‹ Qu'est-ce que la science sociale? (volume 4)Chapitre 38 sur 120 · LE DROIT · texte numérisé non relu

LE DROIT

Dès lors vous niez le pouvoir.

Pour le moment, vous avez raison. Monsieur. En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit; et, en présence de Tincompressibilité de l'examen, tout pouvoir social stable est impossible.

« — Le pouvoir, tel qu'il fonctionne, n'est pas entier, dit « M. de Girardin : il n'y a plus de pouvoir quand il est dic visé en pouvoir législatif et en pouvoir exécutif. »

(Idem, n® ii, p. 50.)

— Vous avez raison, Monsieur. Mais, la division des pouvoirs est une logomachie du xviii® siècle; ou plutôt, si vous voulez, adoptée par la niaiserie du xix®.

Le pouvoir règne, donne la loi. Celui qui exécute en est le valel. Est-ce qu'un cocher est un maître?

Il n'y a de pouvoir que la force; ou que la force et la raison, si la raison a une sanction autre que la force; ce que

YODS niez. E(, si même il y a uq autre pouvoir que la force, c'est précisément comme s'il n'existait pas : tant que la société ignore ce que c'est que la raison; et si la raison a une sanction autre que la force. Pour éviter l'aveu d'une force brutale législative, la force, au moyen de l'éducation dont elle s'empare , se transforme en raison, en droit pour autant que l'examen peut être comprimé. Mais, quand cela devient impossible, on est bien obligé, pour éviter le despotisme patent, d'essayer de diviser le pouvoir en législatif et en exécutif. Alors, au lieu du despotisme, on a l'anarcbie. Et cela dure : autant que possible.

f — La séparation des pouvoirs en deux moitiés, pouvoir c législatif et pouvoir exécutif, a été, dit M. de Girardln, « combattue avec raison par les républicains les plus éclaic rés, comme étant une idée fausse qui appartient au régime « de la moar chie constitutionnelle, mais que repoussait le « système républicain.

c Sur ce point, je suis parfaitement d'accord avec eux ; où « je cesse d'être de leur avis , c'est lorsqu'ils veulent faire « absorber par le pouvoir législatif le pouvoir exécutif.

« Le plus mauvais des gouvernements sera en tout temps « et en tout pays, celui où le pouvoir sera exercé par une ast semblée législative.

c Je propose le contraire.

c Je soutiens la nécessité de faire absorber le pouvoir lé* « gislatif par le pouvoir exécutif. » {Les 5S, n^ ii, p. 61 .)

— Ceci, Monsieur, est affaire de goût. Vous préférez le despotisme à l'anarcbie. Messieurs'les républicains préfèrent l'anarchie au despotisme. Moi, j'aime également le despotisme et l'anarchie. Je sais : que, l'excès de maux que tous les deux causeront, est nécessaire pour faire sentir la nécessité du droit basé sur la sanction religieuse à ceux qui, comme vous, nient : le bien et le mal; le juste et l'injuste; le devoir et le droit.

c — Avant, dit M. de Girardin, de se disputer pour 8a« f voir quel air de flûte on jouera, il est prudeoide commence

< par se procurer une flûlc^ la meilleure possible ; car, si on « n*ayait pas de flûte, à quoi servirait de s'être longaraient c disputé?

« Avant de rechercher et de débattre ce qu'où ferait du a pouvoir, il est également prudent de commencer par s^as- « surer que l'instrument auquel on donne communément « ce nom existe en effet.

« C^est la précaution que nous avons prise. »

•^ Avant d'aller plus loin, faisons remarquer ici le danger de se servir d'expressions indéterminées : quand jil s'agit, surtout, de ce qu'il y a de plus important : le pouvoir.

Il y a pouvoir force et pouvoir raison^ si celui-ci existe, ou peut exister, comme pouvoir social.

Le pouvoir force^ les baïonnettes, peut être nommé un instrument j il est possible de s'en rendre maître; et, alors, c'est à l'artiste à en bien jouer : s'il est possible encore d'en jouer bien.

Mais, si la raison peut exister comme pouvoir ; celui-ci est éternel, comme la raison, celui-ci n'est point un instrument: il ordonne, il sanctionne; et, la liberté, si elle existe, obéit; pu, désobéit, '

• <t — Nous nous sommes demandé, continue H« de 6irar« « din, si ce qu'on appelait lepoutmr existait en réalité? »

— Voyez ce cpie c'est que de se servir d'indétermination I Le pouvoir /brc^ existe bien certainement. La question pouvait seulement s'établir sur le pouvoir raison.

« — Après un mûr examen, continue M. de Girardiu, « nous avons acquis la conviction que ce qu'on appelait fausse sèment en France te jooMvotr, n'était que l'impuissance oN « ganisée. »

— Après cela, il aurait fallu prouver. Ce que M. de Giratdin a oublié, je vais le faire.

En présence de rincompressibililé de Texamen, le pouvoir foHe devient ^puissant comme base d'ordre perdurable.

En présence de l'ignorance sociale sur la réalité du droite le pouvoir rai>(m est encore impuissant*

Et, ceci n'existe point seulement pour la France, mais pour toutes les humanités possibles en pareilles circonstances.

« — S'il en était autrement, continue H. de Girardin, li et faudrait alors s^en prendre & tous les hommes qui ont été <c ministres depuis vingt ans...»

— M. de Girardin aurait pu dire : depuis le traité de Westphalie.

« ^ Et, ajoute*t-il, puisqùMts ont été tous impuissants, c les déclarer tous incapables. »

— M. de Girardin a raison. En sait-il plus que ceux qu'il déclare Ignorants?

a — Les idées, dit M. de Girardin, sont au pouvoir ce que ce les racines sont à l'arbre ; que le pouvoir ait des idées, et « que ces idées soient profondes, il sera stable. »

(les 52, n^ v, p. 93.)

— Et si les racines sont pourries; et si elles plongent dans le vide?

M. de Girardin se trompe. Pour être stable^ tout pouvoir doit être imposé socialement : soit par une foi; soit par la science. Dès qu'il ne peut plus être imposé socialement par une foi, et qu'il ne peut pas encore l'être par la science; tout pouvoir est nécessairement éphémère.

é —Lorsque, dit M. de Girardin, le temps de l'oppression t est passé, lorsqu'un peuple a conquis toutes ses libertés, « lorsqu'il est en pleine possession de ses droits, lorsqu'il « a atteint enfin l'âge de sa majorité politique, il n'y a plus, « il ne POIT plus y avoir que deux pouvoirs :

« Le pouvoir administratif,

A Le pouvoir judiciaire. {Idem, n"^ xii, p. 421.)

— Administratif de quoi? — de l'ordre.— D'après qtielW règle? Sous quelle sanction? Si vous voulez exister sans règle, MM lois, privé d« toute sanction autre que celle un

plus fort, vous avez raison de ne vouloir ni pouvoir législatif, ni pouvoir exécutif. Alors, à quoi bon un pouvoir administratif? Et, si vous n'avez de sanction que la force, pourquoi un pouvoir judiciaire? Selon vous, tout juge est un bourreau; ou plutôt tout bourreau est un juge.

Quant à être dans la possession de ses droits, quand il n'y a pas de droity c'est assez difficile.

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