TOUS SAVENT LA MUSIQUE
n faut 86 rappeler que les femmes interviennent toajours par moitié dans toute disposition do Tordre combiné, au sénat comme à la parade. Ceci paraîtra fort étrange aux Civilisés, dont le système social tend à dégrader et hébéter les femmes autant que possible. Aussi , dans leur asservissement actuel, doivent-elles sembler fort indignes do tant d'honneur; mais on verra plus loin quo l'éducation de i'ordro combiné donne aux femmes l'esprit d'indépendance et les moyens do le soutenir, et que le corps social trouve bien son intérêt à leur accorder le même privilège (pfeux hommes, puisque sans leur absolue liberté , on no parviendrait |K)int à organiser les relations des sectes.
[Lscune. Six pages déchirées.)
■MTement iocIaI des ■•«<#■ ifroBpées.
Pour se former une juste idée des travaux et des relations d'une Phalange, il faut supposer qu'elle est en activité depuis plusieurs générations, que les habitudes sont formées, les connaissances acquises, enfin que tous les membres qui la composent sont nés et élevés dans Tordre combiné. Sans cette hypothèse, le mécanisme social que je vais décrire paraîtrait incompréhensible. Si je dis, par exemple, qu'un groupe d'une cinquantaine de pionniers allant à des travaux qu^on nomme grossiers, comme de raccommoder une route, couper du bois , etc. , pourra chanter dans sa marche un choeur à toutes parties mieux qu'on no le chante à l'Opéra de Paris ou de Naples, cela paraîtra inconcevable d'après la rudesse et l'abrutissement do nos paysans. Mais je parle de travailleurs qui auront été élevés dans Tordre combiné où Ils deviennent , désTenfanco, très-habiles musiciens. Pauvres ou riches, tous exécuteront les chœurs les plus compliqués avec autant de facilité que nos paysans chantent les vêpres.
Sans contredit , do tels chants ne pourront pas avoir lieu chez la génération actuelle, excepté dans quelque canton de Bohème et d'Italie. Nos paysans ne deviendront ni musiciens ni artistes en passant à Tordre combiné, et notre génération, élovée dans l'incohérence , sera gaucho pour les arts et les sciences dont la connaissance deviendra un jeu d'enfants pour les générations élevées dans le nouvel ordre.
94 L'EXGsraoïr.
Proyisoirement on sera réduit à faire ce que les droongtances permettroot. La race actuelle so ressentira jusqu'à la fin de Tabrutiss^ment causé par l'éducation dviliaée. Elle sera privée de beaucoup de jouissances qui naîtront petit à petit , mais à parler relativement, nous jouirons plus que les générations futures, par comparaison d*un bieo-ètre inattendu aux malheurs actuels que ios hommes futurs n'auront pas éprouvés, et ne mettront pas en balance de leurs plaisirs.
De l'esceptlon.
Une remarque non moins importante , c'est qu'il y aura des exceptions à admettre dans toutes les assertions générales. Si je (lis généralement que le travail agricole s'exerce par attraction , il est sous-entendu que certaines branches de ce travail ne seront pas attrayantes et devront être affectées à la garde ou proposées à forfait.
L'exception est communément iTun huUiémê. Par exemple si Ton dit que , dans Tordre combiné , chacun peut donner cours à toutes ses passions , il est sous-entendu qu'un haitièmc des passions n'aura pas libre cours , qu'un huitième des citoyens n'aura pas la faculté do développer ses passions. En effet , les chœurs 4 et 46 , qui composent le huitième do la Phalange , manquant des facultés nécessaires au développement des passions , les uns par l'iosoffisance de leurs forces naissantes , les autres par la défaillance de leur santé, sont condamnés à de nombreuses privations. Enfin , parmi les quatorze chœurs qui peuvent développer leurs passions , chaque individu éprouvo encore un huitième d'obstacles sur la masse des siennes.
MécaBlame Indattrid et domesM^ne.
Dans les détails qui vont suivre, les civilisés apprendront combien l'industrie de leurs salaries et de leurs paysans s'exerce dans un ordre opposé au vœu de la nature , ils se convaincront que leur travail est un enfer anticipé , que le sauvage est bien sensé en souhaitant à son ennenii le sort de nos ouvriers, en lui disant par imprécation : Puisses-tn être réduit à labourer un champ !
UlfB HATDliB DE PRINTEMM. 95
Division et répartltloB deû irmfmnK.
Une secte [série] de groupes ne travaille jamais ou prèsque jamais en masse. Les occupations affectées à ses divers groupes, tombent à des époques fort différentes. Les fleurs à oignons et les fleurs à graines ne se plantent pas dans la même saison : d*où il suit que les groupes de la secte des fleuristes ne peuvent pas s*assembler à la fois pour planter, non plus que pour aucune autre occupation. On ne voit donc pas aller au travail des sectes entières ni des divisions de sectes, mais seulement des groupes tirés de chaque secte. De là vient que chaque groupe doit avoir ses officiers industriels qui proposent et règlent las époques du travail.
En attendant un plus ample détail sur la manière de proposer les assemblées, il faut supposer qu'elles sont fixées de la veille ou de Tavant-veille, et que chaque homme , femme ou enfant, a tous les jours une note do douze à quinze assemblées pour le lendemain , soit pour le travail , soit pour les repas et les plaisirs. Ces assemblées ont été consenties à la Bourse par la majorité des membres de chaque groupe. Chacun sait donc , dès la veille , où il doit se rendre aux différentes heures du jour suivant. Si quelques événements imprévus obligent a supprimer diverses assemblées , il y a des moyens d'en former d*autres impromptu, et nul moment no reste vacant. Il n'y a jamais de temps perdu dans Tordre combiné. 11 y a au contraire défaut do temps, et chacun s'y plaint d'une seule chose , c'est quo la journée n'ait pas quarante-huit heures au lieu do vingt-ijuatre , et quo les années s'écoulent si rapidement, si voluptueusement, que l'on croit, au bout de cent cinquante ans, être né do la veille.
Dans une matinée de printemps, on voit, au lever de l'aurore, sortir des portiques du palais une trentaine de groupes avec leurs drapeaux et emblèmes distinctifs. Ces divers pelotons se répandent dens la campagne et les jardins, et après un travail do une heuro ou deux heures uu plus, chaque groupe se dissout^ar la retraite et la dispersion successive do ses divers membres qui vont à d'autres rendez vous. J'indiquerai plus loin de quelle manière ces rassemblements sont concertés et indiqués dès la veille, dans une Bourse ou salle de négociations.