A BOUTER LES ÉPINGLES
SUR LES FEUILLES DE PAPIER , Importée par 91. KEWTOI, de Londres
(planche 37.)
Si les machines à fabriquer les épingles sont appelées à se répandre dans les diverses manufactures importantes de France et d'Angleterre, on peut reconnaître aussi que les appareils à bouter ne sont pas moins destinés à rendre de grands services dans les usines mêmes qui travaillent manuellement.
Cette opération du boutage, n'exigeant pas une grande force, était effectuée par des enfants ou des femmes; elle consiste, comme on le sait, & disposer avec régularité sur des bandes de papier percées plusieurs rangées d'épingles, a égale distance. Dans le travail manuel, nous avons vu que le piquage des bandes et le boutage se font séparément et par des ouvriers distincts. Avec l'appareil importé par M. Newton, et breveté en France à la même date que la machine à épingles (1), le piquage et le boutage se font simultanément. Pendant que les épingles arrivent d'un côté et se rangent parallèlement à elles-mêmes, le papier arrive de l'autre, se plie convenablement et se présente à l'action même des épingles qui le traversent deux fois de suite. Il suffit d'une pédale ou d'un mouvement alternatif produit par un moteur quelconque, pour bouter à chaque coup une rangée d'épingles.
Cet appareil, que nous allons décrire avec quelques détails, remplit le but avec une précision remarquable; le principe en est heureusement combiné, quoiqu'il nous ait semblé qu'on pouvait mieux faire comme construction, mais il est facile de voir que l'auteur a donné tous ses soins aux parties mobiles de l'instrument et non au bâtis ou autres parties fixes.
(Il L'auleur a cru devoir prendre pour ecl appareil un brevet spécial, indépendant de celui qu'il demanda le mime jour pour ta machine i épingles ; noua croyons qu'il aurait pu se contenter de prendre un seul breret pour ces deux machines, comme étant relatives i une même publication, car l'une est véritablement la suite de l'autre ; il y a autant de liaison, de conneu té entre elles, qu'entre une machine a vapeur et son générateur, qu'entre une locomotive cl soo tender.
Des machines de ce genre, qui doivent opérer avec la dextérité que l'on rencontre dans les ouvriers très-exercés, ne laissent pas que d'être difficiles A imaginer, è cause des opérations particulières qu'elles doivent remplir, pour suppléer aux mouvements d'une main habile. Ainsi, distribuer les épingles, les ranger par ordre et les présenter successivement par nombre exact sur les bandes de papier, ployer celles-ci, puis les faire piquer par les épingles mêmes aux instants voulus, sont autant d'opérations distinctes que l'appareil doit effectuer avec rapidité , et en même temps avec une extrême régularité que l'on n'exige souvent pas d'un travail manuel.
Description du mécanisme. — Les fig. H et 15 de la pl. 40 représentent le plan vu en dessus, et la section verticale suivant la ligne 7-8, de cette machine à bouter montée sur un petit bâtis en fonte.
Elles montrent à droite le vase ou récipient métallique circulaire A, dans lequel un enfant est chargé de verser les épingles a qu'il apporte à l'appareil, et à gauche le conduit arrondi B, sur lequel se placent les bandes de papier 6, qui préalablement peuvent être tracées suivant des lignes parallèles correspondantes aux divisions faites sur les joues vertn cales qui forment les bords du conduit. Une ouverture latérale est pratiquée à la base du récipient, pour permettre aux épingles de sortir et de se diriger par le plan incliné C, dans les mortaises ou coulisses longitudinales formées par l'espèce de grille à jour D. Les épingles tombant dans ces coulisses sont séparées par les parois pleines de la grille, qui étant aussi inclinée que la table C, les obligent à glisser vers la partie inférieure, - en restant suspendues par leur tête, comme le montre la fig. 15, parce que les vides formés par les coulisses correspondent simplement au diamètre du corps de l'épingle et sont plus étroits que leurs têtes. Pour que les épingles, chassées du vase, ne puissent s'échapper sur les côtés, la grille est garnie au-dessus de deux joues latérales d qui ferment exactement et qui se terminent par une troisième joue transversale et recourbée </', laquelle descend tout contre la surface de la grille, de manière à permettre à une rangée d'épingles de passer, mais non à plusieurs qui viendraient par la chute se coucher les unes sur les autres.
Une règle ou barre transversale mobile E, est placée à l'extrémité de cette grille inclinée, pour porter une suite de petits ressorts à pincettes c, dont le bout inférieur descend assez bas pour retenir, aux moments voulus, chaque rangée d'épingles par leur tête, et ne les laisser échapper qu'il l'instant où elles doivent s'enfoncer dans le papier ; ces ressorts correspondent donc, par leur position, à celle des épingles mêmes. Deux pattes recourbées F, se relient avec la règle, afin de servir à soulever celle-ci d'une petite quantité, lorsqu'une rangée d'épingles est passée et qu'il faut par conséquent en laisser passer une suivante ; ces pattes ont leur centre d'oscillation autour d'un point fixe inférieur e adapté aux côtés du bâtis G de l'appareil, et l'une d'elles porte une branche plus élevée, munie d'uu vi. 30
goujon /, pour recevoir, d'une part, l'action de la touche H, lorsqu'elle descend, et de l'autre, celle d'un ressort recourbé I, qui est fixé au bâtis par son autre extrémité. L'objet de ce ressort est de maintenir la règle dans la position abaissée qu'elle occupe sur le dessin Gg. 15, tandis que la touche a pour but de la faire lever, au contraire.
La touche 11 est attachée vers le milieu d'un balancier en fer méplat J qui peut osciller par l'une de ses extrémités, autour du centre de l'axe A, porte par les pointes à vis g, qui, à l'autre extrémité, reçoit par articulation, l'espèce de bielle K, dont le bas est relié à un levier L et à une tringle verticale M. Cette tringle est animée d'un mouvement alternatif, soit par une pédale, soit par tout autre moyen ; en montant ou en descendant, elle fait monter ou descendre avec elle la bielle, le balancier et tout ce qu'il porte. Un fort ressort à boudin N, qui enveloppe l'axe A, et dont un bout est fixé au bâtis, pendant que l'autre presse sous un goujon t appliqué au balancier, tend à soulever celui-ci ou à le maintenir dans la position élevée qu'il occupe , sans empêcher néanmoins la tringle d'agir pour le faire abaisser toutes les fois qu'il est nécessaire.
Une équerre à fourche 0, suspendue par un axe à ressort y, au même balancier, à côté de la touche H, porte dans le bas un repoussoir mince en fer P, qui est garni à sa partie inférieure de dentelures angulaires, comme le montrent les fig. 16 et 17, afin de correspondre aux vides de la grille D. Ce repoussoir monte et descend nécessairement comme le balancier, et vient, en s'appliquant derrière la règle mobile E, presser sur la tète des épingles, pour les forcer à pénétrer dans le papier qu'elles doivent traverser.
Une seconde règle transversale Q, qui est aussi comprise entre les deux côtés du bâtis, sert de guide à cette platine et se trouve pour cela taillée sur l'une de ses faces, suivant des rainures angulaires correspondantes aux dentelures et dans lesquelles les épingles se logent en partie. Pour qu'elle ne présente pas de rigidité, cette règle est montée sur deux tourillons * (fig. 16 et 18) qui lui permettent d'osciller légèrement sur elle-même, pendant qu'un ressort recourbé /, attaché au support de l'axe A, la maintient suffisamment dans la position qu'elle doit occuper.
Au-dessous de cette règle taillée sont deux autres règles ou pinces plates R, R' dentelées chacune comme l'indique la fig. 19 pour pincer la bande de papier qui doit passer entre elles, en laissant en même temps l'espace nécessaire au passage des épingles qui descendent la piquer. L'une de ces pinces, la première R, est fixe, attachée par deux boulons aux côtés du bâtis, la seconde R' peut s'en approcher ou s'en éloigner d'une petite quantité, parce qu'elle est adaptée à une pièce transversale S, qui est solidaire avec le montant incliné T, lequel peut osciller par le bas sur l'axe m et porte au sommet un petit galet mobile «. Or, dans le mouvement descensionnel de la bielle K qui est légèrement renflée vers son milieu sur une face, elle force ce galet à s'avancer vers la droite, et en même temps la
traverse avec la pince R'. Un ressort à boudin U est aussi enveloppé autour de l'axe w, pour forcer le montant T ù revenir sur lui-même, et par conséquent la pince dentelée R' à reculer un peu en arrière.
Les fig. 20 et 21 désignent sur une échelle plus grande cette portion importante du mécanisme, comprenant les quatre règles dont nous avons parlé; la première de ces deux ligures correspond à la coupe verticale (fig. 15) et montre la position des pièces au moment où le repoussoir P est élevé, et les deux pinces éloignées; le repoussoir permet alors aux épingles d'approcher contre la règle fixe Q et de descendre, et les pinces permettent de faire couler la bande de papier sur le conduit B, pour la faire prendre entre elles. La fig. 21 montre les premières pièces lorsqu'elles sont rapprochées, c'est-à-dire lorsque les pinces se soutiennent et que par suite la bande de papier est serrée; le repoussoir est alors descendu, et, appuyant sur la tète des épingles, les force à pénétrer dans le papier et à s'y maintenir.
Jeu de l'appareil. — Il est facile de comprendre maintenant par ce qui précède quel est le travail d'une telle machine.
Les épingles jetées, comme nous l'avons dit, dans la cuvette, sont poussées par un enfant jusque vers l'ouverture correspondante à la table inclinée C, d'où elles tombent successivement dans chacun des vides de la grille, en restant en suspension à ses parois. Elles glissent ainsi suspendues sur toute la longueur de cette grille, dont l'inclinaison est calculée pour qu'elles ne descendent pas trop rapidement, et elles arrivent bientôt à la partie inférieure, où elles se trouvent arrêtées par le bout inférieur des petits ressorts c. A ce moment, on fait avancer une bande de papier sur le conduit B ; si alors on agit sur la pédale pour tirer la tringle K de haut en bas on rapproche les pinces, qui la serrent au degré convenable, pendant que le repoussoir descend et force toute une rangée d'épingles à piquer la bande deux fois de suite et à s'y loger. Dans le môme temps, la touche H fait mouvoir la règle porte-ressorts E d'une très-petite quantité, pour laisser la rangée d'épingles libres, et diminuer le frottement du repoussoir contre elle. Aussitôt que la pédale est abandonnée, le repoussoir se relevant par l'eflet du fort ressort N qui tend à faire revenir le balancier dans sa position primitive, une nouvelle rangée d'épingles descend contre la règle Q, et comme la touche H remonte aussi, la première règle porte- ressorts E revient également à sa place pour retenir la rangée suivante. De même la pince mobile R' s'écarte de celle R, et rend la bande de papier libre ; on peut donc la faire glisser de nouveau sur son conduit B, et recommencer immédiatement la même opération.
Avec une personne habituée à conduire une telle machine, on comprend que l'on doit arriver à bouter très-rapidement, et, avec quelques appareils semblables de divers numéros, satisfaire par suite à tout le travail d'une fabrique importante.