NOTABLES
Les notables ont trompé l'espoir de l'un et de l'autre ministre. Rien n'est plus juste, à leur égard, que l'excellent coup de pinceau
de M. C i. « Le roi les a rassemblés deux fois autour de lui
pour les consulter sur les intérêts du trône et de la nation. Qu'ont fait les notables en 1787 ? Ils ont défendu leurs privilèges contre le trône. Qu'ont fait les notables en 1780? Ils ont défendu leurs privi-
qu'est-ce que le tiers ETAT.' 53
lèges contre la nation (i). » C'est qu'au lieu de consulter des notables en privilèges, il aurait fallu consulter des notables en lumières. Les plus petits particuliers ne s'y trompent pas, lorsqu'ils ont à demander conseil dans leurs affaires, ou dans celles des gens qui les intéressent véritablement.
M. Necker s'est abusé. Mais pouvait-il imaginer que ces mêmes hommes, qui avaient voté pour admettre le tiers en nombre égal dans les assemblées provinciales, rejetteraient cette égalité pour les Etats généraux? Quoi qu'il en soit, le public ne s'y est point trompé. On l'a toujours entendu désapprouver une mesure dont il prévoyait l'événement, et à laquelle, dans la meilleure supposition, il attribuait des lenteurs préjudiciables à la nation. Il semble que ce serait ici le lieu de développer quelques-uns des motifs qui ont inspiré la majorité des derniers notables. Mais n'anticiponspassurle jugement de l'histoire ; elle ne parlera que trop tôt pour des hommes qui, placés dans la plus belle des circonstances et pouvant dicter à une grande nation ce qui est juste, beau et bon, ont mieux aimé prostituer cette superbe occasion à un misérable intérêt de corps.
Les tentatives du ministère, comme l'on voit, n'ont pas produit d'heureux fruits en faveur du tiers.