation qui se transmet de père en fils, elle a subi journellement l'influence de la volonté mue par l'idée : ce cœur a battu pour des causes dont la beauté ne dépendait d'aucune combinaison mécanique * ; ce cerveau a été agrandi et ordonné peu à peu par la recherche méthodique de la vérité, et ce n'est ni le nombre , ni l'intensité des vibrations nerveuses qui fait la différence de la vérité avec l'erreur. La part de l'esprit n'est donc pas moins évidente que celle de la matière dans ces acquisitions transmises par Thérédité. Mais ces présomptions ne suffisent pas. Quels faits pouvons-nous produire à l'appui de cette hypothèse, et comment ces faits doivent-ils être interprétés? Telle est la question déUcate.

Déblayons d'abord le terrain; écartons les opinions où la fantaisie aurait plus de part que la science. Comnie on trouve toujours des raisons à l'appui de toute habitude, il s'est vu des gens pour justifier le droit d'aînesse, sous prétexte que le premier-né devait être l'expression la plus vigou-

1. De même qu'inversement, dans certaines familles perverties ou criminelles, l'habitude du désordre a faussé l'organisme même.

reuse de la nature physiologique des parents. D'autres ont réclamé pour les cadets. Enfin on assure que, chez certains peuples, c'était le dernier qui était le mieux traité par la coutume et par la loi, comme il est encore dans un grand nombre de familles le plus tendrement choyé de toute, la maison. Toute tentative d'édifier une théorie sur lun ou l'autre de ces sentiments ou de ces caprices serait évidemment puérile. Si les enfants d'un même lit sont comme autant d'épreuves successives tirées d*un original commun, rien ne donne à croire que le relief et la pureté de la copie aillent en gagnant ou en perdant avec le nombre des épreuves, tant qu'on reste, bien entendu, dans les limites d'un âge raisonnable. Le grand Arnauld était le vingtième enfant de sa famille (sur vingt-deux), Boileau le quinzième, Malebranche le dixième ; Mozart en était le septième; Mirabeau en était le cinquième, ainsi que ^fichel-Ange et Cromwell. Napoléon vint au quatrième rang; Montaigne, Descartes, le cardinal de Richelieu, Voltaire, au troisième; Pascal et Montesquieu, au deuxième. Mais saint Louis, Christophe Colomb, Raphaël, Henri IV, Condé, Louis XIV, Corneille, Molière, Newton, Leibniz, Diderot, Gœthe furent des aînés ou des fils uniques.

Si Ton était donc tenté de supposer que les frères et sœurs d'un grand homme sont généralement comme des ébauches auxquelles manque

un dernier trait pour réaliser cette œuvre achevée où tendait Teffort de la race, serait-on près ou serait-on loin de la vérité? La supposition pourrait sembler d'autant plus hardie, que la disproportion entre le grand homme et tel ou tel de ses frères (surtout de ceux qui l'ont précédé) est souvent énorme. Quel rapport y a-t-il entre Gharlemagne et son frère Carloman? entre Napoléon I" et son frère Joseph , si timide et si doux? entr<3 le grand Mirabeau et son frère Mirabeau -î'onneau? Des frères de Malebranche, on nous cite Charles Malebranche, à qui son inconstance fit plus d'une fois reprendre et quitter Thabit de l'Oratoire, puis un autre qui mourut, sans enfants, conseiller au Parlement de Paris. On ne dit rien de plus ni de Tun ni de l'autre, et ce sont, après l'auteur de la Recherche de la vérité, les deux plus célèbres de la famille. Mais que de recherches inutiles ne fait-on pas souvent à propos des grands écrivains et des grands artistes, pour découvrir s'ils avaient ou non des frères et des sœurs * !

Si cependant il est rare de voir un grand homme précédé et préparé par un frère qui approche de lui, il est peut-être plus fréquent de voir ce rôle tenu par une sœur. Des frères et sœurs de Mozart

4. Nous ne songeons pas à nier qu'un certain nombre de frères aient été en même temps des hommes éminents. Mais, comme nous le verrons plus bas, ce fait «e retrouve plus fréquemment dans la région du talent, de la science moyenne et de la distinction, que dans celle du. génie.

(qui était le septième, on l'a vu), on ne cite qu'une de ses sœurs € dont les succès dans Tènfance annonçaient un talent qui ne s'est point réalisé * ». On connaît la réputation de Sophie, la sœur aînée de Pierre le Grand; celle des mères Agnès et Angélique Arnauld, immortalisées par le tableau de Philippe de Champagne, par les articles de Sainte- Beuve et par leurs lettres à elles ; celle de la margrave de Baireuth, la sœur aînée de Frédéric le *

Grand ; c'était sa vraie sœur par la pensée et par l'âme, dit Sainte-Beuve ', qui ajoute : « Elle est de la race de ces sœurs de génie, qui ont eu en partage le même feu sacré dont le frère célèbre tirera des flammes, et qui l'ehtretiennent plus pur ».

Ce qu'on remarque plus souvent encore, assez souvent même pour piquer la curiosité du philosophe, c'est que plus d'un grand homme a eu après luij une sœur reproduisant, avec l'adoucissement naturel à son sexe, la supériorité de son esprit et une bonne partie de son caractère. Condé était l'aîné de la belle Mme de Longueville ; elle lui fit assurément plus d'honneur que leur frère commun le prince de Cohti. On sait comment Sainte-Beuve parle de ce dernier. « La nature, dit-il, ayant formé

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