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A PARIS

En publiant dans le premier volume de ce Recueil on système de roue , hydraulique de coté à aubes planes et à coursier circulaire, nous avons donné des tables pour calculer les dépenses d'eau, et des règles pratiques simples, pour l'établissement de ces roues dans les meilleures circonstances. Nous sommes bien aise de faire voir que ces dernières sont susceptibles d'être modifiées dans certains cas, et que dans le mode de construction surtout, elles peuvent être très-différentes, soit parce qu'elles seront entièrement en bois, soit parce qu'on voudra les Taire complètement en métal, ou bien partie en métal et partie en bois.

Dans le système que nous avons fait connaître avec détails (tom. l<r), on a vu que toutes les parties principales, 6 l'exception des tourteaux, étaient en bois; ainsi les bras, les couronnes, l'arbre et les coyaux, sont en chêne, et les aubes et contre-aubes sont en orme.

Les deux roues représentées sur les fig. 5 et 6 de la planche k* et sur les fig. 9 et 10, diffèrent sensiblement de la première, en ce que, d'une part, dans l'une on n'a que les aubes , l'arbre et les coyaux en bois , et dans l'autre, les aubes seulement, et que, d'un autre côté, dans chacune d'elles, on a supprimé tout à fait les contre-aubes, mais l'on a prolongé sensiblement les aubes vers le centre même des roues.

Toutes les fois que, comme nous l'avons fait voir, on n'arrive pas à des dimensions exagérées , et qu'on peut admettre sans inconvénient de faire dépenser l'eau sur les roues de côté par des orifices en déversoir qui ne dépassent pas 24 à 38 centimètres de hauteur, on se trouve dans de trèsbonnes conditions, par conséquent on doit suivre le modèle que nous avons donné pour l'établissement de ce genre de moteur; mais lorsque les dépenses sont considérables, ou bien lorsqu'on est limité pour la largeur de la

roue, il faut, de toute nécessité, admettre des lames d'eau plus fortes, des orifices qui dépassent 30 centimètres de hauteur, et alors on doit nécessairement donner plus de profondeur aux aubes, et en même temps plus d'écartement. Il faut , de plus , supprimer entièrement les contre-aubes pour ne pas éprouver de réaction , de secousses , ni de pression latérale contre l'arbre. C'est ainsi qu'on est amené à avoir une disposition de roue à palettes analogue à celle des fig. 5 à 9, disposition que nous conseillons d'adopter dans un grand nombre de cas (1).

Roeb en fonte et EN bois de M. Pinet. — La roue indiquée, flg. 5, a été construite pour faire marcher un moulin de 4 paires de meules , appartenant à M. Pinet , près de Chalon-sur-Saône ; la chute sur laquelle elle est établie est variable depuis 1 mètre jusqu'à tm 60 ; dans le cas où la hauteur est très-basse, la quantité d'eau disponible est considérable, mais elle est de beaucoup diminuée quand la hauteur est plus grande. Il a donc fallu faire un vannage qui permît de dépenser une très-forte épaisseur de lame d'eau ; il en résulte que le col de cygne en fonte A , qui forme , comme on le sait, la tête du coursier, est placé a plus de 80 centimètres au-dessous du niveau supérieur de l'eau ; et que la vanne plongeante en bois B est très-prolongée, pour permettre de fermer sur toute cette hauteur et descendre suffisamment dans le fond. Elle se manœuvre, au reste , comme habituellement, au moyen de deux crémaillères a et de deux pignons b , montés sur le môme axe, porté par des paliers assis sur le chapeau de vanne C.

L'arbre D de la roue est en fonte , creux dans toute sa longueur ; son corps est rond, renflé vers le milieu, et renforcé par 4 fortes nervures, qui sont encore augmentées de saillies à l'endroit où il doit recevoir les tourteaux ou les croisillons E , qui reçoivent les aubes. Les tourillons qui terminent cet arbre sont reçus dans des coussinets de bronze, ajustés dans les paliers F (fig. 6) ; ils ont 0M 13 de diamètre extérieur sur 0" 15 de longueur ; nous croyons qu'il eût été bien plus convenable de leur donner une plus

(<) Nous «vont été témoin (Tune' circonstance bien fâcheuse pour le constructeur d'une roue de côté destinée a faire marcher plusieurs piles a papier ou machines a broyer les chiffons, telles que celles que nous avons publiées tome IV*. Il s'était trompé sur la largeur i donner à celte roue, qui pour dépenser le volume d'eau nécessaire â faire mouvoir les piles, exigeait une capacité plus grande, et qui était malheureusement limitée, d'une part, par des contre-aubes ou fonçures.cl de l'autre, par la largeur du coursier comprise entre les deux murs latéraux, lesquels servaient Justement de soutien au bâtiment; l'élargissement de la roue était donc impossible, â moins de démolir ces mura et par suite une grande partie du bâtiment ; le plus simple était évidemment de supprimer les contre-aubes, et de prolonger les aubes vers le centre pour augmenter la capacité et admettre une plus forte épaisseur de lame d'eau. Sans doute ce ne pouvait être aussi convenable que d'avoir une roue plus large, mais au moins, comme l'eau ne manquait pas i cette usine, c'était le moyen de la dépenser, et d'en tirer le meilleur parti, avec le moins de frais, le moins de désavantage possible. Quoi qu'il en soil, cette modification n'a pas été faite; le constructeur, cond.-iinné par arbitres i refaire une roue d'une capacité suffisante, a préféré aller devant lot tribunaux et a eu la mauvaise chance de gagner en première instance; de lâ appel en Cour royale, où il a perdu complètement, cl par suite obligation de payer des dommages et intérêts, qui avec U s frais el a cause du chômage énorme qui a eu lieu pendant prés de deux années , se sont élevés au deli de la valeur totale de l'usine qu'il avait montée , c'est-â-dirc S plus rie W mille francs.

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grande longueur, de les faire le double, par exemple, du diamètre ; quoique, dans le cas actuel, la roue n'étant pas très-lourde , ce ne soit pas indispensable. En géuéral, nous l'avons dit, et nous ne craignons pas de le répéter, il est bon de donner aux tourillons de roues hydrauliques, comme aux arbres de transmission de mouvement susceptibles de transmettre des efforts plus ou moins considérables, des longueurs sensiblement plus grandes qu'on n'a osé le faire jusqu'ici ; comme nous l'avons démontré , en traitant des roues à augets (tome II), et en montrant les règles pratiques nécessaires pour déterminer le diamètre des tourillons des arbres, et le frottement de ces tourillons dans leurs coussinets , ce frottement n'est pas en raison de la largeur de ceux-ci, mais bien du diamètre et de la vitesse; si , donc, on augmente la longueur du tourillon, on a l'avantage de diminuer notablement l'usure; la charge se répartit sur une plus grande étendue; chaque point de la surface fatigue moins , ayant moins à supporter. Bien des constructeurs comprennent cela aujourd'hui , et ne craignent pas de faire la longueur des tourillons égale à deux fois et deux fois et demie leur diamètre ; ainsi, dans ses transmissions de mouvement, qui sont bien entendues, nous verrons que M. Dccoster donne généralement aux coussinets de ses arbres de couche, une longueur de deux fois et demie plus grande que le diamètre.

Comme la roue est étroite, (elle n'a que 2m50 de large), il a suffi de Caire porter ses aubes par deux couronnes que les constructeurs ont fait fondre d'une seule pièce avec les croisillons E, qui sont à huit bras. Pour fendre ces couronnes aussi légères que possible, ils ont eu le soin de ménager des évidements dans les intervalles qui existent entre les coyaux G , comme l'indique le détail fig. 7. A l'endroit des coyaux, elles forment des espèces de bottes rectangulaires , dans lesquelles ceux-ci sont ajustés avec soin et chassés de force , puis retenus en dedans par des coins ou des clavettes en bois c, qui n'ont pas moins de 10 centimètres de largeur dans le sens des rayons.

M. Chapelle, qui a aussi construit plusieurs roues de coté, fonctionnant très-bien, soit pour des filatures ou papeteries, soit pour des poudreries du gouvernement, a préféré mettre les coyaux par côté, comme le montre le détail fig. 8, et les serrer par une clavette latérale d; cette disposition parait, en effet, bien rationnelle, en ce qu'elle facilite considérablement l'ajustement du coyau qui est un peu à queue d'hyroude ; et le serrage de la clavette ayant lieu sur la longueur, suivant le rayon du cercle de la roue, on est bien plus certain d'éviter le jeu. Nous regardons donc ce mode de construction comme très-avantageux, surtout lorsque les coyaux ne doivent pas être prolongés en dedans des couronnes.

Comme dans la roue de M. Pinet , les aubes II sont très-profondes , il était indispensable de les prolonger à l'intérieur, afin qu'elles fussent portées en dedans comme en dehors des couronnes , sans quoi elles n'auraient pas présenté la solidité nécessaire , lors même qu'on les aurait reliées par des

cercles de Ter à l'extérieur; les coyaux sont aussi évidemment prolongés de même, devant avoir pour largeur la largeur même des aubes, c'est-à-dire 1" 30. Ces coyaux sont en chêne et portent, près des couronnes , 11 centimètres de largeur sur 8 centimètres d'épaisseur. Les aubes sont aussi en chêne, composées chacune de k planches de 0*325 de largeur sur 2-50 de longueur, et de 3 centimètres d'épaisseur, boulonnées sur les coyaux.

Cette roue ne fait que quatre révolutions par minute ; elle transmet son mouvement au moulin par une couronne dentée en fonte I, disposée comme celle appliquée sur la roue à augets , représentée dans les dernières livraisons du 2* volume de ce recueil , c* est-à-dire formée de plusieurs parties assemblées et réunies entre elles par des boulons , puis assujéties contre l'un des croisillons de fonte R. Mais, afin de laisser l'espace nécessaire pour le passage du pignon J, qui est commandé par cette roue, pour qu'il ne rencontre pas, dans le mouvement de rotation, les nervures des bras de ce croisillon, et pour ne pas être gêné par son moyeu, on a dû interposer une couronne de bois ey fig. 6, qui sert de cale circulaire, existant sur toute la circonférence , et serrée avec le croisillon et la couronne dentée par les mêmes boulons.

Depuis que cette usine est montée, marchant constamment, aucune partie de cette roue n'a bougé ; elle n'a exigé aucune réparation, malgré les fortes charges d'eau qu'elle reçoit, particulièrement en hiver; la grande profondeur donnée aux aubes, et le peu de vitesse de la roue, lui permettent deunarcher, étant noyée , souvent de 70 à 80 centimètres dans l'eau inférieure.

Roce en fer et ponte de M. R ATTIRE. — La roue représentée, 0g. 9 et 10, a été établie par les mêmes ingénieurs pour M. Rattier, propriétaire à Alencon, et destinée aussi à un moulin à blé de quatre paires de meules. Elle diffère de la précédente, en ce que les aubes seulement , qui sont également très-profondes, sont en bois, ainsi que l'arbre; mais les bras, les cercles et les coyaux, sont en fer, et les moyeux ou tourteaux en fonte. Le vannage est aussi différent; il est composé de deux vannes , l'une inférieure B, qui descend jusqu'à la tête du coursier ou du col de cygne en fonte A, et l'autre supérieure B', qui s'élève au-dessus du niveau de l'eau. Cette disposition permet de dépenser l'eau , tantôt en déversoir, et tantôt par pression ; dans le premier cas , lorsque le volume disponible est peu considérable, et dans le second cas, au contraire, lorsque le volume d'eau est très-grand; comme les variations sont très-nombreuses et très-sensibles, on a pensé qu'il serait convenable d'établir ainsi une double vanne , qui remplit bien, en effet, les conditions voulues à cet égard. Elles sont soutenues chacune séparément, la première par des crémaillères a et des pignons b, et la seconde par des crémaillères, plus courtes, a', et d'autres pignons 6', placés en sens opposé.

Pour peu qu'on examine le dessin, on voit que ce genre de construction de roue a de l'analogie avec celui qui est adopté pour un grand nombre de

roues de bateaux à vapeur ; à l'exception que dans celles-ci les arbres sont toujours en Ter corroyé, à cause des chocs qu'elles éprouvent dans les courants qu'elles traversent. Dans la roue de M. Rallier, l'arbre est en bois de 58 à 60 centimètres d'équarrissage et coupé à 8 pans ; il est construit comme celui de la roue deCorbeil, que nous avons décrite au commencement du 1" volume , et porte à son extrémité la roue dentée en fonte I , qui y est assujétie, de même, par des vis de pression, que l'on fait appuyer sur des cales en fer e incrustées dans le bois (fig. 10).

Les tourteaux ou moyeux en fonte E , qui sont rapportés ou calés sur l'arbre , sont à nervures et disposés pour recevoir chacun 15 bras en fer méplat G , qui remplacent les croisillons et servent de coyaux à la moitié des aubes de la roue. Ces bras sont reliés entre eux par d„ux cercles d également en fer méplat, de môme épaisseur, et vers leur milieu , à la circonférence extérieure, par deux cercles semblables mais plus grands d'. Les aubes en bois H y sont fixées au moyen de boulons à crochets c dont la fig. 11 montre bien la forme ; leur téte recourbée s'engage derrière le bras, et leur écrou , accompagné d'une rondelle , s'applique sur le bois. Comme la roue porte 30 aubes, les 15 autres sont attachées à des coyaux ou à des bras plus courts G', qui n'existent qu'entre les deux cercles , sur lesquels ils sont boulonnés.

Il résulte de ce mode de construction , qui paratt suivi dans plusieurs localités, que la roue est d'une grande légèreté, comparativement à son volume , et qu'elle présente cependant toute la solidité désirable. La plus grande partie étant en métal, est bien moins susceptible de se déranger; et lorsque tout est bien entendu, bien étudié, l'exécution et le montage en sont très-simples, très-économiques; il suffit de choisir du fer plat, d'échantillon de 15 à 20 millimètres d'épaisseur sur 53 à 60 millimètres de largeur, de le couper de longueur, dans les bras et les coyaux , d'y percer les trous pour le passage des boulons qui les fixent aux moyeux ou aux cercles, et de cintrer ceux-ci ; le boutonnage est aussi très-simple et peut se faire rapidement.

Une telle roue peut aisément se faire à raison de lf à lf 10« le kilogr. Celle de M. Rallier, construite dans les ateliers de M. Pihet, n'est pas même revenue à lr ; son poids total, comprenant les tourteaux en fonte, les bras et les coyaux en fer, ainsi que les cercles et les boulons, ne s'élève pas à plus de 3,270 kilog.

Nous croyons qu'il ne sera pas sans quelque intérêt pour plusieurs de nos lecteurs de lire la note suivante , relative à des expériences faites sur une roue de côté établie au moulin de Dugny, près Paris, par MM. Cartier et Armengaud aîné, et qui a donné lieu à des expériences suivies, faites par des ingénieurs connus, MM. Rudier, Antiq et de Caligny, et en présence de M. Garnier, inspecteur divisionnaire des mines, et de plusieurs autres personnes.

Nous devons dire, pour édifier nos souscripteurs , que ces expériences

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oot été engagées au sujet de ce que le propriétaire , à l'instigation d'un charpentier des environs de Paris, qui se dit mécanicien constructeur de moulins , prétendait que celte roue ne rendait pas tout l'effet utile qu'elle devait produire (le charpentier expert lui ayant assuré qu'on pouvait faire rendre à une telle roue 50 p. •/• de plus, et se chargeant de la remplacer en produisant ce résultat). Si on veut bien remarquer que la roue de Dugny, construite sur le même modèle que la roue de Gorbeil, a donné, d'après les expériences, un effet utile de 75 à 78 p. 7o» on ne sera pas peu étonné de voir encore à notre époque de prétendus perfectionneurs , qui , sous prétexte d'être plus habiles que d'autres, ne craignent pas d'avancer des absurdités, et au besoin de s'engager à Taire en détruisant ce qui existe (sauf à se retirer, il est vrai, s'ils ne réussissent pas). Comprend-on , par exemple, que si le propriétaire, comme cela a été sur le point de se faire à Dugny, avait laissé détruire la roue, pour en faire établir une autre par l'habile charpentier, celui-ci lui aurait donné un moteur bien plus avantageux , capable de produire 75 p. % + 50 p. 0/o, soit 125 p. •/„?

Il faut le dire , malheureusement on est jugé quelquefois encore (mais plus rarement cependant) par des experts de cette force, qui ne cherchent évidemment qu'à blesser le constructeur et à lui nuire. De là viennent des procès injustes, qui sont aussi déplorables pour le propriétaire que pour le mécanicieo.

Voici la note publiée dans le Bulletin de l'Académie des Sciences :

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