INTRODUCTION IX
yétait de mettre un terme à l'arbitraire, de sortir du chaos où Ton était plongé, et, pour cela, d'établir une constitution. « Que servirait de réformer les abus si la source n'en était tarie ! Le malheur de la France vient de ce qu'elle n'a jamais eu de constitution fixe, » disait la noblesse de Blois. « Posez donc les bases, s'écriait Malouet dans un accès de lyrisme, élevez les colonnes du plus beau monument qui puisse sortir de la main des hommes ; car telle est une constitution nationale qui détermine les droits de tous et les lois qui les maintiennent. » Le pays tout entier sans distinction d'états ni de classes réclamait instamment une constitution. C'était, pour employer les termes du cahier de la noblesse de Ponthieu, l'objet principal des vœux du pays, le seul sur lequel la condescendance eût été répréhensible, le grand intérêt qui ne devait jamais être perdu de vue, qu'il ne fallait pas laisser absorber sous la discussion des intérêts particuliers (i).
Mais cette constitution unanimement désirée, quel
clergé et de la noblesse, notamment eaux de Clermont-en Beauvoisis — « L'assemblée que j'ai convoquée pour s'occuper avec moi de la régénération de mon royauma. » Lettre de Louis XVI, 28 mai
(1) Selon M. Taine, tandis que les nobles, d'après Montesquieu, disent que la constitution existe, le tiers, conformément aux doctrines de Rousseau, déclare qu'il faut donner une constitution à la Franre (Anr.Lm ri\<r!mfl^ p A99) A l'appui de son dire M. Taine cite deux cahiers de la noblesse : il aurait pu en indiquer quelques-uns de plus. Mais s'il avait pris la peine d'étudier la question, il saurait qu*à part un très petit nombre de cas, la noblesse est sur ce point tout à fait d'accord avec le tiers. Elle pose comme c maxime fondamentale » que les États généraux s'occuperont d'abord d'arrêter avec sa majesté un corps de lois constitutionnelles « et qu'il ne sera délibéré sur aucun objet d'impôt que toutes les parties constituantes du code ne soient définitivement arrêtées, rédigées et promulguées comme bases de la constitution française ». Ce sont les expressions de la noblesse de Cambrai : sous une forme ou sous utie autre, la même pensée se trouve dans la plupart des cahiers du même ordre. 11 faut ici, comme dans bien d'autres cas, renoncer à user de la vieille antithèse entre Montesquieu et Rousseau. — C'est le