‹ Quand les grenouilles auront des queues [microforme]Chapitre 26 sur 28 · ES · texte numérisé non relu

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habit vert. Le piqueur de Valentin ne vous méprisera pas; il est bon garçon: il sait des histoires qu'il conte drôlement, et, quand nous sercus arrivés au rendez-vous de chasse, après avoir battu le bois, il

nous fera une omelettc. Oh! Jean! grand statuaire, quelle omelette!

Nous prîmes le chemin de fer.

Vous étions six dans le Wagon: Jean le statuaire, Emile le peintre, moi, deux dames fort décentes, par — muettes, et un monsieur fort décent aussi, Coifté, rasé, ganté, €empaqueté, qui parla beaucou : mais sans toucher à la politique, ni aux arts, ni à la littérature ni au commerce, n1 à autre chose. la grande station nous dinâmes auprès de mon-

sieur, Sa manière de diner nous parut digne de remarque.

Il commença par chercher à se laver les mains, et n’y renonça qu après plusieurs demandes adressées aux garçons, qui les reçurent mal.

S’étant assis, il trouva que sa serviette était humide et en requit une autre, qu’il attendit patiemment. En possession de sa serviette, il entreprit de nettoyer son verre, sur la Propreté duquel il nous consulta et que nous ne trouvâmes point net. Il fit à son assiette la même opération.

Mais, après avoir bien frotté, bien retourné, bien regardé, il exigea une autre assiette et un autre verre.

On le satisfit. Alors il Coupa un morceau de pain ct parut réfléchir.

—Messieurs, nous dit soit suflisamment cuit?

—Oui, monsieur, répondis-je.

—Non, monsieur, répondit Emile.

—Monsieur, répondit Jean, il faudrait connaître les usages et le climat du Pays. Ce pain ne vous semle pas cuit; mais peut-être l’est-il comme il faut

-il, pensez-vous que ce pain

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pour les estomacs de céans. Les anciens conseillent au voyageur de se mettre à la cuisine des peuples qu'il visite. C'est pourquoi Alcibiade, à Sparte, se Esgnlait de brouet noir, après un bain dans l'Euroas. |

—Monsieur, dit le monsieur, je saisis votre raisonnement. Cependant je mangerai du pain plus cuit; j'ai l’estomac susceptible.

Il demanda d'autre pain, et, comme on tardait, il en alla quérir. Nous étions au dessert quand il reparut, vainqueur, tenant un pain de gruau.

—Ce n’est pas sans peine, nous dit-il que je me suis procuré cette flûte. On voit bien que nous sommes déjà loin de Paris.

I » avait sur la table de la volaille et du bœuf rôti. demanda du veau. On lui répondit que le veau était épuisé. Il nous consulta. Jean sg = le

oulet, Emile aussitôt se prononça pour Je bœuf. otre homme était perplexe.

—Le bœuf, dit- enfin, est plus tonique et conbe mieux en voyage. Néanmoins je regrette le poulet. |

Sur ce raisonnement il se servit une tranche de bœuf. Mais il fit de nouvelles réflexions.

—Le bœuf est lourd... Je prends du poulet.

Et il s’'empara d’une aile de poulet.

En ce moment, le garçon faisait la recette.

otre homme avait devant lui du bœuf et du

poulet, et du vin dans son verre. On lui réclama trois francs. Cessant de manger, il s’occupa lentement de faire cette somme en monnaie; remarquant à demi-voix que les prix étaient forts.

— Vous voyez, monsieur, lui dit Jean, nous ne sommes pas si loin de Paris.

—La remarque, répondit-il, est bonne. Mais il est, je crois, temps que je dîne. L’heure vient.

L'heure etait venuc, On sonna le départ, {out

le monde se leva, et notre voisin avec plus .le hâte que les autres, sans sc donner le temps de vider son verre.

Nous le retrouvâmes dans lc wagon, contant son

aventure aux deux dames qui s’efforçaicnt de ne point rire. Il nous pria de ui dire combien nous avait coûté notre repas. Nous en étions pour trente sous.

à —Eh bien! moi, messieurs, j'ai Payé trois france ctjen ai pas diné, Mais, ce que vous trouverez piquant, c’est la troisième fois que pareille chose m'’arrive.

Et il s’endormit, lisant l'Indicateur des chemins

de fer.

Ls VEUILLOT.

Rs Les ORANGES de VALENCE

Voici revenue la grande saison des oranges.

Bien qu’il nous en arrive de tous côtés, l’orangc d’Es- Pagne—surtout celle de la région de Valence— n’a rien perdu de sa légitime réputation et continue à fournir un chiffre respectable au commerce d’expor-

tation.

La récolte de la “ valence ” commence ordinairement vers le 25 octobre, lorsque les fruits ne sont encore que partiellement colorés. Les quelques jours de magasinage et la durée du voyage pour atteindre

les divers marchés suffisent à leur faire acquérir une belle couleur jaune paille.

Les oranges sont récoltées dans des paniers flexibles en feuilles de palmier ou de sparte, et transportées au magasin d'emballage dans de curieuses voitures à trois étages, dont chaque étage porte en-

ne

viron seize paniers conter ant de deux à trois douzaines d’oranges.

Les fruits sont d'abord déposés dans le magasin et laissés en tas pendant deux ou trois jours, Jour “ purger”, c'est-à-dire pour laisser évaporer ‘excès d'humidité de l'écorce, ce qui les rend plus élastiques et plus aptes à suporter la pression de l'emballage.

On procède, ensuite, à leur c'assification et à leur empaquetage. Ces opérations sont faites à la main, par des femmes ou des jeunes filles payées de seize à dix-huit sous par jour. Le triage permet d'éliminer les fruits n'ayant même qu'un défaut très peu apparent.

Sur les grands marchés importateurs d'oranges de Valence, comme Liverpool, Londres et Hambourg, : L de fruits gâtés dans une boîte suffit à la faire classer en seconde catégorie, ce qui amène une dépréciation d'au moins 25 à 30 sous par caisse.

Le papier de soie qui enveloppe les oranges était, autrefois, importé de France; on le produit, maintenant, dans le pays, et surtout à Alcoy, district de Valence. L'emploi de papier de soie portant le nom et la marque de l’exportateur, imprimés en or ou en couleur, augmente les dépenses d'emballage, non seulement du coût de l'impression, mais aussi de la main-d'œuvre supplémentaire nécessaire pour placer symétriquement les fruits dans les caisses.

Celles-ci sont en bois de sapin, de 40 pouces de longueur sur 12 de largeur et 16 de hauteur, divisées en trois compartiments et ficelés à l’aide de cordes de sparte. Elles contiennent environ 75 livres d'oranges, ce qui représente à peu près 420 beaux fruits ou jusqu’à 700 plus petits.

En 1912, l'exportation des oranges de Valence a dépassé 6 millions de caisses, et, comme la même

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Province se livre aussi à lu culture et à l’exportation des mandarines, des amandes, des raisins, des melons, des tomates et des oi ons, c’est au moins 14 à 15 millions de caisses qu'il faut fabriquer chaque année pour satisfaire à cet important trafic.

Cette fabri: °n occupe de nombreux ouvriers dans les scieriss . :Caniques de Valence et des environs. Les forêts de conifères qui couvraient, autrefois, les vallées voisines de la Turia ct du Jucar fournirent, pendant longtemps, le bois nécessaire ; mais, Comme on a né ligé les travaux de reboise: ment, on ne trouve plus, aujourd'hui, le moindre bois de sapin dans un rayon de 150 milles autour de la ville. Aussi est-on obligé de s’approvisionner aux iles Baléares, dans la zône côtière es Pyrénées, sur les bords du fleuve Minho, et même en Corse.

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