‹ Quand Israël est roiChapitre 18 sur 24 · LA DÉBÂCLE DES SOVIETS · texte numérisé non relu

LA DÉBÂCLE DES SOVIETS

méthodes bourgeoises, fort peu démocratiques mais qui avaient fait leurs preuves. Et puis, comme disait Bela Kun pour justifier ce retour au passé, « l'immense différence entre hier et aujourd'hui, c'est qu'hier, nous menions la lutte d'en bas; aujourd'hui, nous la menons d'en haut. Naturellement le point de vue change, et ce qui hier pouvait être mal deyient au contraire bien aujourd'hui .. " Les conseils de soldats, l'élection des officiers par les hommes, les discussions politiques et les meetings dans les casernes, tout cela avait été « bon n pour détruire l'armée bourgeoise; mais cela était « mal » aujourd'hui qu'il s'agissait de mettre à la disposition du Gouvernement soviétique un solide outil de combat. On reconstitua les cadres, en rappelant au service tous les officiers de carrière; la conscription obligatoire remplaça le système des engagements volontaires; on remit en usage le code impitoyable, qui naguère révoltait si fort les antimilitaristes; les soldats indisciplinés furent passés par les armes; on rétablit la distinction des grades; et la seule nouveauté fut qu'à la place d'étoiles au collet, les officiers por-

tèrent désormais des galons à la manche et au képi.

Bôhm, le ministre de la guerre, l'ancien représentant de machines à coudre, et Napoléon Pogany, le fils du laveur de cadavres, avaient glissé au second plan . Un ancien officier, le colonel Stromfeld, était devenu l'âme de la nouvelle armée rouge. D'excellente famille bourgeoise, élève de l'École militaire de Vienne, rien ne prédisposait ce Stromfeld aux idées révolutionnaires. Mais après la débâcle austrohongroise, il se tourna du côté des socialistes d'abord, et des communistes ensuite, avec Tespoir d'utiliser encore une activité belliqueuse que cinq années de guerre n'avaient pas rassasiée, et qui était un besoin de sa nature. C'est le type ordinaire du soldat de métier, qui ne manque jamais d'apparaître dans une révolution quelle qu'elle soit. Un instant, toute la Hongrie mit en lui sa confiance : les Rouges, parce qu'ils espéraient beaucoup de ses talents stratégiques ; les Blancs, parce qu'ils comptaient sur lui pour renverser Bêla Kun. Il déçut tout le monde : les bolchévistes, qu'il ne réussit pas à conduire à la victoire; et les patriotes, qui n'avaient pas

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