‹ Psychologie économique (tome 1)Chapitre 10 sur 23 · DIVISION DU SUJET U · texte numérisé non relu

DIVISION DU SUJET U

est prononcé à raison des idées qui sont déjà installées dan« les esprits, des besoins qui sont déjà ancrés dans les mœurs, idées et besoins qui s'y sont formés jadis d'une manière analogue. Et, dans la fixation de ce choix, les considérations intrinsèques concourent avec les influences extrinsèques. Or, en ce qui concerne ces dernières, partout et toujours les exemples de capitale sont plus contagieux dans les provinces, ou les exemples des villes en général dans les campagnes 1 , ou ceux des classes élevées dans les classes supérieures, que vice versd. Partout et toujours, après s'être répandues ainsi, les innovations qui ont eu le plus de succès tendent à s'enraciner en coutumes, qui, à leur tour, seront remplacées plus tard ou fortifiées par des modes nouvelles 2 .

A la loi de l'imitation du supérieur par l'inférieur, du

supérieur jugé tel par l'inférieur se jugeant tel, à tort ou à raison, sciemment ou à son insu, — se rattache un fait d'une immense importance économique, le commerce international. Partout et toujours, — même aux âges préhistoriques,

(1) On a remarqué, par exemple, en Italie (Rivisla italiana di sociologia, aiticle de M. Coletti) que les émigrants d'origine urbaine ont précédé et entraîne les émigrants d'origine rurale. M. Coletti note que la tendance a emigrer se propage par une véritable psychose épidémiq ue dont Vln- Chiesta agrana, dit-il, décrit des « épisodes vraiment, caractéristiques ».

On a remarqué aussi que l'initiative de l'émigration est partie d'individus isolés et que les familles émigrantes ont suivi...

(2) Une innovation utile se produit, et au début, c'est à raison de son

utilité qu'elle est adoptée par les premiers qui l'adoptent. Mais, de proche

en proche, elle se répand, et, de moins en moins, c'est à cause de son

utilité ; de plus en plus, c'est par esprit d'imitation. Et il est indéniable

que la plupart de ceux qui font bon accueil à cette nouveauté l'auraient

repoussee. s'ils avaient ignoré que d'autres l'ont accueillie, et alors môme

quils auraient parfaitement compris les avantages de son adoption. La fore,*» <\a i n • : — i„ ..... . . . P . Y . ,

coutume, le pouvoir propre de l'imitation consiste à l'emporter sur le

pouvoir de la raison, toutes les fois qu'on se soumet à la tradition tout

en reconnaissant qu'elle est irrationnelle.

Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il y a une force propre inhérente à mutation, un certain désir d'imiter soit les contemporains, soit les

anciens, qui tantôt lutte, tantôt concourt avec la raison et l'intérêt pour

régler notre conduite.

soyons-en persuadés — il y a, parmi les tribus, parmi les cités, parmi les nations voisines, une tribu, une cité, une nation admirée et enviée, qui donne le ton autour d'elle. Le penchant à la copier en tout est si fort que, en dépit des obstacles de la coutume, et, le plus souvent, de la loi, il se fait jour invinciblement par les échanges de peuple à peuple, de peuplade à peuplade 1 . Le législateur a beau les entraver autant qu'il le peut, par des barrières de douane, par des monnaies nationales et locales soigneusement conservées, par des systèmes de poids et mesures multiformes, de telles digues ne servent qu'à révéler la force du courant qu elles contrarient, c'est-à-dire la tendance des hommes, en tout ) temps et en tout pays, à prendre modèle sur l'étranger, ou plutôt sur an étranger, et à commercer avec lui. Cet engouement pour les produits exotiques, ou plutôt pour l'exotique | d'un certain genre, sévit parmi les sociétés les plus barbares; et il aide à comprendre un fait d'une grande portée économique, à savoir pourquoi les consommations nouvelles, importées du dehors, se propagent plus vite dans un pays que les productions correspondantes. Si, à mesure que la mode des produits étrangers se répand ainsi, les industriels indigènes ne se mettent pas aussitôt à les fabri- ! quer, ce n'est pas toujours faute d'habileté, c'est parce qu'ils savent bien que le caractère exotique de l'article est ce qui le fait rechercher. Plus tard, quand la saveur de l'exotique commence à s'épuiser, il sera temps de faire des contrefaçons nationales de l'article étranger.

Mais c'est surtout dans les relations naturelles des concitoyens que la force de l'imitation agit, et, si l'on n'a pas égard

(t) On a retrouvé des traces manifestes du rayonnement de l'antique ; civilisation pharaonique jusque chez lesnègres du Soudan (V. Tombouctou du commandant Dubois) et même du Congo. — Partout où Ton remarque dans les classes inférieures des pays arriérés, descoUFures traditionnelles, & . des costumes locaux, qu'on a l'illusion de croire autochtones, cherchez et vous trouverez que telle coiffure procède d'une mode usitée à telle cour royale il y a quelques siècles, ou que telle coupe de vêtement a une origine non moins princière.

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.1 ace facteur de premier ordre, on ne s'explique pas les faits les plus manifestes, et les plus fondamentaux, tels que l'élévation graduelle du train de vie des diverses classes sociales, i A la laineuse loi (V airain, M. Paul Leroy-Beaulieu oppose, entre autres arguments, celui-ci, que l'étalon de vie de l'ouvrier, l'ensemble de ses besoins jugés impérieux, change constamment et, en fait, constamment s'élève au cours de la civilisation. « Or. dit-il. comment ce niveau de l'existence populaire eût-il pu monter si l'élévation des salaires I ne l'eût précédé ? Dans la doctrine du salaire naturel et de la loi d airain cette hausse du niveau de la vie est incomi préhensible. 11 est évident que ce sont les ressources de l'ou- I vrier qui déterminent son mode de vivre et non son ?node 1 de vivre qui détermine ses ressources. » La remarque serait parfaitement juste et l'auteur aurait tout à fait raison s'il n'avait l'air de croire ici que le salaire a crû spontanément et que c'est cette hausse spontanée qui explique la hausse de l'étalon de vie. En fait, voici comment les choses se passent. Un ouvrier entre mille gagne un peu plus que les autres, grâce à des circonstances favorables ou à son habileté supérieure, et aussitôt il se paie certains plaisirs, tels que le café, le cigare, etc. En ce qui concerne cet initiateur, l'explication de notre auteur s'applique. Mais les 1)1)0 autres ouvriers veulent, malgré l'insuffisance de leurs salaires, vivre comme lui, se modeler sur lui, et c'est cette volonté décidée, générale, — devenue générale par imitation égalitaire — qui finit par vaincre les résistances du patron. Bien des grèves, bien des syndicats, sont dus h une action de ce genre. Mais, même sans grève, même sans syndicat, le mécontentement général des ouvriers, par I suite des besoins nouveaux qui germent en eux, ensemenï ces par 1 un d'eux, est une force à la longue irrésistible contre j laquelle lutte en vain l'intérêt de l'entrepreneur.

— Cela dit, il convient de diviser la répétition économique d'après les causes^de la reproduction des richesses

qu'elle étudie. Elle a donc trait d'abord : 1° à la reproduc^* tion des désirs dont certaines richesses sont l'objet et des| jugements portés sur l'aptitude de ces richesses à satisfaire ces désirs; 2° à la reproduction des travaux dont ces richesses sont le produit. Ce sont là les deux parties principales; et nous les développerons : la première dans trois chapitres, sur le rôle écono?nique du désir, sur le rôle éco-m nomique de la croyance, sur les besoins, la seconde dans un chapitre sur les travaux. Mais, vu l'importance si grande acquise dans la vie civilisée par les signes monétaires de la richesse, il importe de traiter à part : 3° tout ce qui touche à la transmission, à la circulation des monnaies métalliques ou fiduciaires. De la deux chapitres, l'un sur la monnaie > l'autre sur le capital.

Observation générale et préliminaire. Soit pour les besoins, soit pour les travaux, reproduction signifie deux r choses bien distinctes, et qui ne doivent jamais être confondues, malgré la liberté que nous prendrons souvent de V les exposer pêle-mêle : d'une part, leur propagation d'individu à individu, d'où résulte l'extension d'une industrie dans l'espace ; d'autre part, leur rotation périodique, par cette imitation de soi-même qu'on nomme habitude chez L les individus ou coutume chez les peuples. — En ce qui r concerne la monnaie, cette distinction se reflète dans sa > : diffusion, rayonnante dans un domaine de plus en plus f vaste, et sa circulation proprement dite, qui a lieu par sa r rentrée aux mains d'où elle est sortie, rotation monétaire r dont Karl Marx s'est fort occupé.

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