A PROPOS DU SYMBOLE € QUICUNQUE
qu'est visé le Symbole Quicunque en ces termes : « Nous avouons les trois Symboles, à savoir : des Apôtres, de Nicée et d’Athanase, parce qu'ils sont conformes à la Parole de Dieu ». En latin : « Quamobrem etiam tria illa Symbola, nempe Apostolicum, Nicaenum et Athanasianum, idcirco approbamus. quod sint illa verbo Dei scripto consentanea ». La Confession réformée belge dit de même : « Nous recevons les trois Symboles, à savoir : des Apôtres, de Nicée et d’Athanase » (article 1x).
Le Symbole Quincunque est visé par Zwingle dans la « Fidei ratio » (1), par Luther dans les « Articles de Smalcade » (1, 4), par la « Formule de Concorde » (IH). Il se trouve dans le Recueil officiel des Confessions de foi de l’Église luthérienne, appelé le « Livre de Concorde ».
Dans les trente-neuf articles de l'Eglise anglicane, l'article vin, intitulé « Des trois Symboles », commence par ces mots : «Les trois Symboles, à savoir : de Nicée, d'Athanase et le Symbole dit des Apôtres, doivent être absolument reçus et crus (omnino recipienda sunt el credenda) ». On lit ou chante ce Symbole aux jours de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques, de l’Ascension, de la Trinité et de quelques Apôtres, au culte principal de l'Église anglicane, selon les prescriptions du Common prayer book; et toute la communauté confesse, au sujet du dogme de la Trinité formulé par le Symbole : «<Which faith except every one do keep whole and undefiled, without doubt he shall perisk everlastingly ».
Je pense que ces citations suffisent pour convaincre M. le pasteur Benoît que c’est à bon escient que j'ai écrit que le Symbole Quicunque a été reçu dans nos Confessions de foi protestantes.
(Église libre, 1897, n° 50.)
No 21
Mon honorable collègue de Montauban, M. le professeur Doumergue, présente, dans le muméro 49 de ce journal, quelques observations critiques sur la réponse que j'ai faite à M. le pasteur Soulier au sujet du fidéisme [Eglise libre, no 47). Je croyais m'être clairement exprimé. Il paraît que non, puisque mon savant contradicteur me prête des doctrines que je n'ai jamais professées et que je repousse non moins résolument que lui.
Tout d'abord, je le remercie de vouloir bien reconnaître que je n’épargne aucune peine pour expliquer mes vues. Je mérite cet hommage peut-être plus qu'il ne le pense ; car c’est pour moi un sentiment pénible de me voir forcé de revenir constamment à la charge, pour écarter des malentendus, rectifier des erreurs, combattre de fausses interprétations et redire toujours la même chose. Si je le fais néanmoins, c’est par devoir, parce que je ne me sens pas libre de garder le silence, en présence d’imputations erronées. J'ai, d'autre part, aussi la satisfaction de voir que mes efforts ne sont pas inutiles. Le fidéisme gagne manifestement du terrain.
Il me semble que M. Doumergue lui-même n’a pas laissé d'en profiter quelque peu et qu’il n’y est plus si opposé qu'autrefois. Dans son article mentionné, il trouve déjà que je combats des erreurs imaginaires, J’espère qu'il en arrivera à proclamer que le fidéisme est une vérité banale, aussi vieille que le monde. Je crois, en tout cas, fermement, que Jésus-Christ l’a déjà pratiqué.
Mais, pour atteindre ce but, il faudra encore écarter quelques pierres de la route. En voici une. M. Doumergue écrit : « Le fidéisme a tort de prendre le mot de foi dans le sens du mot de sincérité. Nous ne sommes pas sauvés par la sincérité seule, indépendamment des croyances. »
Jamais je n'ai rien dit de pareil. Je défie mon honorable contradicteur de citer une ligne où j'aurais exprimé une telle idée. Je croyais avoir répété à satiété que, pour moi, la foi — la foi religieuse — consistait dans « La repentance et le don du cœur à Dieu ». Je n'ai pas écrit un article tant soit peu étendu sur ce sujet, où je n’aie donné cette définition. Et voilà qu'on me fait dire que je prends « le mot de foi dans le sens du mot de sincérité », et que j'enseigne que nous sommes sauvés « par notre sincérité seule, indépendamment de nos croyances ». Puis on réfute triomphalement cette erreur.
Comment M. Doumergue a-t-1l pu confondre la doctrine du salut par la repentance et le don du cœur à Dieu avec la doctrine du salut par la sincérité ? II faut bien que je lui donne raison, quand il dit : « Le malheur est que les simples mortels comme nous n'arrivent pas à apercevoir la différence qu'il y a entre la formule vraie et les formules fausses. » C’est bien cela ; et c’est, en effet, très fâcheux.
Non, je n’enseigne pas le salut par la sincérité. Une: telle doctrine est absolument contraire à ma pensée. Je n'irais même pas jusqu à dire avec M: Doumergue « qu'un incrédule sincère est plus agréable à Dieu qu’un orthodoxe hypocrite ». Pourquoi celui qui affiche son incrédulité serait-il plus agréable à Dieu que celui qui la cache ? Je doute qu'une franche canaille vaille mieux qu'un hypocrite. La sincérité de l’un ne me semble pas avoir plus de valeur morale que l'hommage que l’autre rend à la vertu. Ils vivent, l’un et l’autre, dans l’impénitence et dans l'éloignement de Dieu. Ils sont incrédules tous les deux et méritent la condamnation que le Christ a prononcée sur l'incrédulité.
Ici, M. Doumergue me reprochera sans doute de mal rendre sa pensée. Ce qu'il a voulu dire, ce n’est pas que l’homme franchement impie vaille mieux que l'homme impie simulant la piété. Par un « incrédule sincère », il entend un honnête homme qui déclare loyalement ne pas pouvoir admettre les doctrines officielles de l'Eglise. À cet « incrédule sincère », il oppose « l’'orthodoxe hypocrite », celui qui professe des docgrines correctes, sans y conformer sa vie intérieure. C’est là, si je ne me trompe, la pensée de mon honorable collègue ; et, sous la réserve de cette interprétation, je puis me rallier à son assertion. Mais, je voudrais porter son attention sur cette antithèse, qui révèle la divergence de nos conceptions.
Jésus-Christ n’appelle jamais « incrédules » des hommes qui n'ont pas des croyances correctes. Il ne parle pas « d'incrédules sincères », et il n'oppose pas à ces incrédules les « orthodoxes hypocrites ». Cette antithèse est absente de l'Évangile du Christ. Pour Jésus, l’incrédulité est une détermination du cœur, et non une erreur
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LA FOI ET LA SINCÉRITÉ pr |
intellectuelle. Il n’oppose pas l'hypocrisie à l'incrédulité, car, à ses yeux, l'hypocrite est un incrédule. Il traite d'incrédules les pharisiens hypocrites. Jésus ne connaît comme antithèse de l’incrédulité que la foi, qui, elle aussi, est une détermination du cœur.
Ce n’est que plus tard, lorsque les idées grecques pénétrèrent dans l’Église, que ces termes de foi et d'incrédulité prirent aussi le sens de croyances vraies ou fausses. Et alors, la doctrine du salut par la foi fut altérée par la substitution de la notion grecque de la rise à la notion évangélique primitive ; et l’on enseigna que, pour être sauvé, il fallait avoir la vraie croyance, et que les hérétiques étaient éternellement rejetés de Dieu. Sous ce rapport, le Symbole dit d’Athanase ne laisse rien à désirer en fait de clarté.
Eh bien, l'opposition que marque M. Doumergue, entre « l’incrédule sincère » et « l’orthodoxe hypocrite », me semble prouver qu'il n’a pas encore réussi à se débarrasser complètement de cette vieille et déplorable confusion. C’est contre elle que lutte le fidéisme, afin de ramener l’enseignement de l’Église à l’Évangile primitif, à l'enseignement inaltéré de notre Seigneur Jésus-Christ.
Qu'il soit donc bien entendu que je n’enseigne ni le salut par la sincérité, ni le salut par la foi ef les croyances, mais le salut par la foi seule, c’est-à-dire par la repentance et le don du cœur à Dieu.
(Christianisme au XIXe siècle, 1897, n° 51.)
Un correspondant anonyme, qui signe « Un croyant », me pose, dans le n° 50 de ce journal, quelques questions relatives à la foi religieuse : « Quel est l’objet de la foi qui sauve ?.. Si quelqu'un aime Dieu et enseigne que Jésus-Christ est venu dans le monde comme nous y sommes tous venus, celui-là a-t-il la vraie foi? Ou encore, si quelqu'un, tout en aimant Dieu, affirme (cela s’est vu) que Jésus-Christ n’est pas venu dans le monde, qu'il n’a jamais existé, celui-là a-t-il, lui aussi, la vraie foi? » |
Je suis tout prêt à répondre. J'aurais seulement aimé que l'honorable auteur eût donné son nom, comme je donne le mien. Quand il s’agit de controverse, les articles anonymes ont toujours quelque chose d’un peu déplaisant. Mais comme je pense que l’auteur est réellement «un croyant », j'ai la confiance que ce n’est pas pour me tendre un piège, mais pour s’instruire qu'il ma posé ces questions. J’y répondrai donc de mon mieux.
« Quel est l’objet de la foi qui sauve ? » L’hésitation n’est pas possible. Cet objet est Dieu.
Il y à, je le sais, des gens à qui cette réponse parait insuffisante. Ils la trouvent trop générale, trop vague. Je ne saurais partager leur sentiment. Que Dieu, tel qu'ils se le représentent, soit quelque chose de nuasgeux, cest possible. Mais le Dieu de la Bible, le Jéhovah des prophètes, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ est tout ce qu'il y a de plus réel et de plus vivant. C'est le Dieu devant lequel je m'humilie dans le sentiment de mes péchés, auquel j'adresse mes sup- . plications dans la détresse, mes actions de grâces pour ses exaucements et toutes ses bénédictions ; c’est le Dieu de justice et de miséricorde, duquel j'attends le pardon et le salut.
Ce Dieu, le Dieu des Saintes-Écritures, est l’objet ultime de la foi religieuse. Jésus a dit explicitement : « Celui qui croit en moi, croit, non pas en moi, mais en celui qui m'a envoyé » (Jean 12, 44). Quand Jésus appelle les hommes à lui, c'est pour les conduire à son Père céleste. La gloire de Dieu est le but suprême de la création et de la rédemption. Dieu est l’objet suprême de la foi. Celui qui se repent de ses péchés et donne son cœur à Dieu a la vraie foi, la foi qui sauve. Voilà l'Évangile du Christ, le vieil Évangile du salut.
Mais on me pose maintenant une seconde question : « Donner son cœur à Dieu, c’est évidemment aimer Dieu. Eh bien, si quelqu'un aime Dieu et enseigne que Jésus-Christ est venu dans le monde comme nous y sommes tous venus, celui-là a-t-il la vraie foi? ».
Prenons un exemple. Il est pour moi hors de doute que la femme cananéenne, dont Jésus a célébré la foi, ne savait rien dé la naissance surnaturelle de celui qu'elle implorait. Elle n'en avait pas moins la vraie foi. Un homme peut donc avoir la vraie foi tout en
croyant « que Jésus-Christ est venu dans le monde comme nous y sommes tous venus ». Beaucoup de ceux qui « crurent en lui » le tenaient pour le fils de Joseph. On peut donner son cœur au Christ et lui consacrer sa vie, sans avoir des idées justes sur le mode de sa naissance. Jamais Jésus n’a fait dépendre le salut de la croyance à sa conception surnaturelle dans le sein d’une vierge. Ce dogme ne se trouvait pas dans l'Évangile qu'il préchait aux foules pour les faire entrer dans le royaume de Dieu. Or, le pur Évangile, l'Évangile par excellence, est celui que Jésus-Christ a prêché lui-même. Il est pour moi la parole de Dieu.
Mais « si quelqu'un, tout en aimant Dieu, affirme (cela s’est vu), que Jésus-Christ n’est pas venu dans le monde, qu'il n’a jamais existé, celui-là a-t-1l, lui aussi, la vraie foi? » —- Tout d'abord, je doute qu'il y ait aujourd'hui un seul homme au monde qui nie l’existence historique de Jésus. Mais, enfin, s’il se trouvait effectivement quelque part un homme dont la cervelle fût assez déformée pour nier l'existence du Christ, et dont, en même temps, le cœur fût assez chaud pour se donner entièrement à Dieu, je ne crois pas que Dieu lui tiendrait rigueur de sa bizarrerie intellectuelle et refuserait de le recevoir dans son royaume. Au paradis, cet original verrait qu’il s'est trompé, et il se jetterait aux pieds du Seigneur, comme l’a fait Thomas, quand il à reconnu son erreur en face du Ressuscité.
L’attitude de Jésus vis-à-vis de Thomas nous révèle l'accueil que Dieu fait à ceux dont les idées sont erronées, mais dont le cœur est repentant et croyant. Je suis plus fermement convaincu que jamais que Jésus- Christ a été la révélation parfaite de Dieu sur la terre.
Je crois en lui de tout mon cœur. J’étudie journellement sa parole avec une confiance absolue. Eh bien, c'est cette étude qui m'a amené à la certitude que Dieu, tout en se servant de sa parole révélée pour nous convertir, ne nous demande cependant pas, pour nous recevoir en grâce, d'avoir telles ou telles croyances, mais qu'il nous demande uniquement la repentance et le don du cœur. C’est là l'Évangile du Christ, et c’est la doctrine du fidéisme. Je crois donc être fidèle à la vérité évangélique en enseignant que « nous sommes sauvés par la foi, indépendamment de nos croyances ».
(Église libre, 1897, n° 52.)