V, CONSIDÉRANT
-.^mblable (1)? Peut-on citer quelque part sur le giobe un Gouvernement qui ait accumulé sur sa tête les plus violentes haines et qui ait failli dix fois périr violemment pour s'être opposé à ce que la Nation allât prodiguer ses ressources, son argent, son sang sur les champs de bataille, et affrontât les chances terribles d'une guerre gigantesque? et ce sang, et ces chances, et ces guerres, non pas dans un but de* domination et de Conquête, mais dans le but de voler au secours des Peuples qui combattaient pour leur indépendance, et de favoriser chez tous les autres les instincts de la Liberté? Non, non. Les autres Peuples ont des qualités, des qualités précieuses, des qualités solides, ils ont des qualités que nous n'avons pas. Tous sont essentiellement bons dans l'Humanité et pour l'Humanité; mais le Français seul fait par Caractère, par ardent Dévouement, .par Passion ardente, ce qu'aucun autre n'a encore fait comme nation, et ce que les autres ne pratiquent comme individus que par bienveillance ou par devoir.
Et c'est pour cela que la France, — malgré sa turbulence, malgré les extravagances de ses partis, malgré la folle présomption qui s'y est développée dans les ambitions individuelles, malgré l'esprit d'insubordination, de dénigrement, de tracasserie, de jalousie, de haine, que lui ont inoculé ses détestables luttes intestines et qui dégradent, il faut avoir le
(1) Allusion aux efforts que le « Parti du Mouvement » avait multipliés pour entraîner le gouvernement de Louis-Philippe à intervenir en faveur de l'indépendance des nationalités. (V. V Appréciation de la marche du gouvernemenl depuis 1830.)
patriotique et religieux courage de le dire très haut, la noblesse native de son caractère; — c'est pour cela que la France, malgré ses travers actuels, est toujours la Grande Nation, la Nation initiatrice, et que les Nations ses sœurs la voient irrésistiblement briller au milieu d'elles comme l'Étoile de l'Espérance, comme l'Étoile de l'Avenir et de l'Humanité. • Et c'est pour cela que la Politique de V Humanilé est certainement la vraie Politique Nationale de la France.
Jules Michelet (1798-1864) a consacré la plus grande partie de son labeur à l'histoire de la France (Histoire de France, 28 vol.; Moyen âge, 1833-1843, 6 vol. in-8o; Révolution, 1847-1853, 7 vol. in-S^; Renaissance et temps modernes, 1855-1867, 11 vol. in-8o).
« Conçue d'un moment, de l'éclair de juillet », pendant la Révolution de 1830, cette œuvre veut faire revivre « l'âme, la personne de la France ». Et la France, aux yeux de l'historien qui reste plébéien, est avant tout amour de la liberté et de l'humanité. C'est pourquoi la France peut et doit « s'enseigner elle-même » dans l'école. (V. le Peuple, p. 317.)
Une conférence consacrée à Michelet par Gh.-V. Langlois est reproduite dans le livre intitulé : Questions d'histoire et d'enseignement (Hachette, 1906), qui contient aussi un chapitre sur la Tradition de la France.