RUE AUBER
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PRÉFACE
Ce n'est pas une étude sur Reyer que j'entreprends. Une amitié quasi filiale, une admiration profonde ne sont pas des titres suffisants.
Je laisse à d'autres, plus avertis ou plus autorisés, le soin de parler comme il convient de l'illustre auteur de Sigurd et de Salammbô.
Plus modeste dans mon dessein, je voudrais dire ici quelques mots de l'écrivain dont se doublait si merveilleusement le musicien que fut Reyer.
Au lendemain de sa mort, un de ses amis écrivait qu'il avait mérité l'Académie Française. Cela pourrait bien être. Un jour il sera permis de dire pounpioi il n'en fut pas. Son œuvre littéraire, bien que considérable — pendant quarante années il jug-ea la production musicale dans différents jour-
II PREFACE
naiix, — peut sembler assez mince aux yeux des moins avertis. Il est malaisé, en effet, d'aller chercher dans les collections du Courrier de Paris ou du Journal des Débats les pages vives et charmantes, d'un esprit si français, que Reyer y publia.
Cette œuvre pourtant suffirait à la renommée d'un autre. Pour Reyer, il est avant tout, et on veut qu'il ne soit qu'un musicien. Cela fait oublier qu'il fut un excellent, un remarquable critique.
Dès son arrivée à Paris, qui eut lieu au lendemain de la révolution de 1848, Reyer se lia avec ce que les lettres, la musique et les arts avaient de meilleur et de plus brillant. Ami de Théophile Gautier, qui écrivit pour lui le Selam (1850), ami de Baudelaire, de Gérard de Nerval, de Henri Heine et de Flaubert, de Félicien David et de Berlioz, il fut rapidement introduit dans les rédactions de la Revue Française, du Moniteur Universel, de la Gazette musicale, où il publia, de façon assez peu régulière au début, ses premiers articles.
Ce ne fut qu'en 1857 qu'il devint titulaire de la chronique musicale du Courrier de Paris, auquel il collabora pendant trois ans.
En 1866 il entrait au Journal des Débals, M. d'Ortigue y avait succédé quelques mois auparavant à Hector Berlioz, qui, fatigué, las, renonçait,