‹ Psychologie du socialismeChapitre 7 sur 43 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

de cohésion que quand cet héritage moral est solidement établi, non dans les codes, mais dans les âmes. Elle décline dès qu'il se désagrège. Elle est condamnée à disparaître lorsque la désagrégation est complète.

Une telle conception n'a jamais influencé les écrivains et les hommes d'Etat latins. Persuadés que les nécessités naturelles peuvent s'effacer devant leur idéal de nivellement, de régularité, de justice, ils croient qu'il suffit d'imaginer des constitutions savantes, des lois fondées sur la raison, pour refaire le monde. Ils ont encore les illusions de cette époque héroïque de la Révolution, oîi philosophes et législateurs considéraient comme certain qu'une société est chosç artificielle que de bienfaisants dictateurs peuvent rebâtir entièrement.

De telles théories semblent bien peu soutenables aujourd'hui. Une faut pas les dédaigner pourtant. Elles constituent des mobiles d'action d'une influence destructive très grande et par conséquent fort redoutable. I^ puissance créatrice s'appuie sur le temps et demeure hors de l'atteinte immédiate de nos volontés. La faculté destructive est aa contraire à notre portée. La destruction d'une société peut être fort rapide, mais sa reconstitution est toujours très lente. Il faut parfois à l'homme des siècles d'efforts pour rebâtir péniblement ce qu'il a détruit en un jour.

Si nous voulons comprendre l'influence profonde exercée par le socialisme moderne, il ne faut pas examiner ses dogmes. Quand on recherche les causes de son succès, on constate que ce succès est tout à fait étranger aux théories que ces dogmes proposent ou aux négations qu'ils imposent Comme les religions, dont il tend de plus en plus à prendre les allures, le socia-

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