‹ Quand Barras était roiChapitre 74 sur 74 · La fille de M*"* Pipelet devint la baronne de Francq · texte numérisé non relu

La fille de M*"* Pipelet devint la baronne de Francq

Une fois de plus Pindare se montrait bon prophète. En cette même année, M"' Pipelet donna au Théfttre*Français un drame intitulé Camille^ qui eut une seule représentation, et elle termina une longue épitre sur les dissensions des gens de lettres, sujet traité en toute connaissance de cause, sujet qui était et qui sera toujours d'actualité. Genws irrùabile vatum. Selon son programme, elle lut la pièce dans plusieurs lycées où Taccueil reçu était encore chaleureux, un peu moins pourtant que jadis. A défaut d'Apollon, c'est Bonaparte qui lui apporta du secours, il arrivait triomphant d'Egypte et, lorsque la dame prononça ces vers :

L'art laissera la haine aux âmes ordinaires,

Nous avons un Achille, il nous faut des Homères.

Tenthousiasme éclata tout à coup en trombe, les applaudissements crépitèrent à ébranler la salle, ils se terminèrent comme un tonnerre lointain, rejaillirent, et l'impression extraordinaire qu'ils firent sur la conférencière n'était pas encore oubliée quarante ans plus tard.

Les cieux ne sont pas toujours illuminés d'éclairs ; si des jours calmes succèdent aux tempêtes, les crépuscules aussi arrivent avec eux. Confiante en son mâle talent. Constance Pipelet continuait h

travailler, mais sa réputation grandissait alors que sa popularité décroissait. En 1803, die épousait le prince deSalm-Dyck, de sept ans plus jeune qu'elle, un des plus anciens comtes de l'empire germanique, dont un aïeul avait combattu à Granson et à Morat. Où était le bandagiste Pipelet? Ce deuxième mariage la plaça dans une haute situation, son salon se transforma en une cour peuplée d'admirateurs et de quelques hommes dévoués recherchant son amitié, « l'amour de l'âge mûr* ». Futelle parfaitement heureuse de cette existence brillante? Qui saurait le dire? Au milieu de son cénacle d'artistes, de gens du monde et de littérateurs, la citoyenne Pipelet regrettait peut-être du fond de l'âme l'époque enivrante où sa belle physionomie, sa jeunesse, l'harmonie de ses gestes et de sa voix soulevaient la foule qui l'acclamait dans les lycées du Directoire.

Hélas! elle était devenue princesse et Barras n'était plus roi.

1. Un ouvrage assez rare portant comme titre : Recueil de lettres de deux amants (P. an IX, 6 vol. m-18), est attribué sans preuves à Carnot et à M"* Pipelet. La princesse de Salm mourut à Paris le 13 avril 1845. Sur ses œuvres diverses et la seconde partie de sa vie qui ne présente aucun fait saillant, on peut consulter toutes les biographies. Une lithographie du Cabinet des Estampes donne le portrait des gens qui fréquentaient son salon en 1806.

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