‹ Psychologie des sectesChapitre 24 sur 53 · La phrase est de G. Lombroso · texte numérisé non relu

La phrase est de G. Lombroso

constater. La phase sectaire dure tant que l'idée ou le sentiment n'a pas reçu le baptême de la légitimité ; et souvent cette phase n'est pas dépassée et l'idée ou le sentiment s'éteignent avec elle : cela arrive quand l'idée était insensée, ou le sentiment anti-social, ou que les temps n'étaient pas encore mûrs.

La phase du parti suit quand, l'idée étant juste et le sentiment étant bon, lune et l'autre peuvent vaincre le misonéisme du plus grand nombre et obtenir — pour ainsi dire — le droit de cité dans le monde moral et intellectuel.

Ce parti — après avoir été légitimé — devient avec le temps la majorité ; et à partir de ce moment qui marque le zénith de sa trajectoire, il commence peu à peu à redescendre insensiblement ; et autour de lui surgissent d'autres sectes qui deviendront des partis et qui, à leur tour, suivront à son dam la route qu'il a parcourue au dam des autres partis.

C'est une loi fatale : tout ce qui nait doit mourir, c'està-dire que tout subit la transformation de la mort qui nous apparaît comme une fin. Les organismes sociaux n'y sont pas moins soumis que les organismes physiques. Et pour eux vieillir c'est, comme pour les individus, retomber en enfance.

Le parti qui après avoir atteint la toute-puissance voit sa fin prochaine, redevient une secte, comme au temps où il faisait ses premiers pas. Il n'aura pas la violence, il n'aura pas l'audace qu'il savait alors, parce qu'il n'est plus jeune ; mais il remplacera ces dons par l'astuce, la fourberie et la force que lui donne le pouvoir qu'il tient

en main, et il défendra le terrain conquis avec l'énergie qu'il mettait jadis à s'emparer du terrain d'autrui.

Cette trajectoire accomplie par les partis, tous les hommes et toutes les idées l'accomplissent. Dans la science même, quand une théorie ou une école en est arrivée à s'imposer, elle regarde d'un œil défiant ou railleur les nouvelles théories et les nouvelles écoles qui naissent et emploie tous les moyens pour les combattre. « Tout homme, écrit Enrico Ferri, qui a voué sa vie à la réalisation d'une réforme, d'un progrès quelconque, est naturellement l'esclave de ses idées, (et il n'y a que peu d'esprits privilégiés pour échapper à l'illusion de prendre le but qu'ils se proposent pour le terme dernier des améliorations humaines), et croyant avoir trouvé le nec plus ultra, de révolutionnaire qu'il était hier il n'est plus aujourd'hui que conservateur » (1). Tous donc et même les hommes de génie, arrivés au terme de leur vie, défendent par misonéisme les idées pour lesquelles ils ont lutté et n'admettent pas qu'on puisse les modifier tout de même qu'ils ont fait les anciennes idées. C'est dans ce sens que Spencer disait que tout progrès accompli est un obstacle aux progrès à venir ; et il est curieux que Bagehot (Lois scientifiques du développement de la nation, p. 66) fasse la même observation en termes presque identiques. « Dans le même temps, écrit-il, où un homme de science arrive à la supériorité dans une branche quelconque, il y devient un obstacle, parce qu'il conservera certainement des idées qui étaient en vogue

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