Quand les prix baissent [microforme]
Les deux partis politiques ont déclaré que c'est leur intention de protéger les intérêts canadiens en établissant le tarif. Ils devraient pour cela être également désireux de rendre la protection efficace.
Si nous prenons en considération les condition : qui ont existé durant les six dernières années, nous conviendrons que, à quelques exceptions près les industries canadiennes 9nt été aussi bien protégées contre la concurrence étrangère, sous le tarif Fielding qu’elles l'étaient sous le tarif Foster, qui l’a précédé. M. Foster commit la grande erreur de diminuer le tarif pendant une période de dépression quand les prix étaient bas et que la concurrence étrangère était ardente. M. Fielding réduisit davantage les droits, et si les mêmes conditions avaient prévalu, le résultat aurait été désastreux pour les intérêts canadiens. Mais. heureusement pour le Canada, les conditions n'étaient pas les mêmes; le commerce du monde se rétablissait précisément d’une longue période de dépression, lorsque ce tarif fut adopté, et peu après entra dans la plus remarquable période de prospérité et de développement jusqu'alors connue, Le tarif Fielding est principalement ad
valorem. Un tel tarif s'élève quand les prix montent, et baissent quand les prix descendent. Il arriva que immédiatement après l'adoption du présent tarif, les prix montèrent dans le monde entier, et par conséquent la protection fut augmentée précisément quand on en avait le moins besoin. Les prix élevés et les bonnes années ont prévalu depuis lors, mais personne ne sait combien cela durera.
M. Fielding lui-même a dit qu’une réaction doit se produire. Quand elle se produira, quand viendront les mauvaises années, quand les manufacturiers des pays étrangers commenceront à vendre à sacrifice leurs marchandises en Canada. les prix déclineront, et avec les prix, le tarif ad valorem diminuera au moment où il devra être élevé.
C'est un fait bien connu que pendant le dixnevième siècle alternèrent des périodes de prospérité et de dépression, affectant toutes ! les contrées civilisées, et que les bonnes années étaient aussi invariablement accompa-
gnées de prix flevés que les mauvaises années l’étaient de prix bas. Quelquefois une période de prospérité se terminait par une panique soudaine. D'autre fois le changement des prix élevés et de la grande prospérité à l'extrême dépression venait graduellement, la baisse s’opérant en un certain nombre d'années.
Il n'y a pas de raison de croire que !e vingtième siècle sera exempt de semblables fluctuations, et c'est folie de fermer les yeux sur ce fait et de négliger de se préparer pour les temps difficiles.
Suivant le rapport du Globe de Toronto, du banquet à Halifax, le 12 décembre 1902, M.
Fielding faisant allusion au tarif dit :
S'il y a quelque inégalité qui deman-
de a être réparée, nous sommes prêts à la considérer et à y remédier. S'il y a une condition nouvelle créée par l'établissement de quelque nouvelle industrie, s'il y a à l'étranger des conditions qui nuisent à notre commerce, en un mot, si quelque évènement s'est produit, nous n'avons pas l'intention de refuser de voir les faits établis; mais nous déclarons que puisque le pays a prospéré pendant que ce tarif était en vigueur, il n'y a pas de raison de provoquer un soulèvement dans le but de nous faire revenir à des droits élevés. ”
Or, s'il convient de changer de tarif, afin de protéger les intérêts canadiens après que quélque évènement s'est produit, pourquoi ne serait-il pas sage de faire ce changement avant que se produise l'évènement que chacun devrait être capable de prévoir ? N'est-il pas mieux de fermer la porte avant que le cheval soit volé plutôt qu'après ?