‹ Qu'est-ce que le tiers état?Chapitre 3 sur 28 · INTRODUCTION II · texte numérisé non relu

INTRODUCTION II

Qti^est'Ce que le tiers état ? celle qui est consacrée à la critique. des. abus et aux demandes du tiers eut bien plus de succès que celle où il est traité des mesures à prendre. Dans le chapitre VI, le dernier et le plus long, qui est intitulé : Ce qui reste à faire, Sieyès indique les moyens qu'il estime les plus sûrs pour mettre le tiers en possession de ses droits politiques d'une manière utile à la nation. Aucun de ces moyens ne fut employé. On ne voit même pas qu'il ait été jamais question de suivre l'un ou l'autre des plans tracés par Sieyès. /Il n'avait pas eu de peine à faire sentir « la timide insuffisance de ces réclamations du tiers qui se re ssen taient encore des vieux temps » ; il avait bien démontré que le tiers ne devait pas se contenter à si bon marché, se borner à être « le moins possible », qu'on ne tenait pas assez compte du progrès des lumières ; il demandait que, toute trace de privilèges étant effacée, les députés du tiers s'érigeassent seuls en une assemblée nationale d'où les députés du clergé et de la noblesse seraient £xcliiSj ou mieux encore que tous les députés des trois ordres fussent écartés et qu'à leur place on convoquât les représentants de la nation sans aucune espèce de distinction d'ordres ou de castes. Ces conseils n'ont pas prévalu et ne pouvaient prévaloir. La France était encore « trop pénétrée du respect pour les rangs et du sentiment d'une subordination nécessaire » (i). Et même en la supposant assez émancipée pour goûter les avis de Sieyès, comment s'y serait-elle prise pour les suivre ? La force des choses ne l'aurait pas permis. Sieyès lui-même ne semble pas avoir pris ses plans très au sérieux : du moins ne se faisait-il pas d'illusion sur le sort qui leur était réservé. Il n'aurait pas voulu se charger de les mettre en pratique.

Les États généraux convoqués par Louis XVI, les trois parties ensemble, p. 110. Target dit plus loin : Dans cette liberté générale d'écrire n'a-t-on pas respecté jusqu'aux idées du préjugé?

iV INTRODUCTION

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En les proposant, il avoue qu'il n'a d'autre espoir que de provoquer la méditation et la discussion, d'éveiller et de stimuler les esprits. Il expose la vérité <( dont on se rapproçb^g ar-plus ou moins selon les circonstances ». Il prévoit' que ses principes ne seront pas admis même /^"^' par les membres du tiers les plus habiles à défendre les intérêts de leur ordre, que ses idées paraîtront extravagantes à la plupart des lecteurs (p. qo)J [1 sait qu'elles sont absolument impraticables pour le temps {tb.). Aussi,

\\ bien loin de songer à les imposer, déclare-t-il qu'on ne

doit point s'y attacher avec trop de rigueur. Ce grand théoricien a parfois, Michelet s'en est souvenu, le langage

l ! d'un véritable homme d'Etat. Avec une clairvoyance qui

lui fait le plus grand honneur et qui de nos jours est devenue trop rare, il constate la différence profonde qu'il y a entre la mission du penseur méditant à loisir dans

u la solitude du cabinet et celle du citoyen chargé des

affaires d'un grand peuple : « Tant que le philosophe n'excède point les limites de la vérité, ne l'accusez pas d'aller trop loin... Le devoir de l'administrateur au contraire est de graduer sa marche suivant la nature des difficultés. » Non content d'avoir ainsi marqué cette dis-

Hi tinction essentielle dans son épigraphe en tête de l'écrit

Qu'est-ce que le tiers état ? il y revient et y insiste aux dernières pages de la conclusion où il signale Terreur des personnes « qui s'obstinent à confondre la conduite mesurée et prudente de l'administrateur, qui gâterait tout s'il ne calculait pas les frottements et les obstacles, avec l'élan libre du philosophe que la vue des difficultés ne fait qu'exciter davantage (i) ».

(1) « L'histoire fut toujours en défaveur auprès de cet esprit absolu qui visait à tirer tout de la raison », dit Sainte-Beuve dans son étude sur Siejès. Peut-être y a-t-ii dans ces paroles un peu d'exagération : Sieyès ne dédaignait pas toujours les exemples ■ fournis par le passé et à l'occasion il savait s'en servir ; peut-être, à bien voir les choses, trouverait-on plus de véritable esprit pratique.

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