DIXIÈME PUITS FUNÉRAIRE
Le puits proprement dit était précédé d'une large cuvette.
Cuvette. — Le noyau rocheux ne s'étant rencontré qu'à 2" en contre-bas du sol, une cuvette au diamètre de 14* fut ouverte au-dessus du puits. C'était moins cependant une cuvette ordinaire commandée par la position du terrain, qu'un enfouissement véritable faisant le pendant de celui du fond et lui servant de cortège. Outre le charbon mêlé à la terre arable, on y a rencontré tous les éléments d'un foyer éteint, ainsi qu'une foule d'objets propres aux sépultures
antiques. On peut citer : Des os d'animaux çt cle volailles;
des huîtres et autres mollusques; des tiges en fer, des ustensiles de cuisine ; un sifflet des morts en os ; un sceau
en bronze (fig. i) ; deux hameçons en bronze , Tun à
Fig. I.
tigette simple et Tautre à deux branches, d'une ténuité extrême (fig. 2, 3}.
Fig. 2.
Fig. 3.
Un grand bronze de Trajan, un autre du Haut-Empire trop fruste pour être défini ; une petite bulle en plomb et deux bullules en bronze (fig. 4, 5, 6).
Fig. 4. Fig. 5. Fig. 6.
Plus petite que la bulle, la bullule était, d'après saint Jérôme (t. iv, p. 69, éd. Migne), Tapanage des femmes chez
les Romains. Il suit de là que la cuvette du dixième puits pouvait contenir les restes d'une ou de plusieurs femmes. Ces builules étaient faites d'or, d'argent, de bronze ou de pierres précieuses. Notre fouille nous apprend qu'il y en avait aussi en plomb; elles devaient être également Tattribut du sexe, car nous savons par Juvénal que les bulles des affranchis et des pauvres étaient en cuir avec courroie de même nature : Vel nodus tarltum et signum de paupere laurum (sat. v. i65).
La plupart des vases étaient à Tétat de débris. Pour se faire une idée de leur nombre, il suffit de dire que du 1 6 au 23 septembre, il sortit de Tentonnoir soixante fonds de vases divers, trente goulots et vingt-cinq anses de cruches. Le nom du céramiste SENIVS était inscrit au fond d'une patère sigillée. Le bord d'un plateau de même terre était garni de feuilles d'eau. Deux coupes , aussi en terre rouge et au vernis couleur de corail, étaient historiées. On voit sur les fragments qui nous sont restés : d'une part, des dompteurs de lions drapés (^g. /;, genre de spectacle
Fig. I.
aussi recherché en Gaule qu'à Rome; de l'autre, des
— 9» — hommes nus jouant avec des panthères apprivoisées (fig. ij;
Fig. I.
ailleurs y un lièvre poursuivi par un chien (fig. 2).
Il n'y avait guère de vases entiers qu'un pot du type ancien, hauteur, o'°27 9 et une lampe funéraire , à pâte
siliceuse, munie de deux oreillons et d'un bec, posant sur des pieds (fig. ij.
Puits proprement dit. — Deux ou trois assises de pierre bouchaient l'entrée de la fosse; c'était comme un premier scellé. En dessous, pendant quatre mètres, terre arable mêlée de terre et de Charbon ; tessons de tuiles romaines ; ossements d'animaux, savoir : canons, fémurs, cubitus, dent molaire, fragment de coxal d'un bœuf, avec les chevilles osseuses de l'une de ses cornes ; vertèbre dorsale , coxal et dent molaire d'un cheval ; deux paturons, le calcanéum , la partie inférieure de l'humérus et le fragment d'un monodac^ tyle ou poulain de six mois ; la branche du maxillaire inffr» rieur d'une brebis ou d'une chèvre; une portion de la branche du ma^llaire inférieur d'un sanglier ou d'un porc , avec une défense d'un fort volume ; tarses et ergots d'un coq de grande taille ; os de petits rongeurs ; andouiller de cerf, scié, taillé et percé, pour recevoir une forte lame; clous et tiges en fer ; mcM'ceaux cte verres de trois épaisseurs et de trois couleurs différentes qui sont : le jaune , le vert de fougère et le blanc ; débris de vases, au vernis ncnr, épars çà et là; cinq fonds de vases rougeâtres; deux goulots et deux anses cannelées de cruches; un fragment de patère en terre rouge si^Uée, au rebord ornementé d^une guiriande dt
fleurs et de feuilles d'eau (fig. i) ; plus un morceau de
la coupe historiée où figurent les dompteurs de bêtes féroces, sortie de la cuvette, ce qui tend à prouver, comme je le ferai remarquer en son lieu, que les enfouissements, quoique appartenant à des sexes différents , sont , on peut dire , du même jour; enfin, un tesson de bol, où un génie aux ailes déployées est circonscrit dans un médaillon (fig. 2).
Fig. 2.
Un pavé de 2^ d'épaisseur, dont les moellons calcaires étaient sortis des carrières du Bernard, de Longeville, d'Angles, et jusque de celles de la Charente , séparait le dernier enfouissement des couches supérieures.
Là, étaient blottis neuf vases de diverses formes que trois madriers en chêne, de o"i5 d'épaisseur, avaient mission de protéger. Ces pièces de bois s'appuyaient sur deux pierres calcaires, hautes de o"33, placées de champ sur deux redans que le puisatier avait ménagés aux parois de Test et de Touest ; mais , cédant au poids qui pesait sur elles , elles faiblirent à une époque inconnue, et, en s'aflfaissant, brisèrent les vases. Une cruche ornée de canaux^ au vernis gris de fer, et aux formes très-pures, échappa seule à cette destruction (fig. I).
Fig. I.
Quelques pincées de terre, recueillies au fond d'une urne brisée , donnèrent le résultat suivant :
Phosphate de chaux, Io9^ »
Carbonate de chaux et de magnésie, i 20 Oxide de fer, silice, i »
Sable et terre; 87 80
(Berthault, pharmacien).
En faisant abstraction du sable et de la terre qui n'étaient qu'accidentellement dans le vase, le phosphate de chaux, c'est-à-dire la cendre d'os , était dans la proportion bien significative de 87«''8o pour 7o-