QUATORZIÈME PUITS FUNÉRAIRE
Ce puits, par une chance heureuse, et grâce au sondage, fut dépisté au milieu de l'ancien chemin féodal de la Jonchère à Talmont, traversant, à la limite du Bernard, le fil d'eau dit rivière du Goulet, au lieu nommé Tont'Tiplland, qui fut pratiqué, il y a plus de onze siècles, à travers les ruines du grand établissement de la villa de Troussepoil qu'il coupa en deux. Hommes, bœufs et charrettes avaient, depuis cette époque, écrasé de leur poids le sommet de la calotte en pierres qui le recouvrait.
La partie maçonnée du puits avait encore, malgré cela, au miois d'avril 1869, une puissance de 2™. Elle posait, à cette distance, sur le noyau solide du mamelon.
Le premier mètre fournit un massif brut de pierres de toutes sortes et de tuiles à rebords. Les moellons du deuxième mètre, presque tous calcaires, étaient disposés en assises concentriques; la maçonnerie était
faite sans mortier. Les parois de la fosse, taillées dans le roc, étaient lisses et bien conditionnées. La partie supérieure du puits avait été comblée avec de la terre arable et des pierres.
A six mètres, premier pavé, d'une seule assise de pierres. Dessous : terre meuble tachetée de charbon ; tessons de terre et de poterie; sept clous en fer; débris d'un veau de deux ans, d'un lièvre, d'un chien, d'un renard, d'un sanglier ou d'un porc.
A sept mètres , second pavé en cailloux, avec une grosse pierre calcaire au milieu. Il abritait une couche de 2" d'épaisseur, avec le mobilier suivant : terre de plus en plus noire ; trois fonds de vases ; brique en terre cuite , percée d'un trou au milieu {fig. 1} ; os de petits rongeurs ; restes
Fig. I.
brillants de coléoptères ; petite plaque de cuivre, de o"oi2 de largeur, et de qI^3o de contour , flexible et pliée en deux. Ces objets étaient renfermés entre deux madriers, larges de o°>35, couchés de l'est à l'ouest.
Par contre, tronc d'ormeau debout, de o^yS de circonférence, portant Tempreinte d'un instrument tranchant ; rondins et branches détachées du même arbre; rameaux d'épine noire, sarmants de vignes; un caillou aplati dans sa partie médiane, avec trace d'usure causée par le frottement; deux canons et quelques dents d'un cheval.
A neuf mètres , troisième et dernier pavé , couvrant l'enfouissement principal, où trois corbeilles en chèvrefeuilles, quinze vases en terre cuite et une urne en verre avaient été placés avec symétrie.
Les corbeilles en chèvre-feuilles ressemblaient un peu à nos paniers à salade, et renfermaient de la résine de pin (fig. i).
Fig. I.
Les vases en terre , en contrebas les uns des autres, et rangés autour des parois, étaient garantis de la pression des terres, non par des cachettes faites exprès, comme dans les autres puits, mais par des bourrelets en terre plastique collés sur leurs panses, qui contrastaient par leur teinte jaune-
verdâtre, avec le compost noir dans lequel ils étaient plongés.
Nous allons les passer en revue.
Pot noir, à Tanse très-développée , et à Touvertufe de o™io de diamètre; hauteur, o"™25 (Jig. i).
Cruche rougeâtre, à deux anses cannelées; hauteur, 0^24 (fig^ 2).
Fig. r.
Pot dans le genre du premier; seulement, le bec est tréflé au lieu d'être circulaire; hauteur, o"25.
Cruche, au galbe élégant, au vernis couleur plombagine, sillonnée d'une série de bandes imbriquées, de cordons en relief, alternant avec des cercles en creux; hauteur, jusqu'au goulot qui est brisé, ainsi que Tanse , o""23 (fig. 3).
fig. 3.
Cruche rougeâtre, à une anse cannelée et au bec tréflé; hauteur, o'"22.
Grande cruche, à couverte noire, à une anse et au bec tréflé ; hauteur, o""32 (fig. i).
Cruchon noir, au bec tréflé, àTanse proéminente ; hauteur,
0™I4 (fig. 2).
Fig. I.
Fig. 2.
i/io
i/io
Cruche noire , à Tanse développée, au goulot cerclé, de o™io de diamètre ; hauteur, o'"26 (fig. 3).
Pot noir, à anse à boudin, au bec tréflé et ébréché; hauteur, o"22 (fig. 4).
Fig. 3. Fig. 4.
i/io
Pot de même teinte , à anse unie, au bec tréflé et ébréché; hauteur, 0*24 (fig. 5).
Fig. 5.
i/io
Cruche rouge, à deux anses, au bec cerclé, à la panse
arrondie, marquée de trois lignes concentriques ; hauteur, o'"27 (fig. I).
Cruche rougeâtre, à deux anses cannelées, au goulot cerclé, de 0^04 d'ouverture; hauteur, 0^26.
Cruche, au vernis noir-marron, à une anse, au goulot circulaire, de 0^09 d'ouverture ; hauteur, o"32 (fig. 2).
Fig. I.
Fig. 2.
i/io
Cruche rougeâtre, à une anse cannelée et au bec tréflé ; hauteur, 0*27 (fig. 3).
Pot noir, à une anse plate, au goulot tréflé et ébréché ; hauteur, o""26 (fig. 4).
Fig. 3.
Fig. 4.
Parmi ces vases, huit contenaient du phosphate de chaux, dans la proportion d'environ 2^ par 7© de cendre. On y a rencontré également des os de petits rongeurs, d'autres petits os non définis, une vertèbre et un morceau d'os d'un grand mammifère, du charbon de bois, de la résine de pin, de la
paille y de la mousse, des insectes noirs et des téguments externes durs et brillants de coléoptères, une quarantaine de noyaux de prunes et la coquille d'un œuf de poule.
L'urne en verre était à Tétat de débris. Elle trouve son analogue dans celle fournie par une sépulture, de la période d'incinération, de la commune des Lues (Vendée), qui fait partie de ma collection ifig. i).
Outre les vases, les dernières couches renfermaient :
Un crochet en fer, ayant son anneau de suspension brisé
Fig I.
Fig. 2.
Une clef à deux fourchons (Jig. 3);
Un piton en fer, à l'angle interne renforcé d'un congé;
— i34 — plusieurs clous, de o"o8 à o"io de longueur (fig. i, 2, SJ;
Fig. I. Fig. 2. Fig. 3.
Trois tuyaux en terre cuite (fig. 4) ;
Fig. 4.
Une dizaine de morceaux de cuirs découpés en lanières et en bandes plus ou moins larges ; des ais et des rondins, des branches d'épine noire carbonisées dans la moitié de leur longueur, tandis que d'autres non entamées par le feu, avaient encore leurs fruits pendus à leurs rameaux ; des noix et des châtaignes bien conservées ; des noyaux de prunes ;
des os de poissons ; des dents de cheval ; un chien de grande taille, un chien plus petit, dont les. maxillaires avaient été sciées avec intention , à leur point de jonction ; le support d'une corne de bélier; des scories imparfaitement fondues, formées de silicate, dont la principale base est la chaux, çt mélangées de charbon de bois et de petits cailloux; enfin, un moyen bronze de Néron.
Notons que des trous avaient été pratiqués de distance en distance dans le cylindre de la fosse, pour faciliter la descente du puisatier. Nous avons remarqué la même particularité dans deux ou trois autres puits.
Avant d'aller plus loin, on me permettra une digression au sujet de M. Masson, dont le concours m'a été si utile pour le succès de mes fouilles.
Un jour, après son frugal déjeûner, ce puisatier intelligent se met en demeure de regagner son chantier dans la fosse qu'il avait creusée aux trois quarts. En posant le pied dans le baquet qui lui servait de nacelle, pour faire le trajet, il ne s'aperçoit pas qu'une simple hart en osier le rattachait au câble que les autres ouvriers, au moyen d'une poulie, hissaient ou baissaient à volonté, pour la montée ou pour la descente , et que 1'^ en fer qui était son salut , n'était pas emmanché dans le crochet fixé au fil protecteur.
Bref, un craquement se fait entendre ! ! ! M. Masson a passé comme un éclair à travers le vide : il est tombé de 4 à 5" de hauteur.
— « Beau-père ! êtes- vous encore en vie » ? lui crie de l'orifice du puits son gendre effrayé.
— « Oh , oui ! répond le puisatier ; seulement , mes deux sabots sont brisés en morceaux. Vite, qu'on m'apporte mes
talonnettes (c'est la chaussure du dimanche), car j'aperçois une belle cruche romaine. Ah ! comme elle fera plaisir à M. le Curé ! Dépêchez-vous. » Et, malgré des déchirures aux doigts et des douleurs assez fortes dans la région des reins, il s'obstina à rester à son poste. J'ajouterai que j'eus toute la peine du monde à le décider à prendre, le lendemain, un jour de repos.
Capitaine des fouilles archéologiques du Bernard, je portai ce vaillant soldat à l'ordre du jour de la Société d'Émulation de la Vendée qui lui vota immédiatement une médaille d'argent, qu'il reçut au milieu d'un grand concours de peuple, le 4 octobre 1869, jour de la distribution des récompenses attribuées au Comice agricole du chef-lieu du département.
XV» Puits.