‹ Psychologie du libre arbitre;Chapitre 16 sur 33 · INTERPRÉTATION DES JUGEMENTS CONTRADICTOIRES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES JUGEMENTS CONTRADICTOIRES

Puisque l'esprit humain est exposé à former des concepts ou formuler des jugements contradictoires sur des choses qui n'en existent pas moins, et par suite à en nier faussement la réalité, il importe au plus haut degré de définir exactement ce qui distingue ces choses de celles où il ne court pas ce risque, où il peut concevoir et raisonner en toute sécurité, c'est-à-dire ce qui distingue les données métaphysiques des données qui sont de son ressort. Si cette distinction n'était

pas possible à faire sûrement, le principe de contradiction, fondement de la logique, serait fallacieux et aucune connaissance ne trouverait en lui un contrôle certain. La règle pour ce discernement est la suivante : est métaphysique toute donnée reconnue inaccessible soit au sens, soit à la conscience, soit à l'observation externe, soit à l'observation interne. Cette règle du même coup assigne leur objet aux sciences positives : une science n'est positive qu'à la condition de ne viser que des rapports. Nous entendons cependant les savants parler de substratum, de ma. tière, d'atomes, de molécules, d'énergie, de forces, etc., mais il n'en faudrait pas pour autant inférer qu'ils font de la métaphysique, Il n'y a pas de rapports sans termes et les termes en sont tous directement ou indirectement métaphysiques. Ils le sont indirectement dans l'expression

algébrique — par exemple, qui représente un rapport fractionnaire dont les termes sont eux-mêmes des rapports (de multiphcation) ; mais les signes ah c d représentent, en dernière analyse, des mesures de données concrètes dont la nature intime est métaphysique. Pourvu que les savants se bornent à constater Yexistence de ces données sans spéculer sur leur nature intime, ils demeurent fidèles à l'esprit scientifique.

l'objet métaphysique 69

REFUTATION DE L'OBJECTION TIRÉE DU CONCEPT CONTRADICTOIRE DE L'ACTE LIBRE.

Si, comme je l'espère, ceux qui ne se fient pas au témoignage de la conscience spontanée ne peuvent réfuter la distinction précédemment établie entre les jugements contradictoires d'ordre métaphysique et les jugements contradictoires d'ordre empirique, et s'ils conviennent ainsi que la chose à la fois affirmée et niée (explicitement ou implicitement) par les premiers n'est pas irréalisable, ils ne pourront plus à ce témoignage affirmant la réalité du libre arbitre opposer tout d'abord la fin de non-recevoir péremptoire qui l'eût condamné sans même qu'il fût besoin de l'examiner. Ils ne le rejetteront pas d'emblée comme obligeant la conscience spontanée active, la raison, à en formuler le concept par des jugements contradictoires et notamment à en tirer la conséquence, étrange assurément, que, grâce à l'entière indépendance de l'acte volontaire, grâce à ce qu'il échappe k tout conditionnement, il constitue un hiatus, une solution de continuité dans la chaîne des événements, un commencement sans antécédent qui le prescrive dans le processus universel.

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