‹ Quatorzième chant de l'IliadeChapitre 3 sur 35 · DÉCEPTION DE JUPITER · texte numérisé non relu

DÉCEPTION DE JUPITER

Or la clameur n'échappa point à Nestor, buvant cependant, mais il dit au fils-d'Esculape ces paroles ailées :

« Réfléchis, divin Machaon, comment seront ces choses; auprès des vaisseaux certes la clameur des jeunes-gens florissants est plus grande.

Mais toi à la vérité étant assis bois maintenant un vin noir, jusqu'à ce que Hécamède aux-belles-boucîcs ait chauffé des bains chauds, et ait lavé la souillure sanglante ; et moi je saurai aussitôt étant allé à un lieu-d'observation. »

Ayant dit ainsi, il prit le bouclier bien fait, gisant dans la tente, resplendissant d'airain, de son fiis Thrasymède dompteur-de-chevaux ; or celui-ci avait le bouclier de son père. Nestor. Il se saisit d'une forte lance, garnie d'airain, à la pointe acérée, et s'arrête à l'entrée de la tente. Aussitôt il découvre un' af-freux spectacle : les Grecs harcelés par les fiers Troyens qui les pres-sent, et la muraille des Achéeils abattue. De même que la vaste mer, pressentant l'approche du souille impétueux des vents, donne une couleur plus sombre à son onde silencieuse'; immobile, elle ne roule point ses flots, avant que Jupiter n'ait déchaîné le vent dans une di-rection fixe : de même le vieillard indécis médite en son âme s'il se précipitera dans la foule des Grecs aux rapides coursiers, ou s'il se rendra auprès d'Agamemnon, fils d'Atrée, pasteur des peuples; après avoir réfléchi" lui semble que le meilleur parti est d'aller rejoindre le fils d'Ati-ée, Les combattants s'entrégorgent, et sur leurs poitrines retentit l'airain solide que frappent les glaives et les lances à deux tranchants.

Nestor rencontre, sortant de leurs vaisseaux, tous les rois, issus de Et il se saisit d'une lance forte, affilée par l'airain aigu qui la garnissait; et il se tint hors de la tente, et aussitôt il aperçut une chose affreuse, les uns, les Grecs, étant poussés, les autres, les Troyens superbes, les poursuivant par-derrière; et la muraille des Achéens avait été renversée.

Or comme lorsque avec une onde silencieuse la mer grande se pourpre, présageant ainsi les voies rapides des vents sifflants, alors donc elle ne se roule ni d'un-côté-ni-de-l'autre, avant que un vent décidé [ter :

être venu de (soit envoyé par) Jupi-ainsi le vieillard roulait en lui-même, partagé dans son cœur entre-deux-partis, ou-s'il irait vers la foule des Grecs aux-coursiers-rapides, ou vers Agamemnon fils-d'Atrée, pasteur des peuples.

Or à lui réfléchissant ainsi il parut être préférable d'aller vers le fils-d'Atrée ; ceux-ci se tuaient les-uns-les-ai tres, en combattant; et sur le corps à eux retentit l'airain solide, eux étant frappés et par les épées et par les lances à-deux-tranchants.

Alors les rois nourrissons-de-Jupi ter. G Jupiter, que l'airain a blessés, Diomède, fils de Tydée, Ulysse, et Aga-memnon, fils d'Atrée. Leurs navires avaient été tirés loin du champ de bataille, sur les bords de la mer blanchissante. Les premiers vais-seaux avaient été tralnés jusque dans la plaine, et devant tes poupes un mur avait été construit. Le rivage, malgré sa vaste étendue, n'aurait jamais pu contenir toute la flotte, et l'armée eût été resser-rée : aussi les Grecs rangèrent leurs navires sur plusieurs lignes, et remplirent les larges profondeurs que formaient deux promontoire s. Les héros, impatients de contempler le tumulte et le combat, s'avan-cent tous ensemble, appuyés sur leurs lances ; leur âme est en proie à la tristesse. La vue du vieux Nestor frappe d'épouvante le cœur des Achéens. Aganjemnon lui adresse alors la parole :

c Nestor, fils de Néjée, gloire illustre des Achéens, pourquoi venir en ces lieux, après avoir quitté le combat meurtrier? Je crains bien tous-ceux-qui avaient été blessés par l'airain, étant sortis de leurs vaisseaux, le fils-de-Tydée et Ulysse et Agamemnon fils-d'Atrée, se rencontrèrent avec Nestor.

Car leurs vaisseaux étaient tirés bien loin du combat sur la rive de la mer blanchissante car ils tirèrent les premiers dans-la-plaine, et ils bâtirent une muraille devant les poupes.

Car le rivage, quoique étant large , n'aurait pu nullement contenir tous les vaisseaux; et les troupes auraient été serrées; aussi ils tirèrent les vaisseaux sur-plusieurs-lignes, rt remplirent la bouche (l'omcrt'ure) longue du rivage entier, aussi grande que deux promontoires la formaient.

Aussi ceux-ci désirant-voir le tumulte et le combat, s'appuyant sur leur lance, allaient serrés (nombreux); et le cœur à eux était affligé dans leurs poitrines.

Or le vieux Nestor les rencontra, et effraya le cœur des Achéens dans leurs poitrines.

Et Agamemnon roi ayant parlé dit-à lui :

4 0 Nestor fils-de-Nélée, gloire grande des Achéens, pourquoi viens-tu ici ayant quitté le combat destructeur?

Je craii.s que Hector impétueux que l'impétueux Hector n'accomplisse les menaces qu'il fit un jour, lorsque, dans l'assemblée des Troyens, il jura de ne point rentrer dans llion, avant d'avoir incendié les vaisseaux et massacré les Grecs eux-mêmes. Il disait ainsi, et ses paroles vont s'accomplir aujourd'hui. Grands dieux! Les Achéens aux belles çnéinides nourrissent sans doute dans leur cœur, comme Achille, un vioient courroux contre moi, et ne veulent point combattre sur les poupes des vaisseaux. » Le cavalier Nestor de Gérénie lui répond en ces termes : Il Tout est fini; Jupiter tonnant lui-même ne saurait changer la face des choses. Déjà s'est écroulé ce mur, qui devait être pour nous et pour nos navires un rempart indestructible. Les Troyens sou-tiennent sans relâche, auprès de nos rapides vaisseaux, une lutte acharnée. L'observateur le plus attentif ne pourrait reconnaître de quel côté les Achéens fléchissent : tant ils succombent en foule, et les clameurs s'élèvent jusqu'aux cieux. Voyons pourtant si, dans cette ne m'accomplisse cette parole, comme il dit-en-menaçant un jour haranguant parmi les Troyens, de ne pas revenir auparavant d'auprès des vaisseaux vers Ilion, avant d'avoir brûlé par le feu les vaisseaux, et d'avoir tué aussi les guerriers eux-mêmes^ Celui-ci haranguait ainsi :

toutes ces choses certes s'accomplissent aujourd'hui.

0 grands-dieux, certes aussi les autres Achéens aux-belles-cnémides mettent dans leur cœur, comme Achille, de la colère contre moi, et ils ne veulent pas combattre aux poupes des vaisseaux. »

Alors le cavalier Nestor de-Gérénie répondit à lui ensuite :

« Certes déjà du moins ces choses sont faites prêtes (évidentes), et Jupiter tonnant lui-même ne pourrait-les-refaire autrement.

Car déjà le mur est tombé, dans lequel nous avions-confiance pour être un rempart indestructible et des vaisseaux et de nous-mêmes; et ceux-ci soutiennent sans-relâche auprès des vaisseaux rapides un combat acharné ; et vous ne reconnaîtriez plus, quoique examinant beaucoup, de-quel-côté les Achéens sont troublés étant chassés; tant ils sont tués pêle-mêle, et le bruit parvient au ciel. extrémité, la prudence pourra nous sauver; .n'allons point nous en-gager dans la lutte ; car les blessés ne doivent pas combattre. » Alors Agameninon, roi des hommes, lui dit à son tour : «Nestor, puisque les Troyens combattent aux poupes de nos vais-seaux, que ce mur et ce fossé qui avaient coûté tant de peines aux Aç.héens et dont ils espéraient se faire un rempart indestructible, ont été inutiles, c'est que le tout-puissant Jupiter veut que les Achéenj périssent ici sans gloire loin d'Argos. Je savais fort bien quand il pre-nait les Grecs sous sa bienveillante protection; mais je vois aujour-d'hui qu'il honore les Troyens à l'égal des dieux immortels, après avoir enchaîné nos bras vigoureux. Allons, obéissez tous à nies or-dres. Tirons les vaisseaux qui sont sur le bord 41J rivagç, tratnoos4es Mais nous, délibérons comment seront ces choses, si la prudence fera quelque clioso; et je n'engage pas nous à entrer dans le combat ; car il n'est nullement possible quelqu'un combattre étant Messe.:

Alors Agamemnon prince des hommes dit-à lui en retour :

cr Nestor, puisqu'ils combattent auprès des poupes des vaisseaux.

et que le mur bâti n'a pas servi, ni en rien le fossé, pour lequel les Grecs ont souffert des maux nombreux, et lequel ils espéraient dans leur cœur devoir être un rempart indestructible et des vaisseaux et d'eux-mêmes ; ainsi sans doute il doit être agréable à Jupiter très-puisçant les Achéens périr sans-gloire ici loin d'Argos.

Car je savais à la vérité lorsque bienveillant il protégeait les Grecs ; et je sais maintenant qu'il illustre ceux-ci (tes Troyens] à-l'égal des dieux heureux, et qu'il a enchaîné notre force et nos mains.

Mais allez, obéissons tous, comme moi j'aurai elt Tous les vaisseaux qui les premiers ont été tirés près de la nier,

dans la mer divine, et retenons-les sur leurs ancres au milieu do

l'Océan jusqu'à l'approche de la nuit sacrée; peut-être forccra-t-elle

les Troyens à cesser le combat; nous pourrons ensuite tirer tous les ' vaisseaux à la nier. Il n'y a point de honte à se soustraire au mal.-

heur, même pendant la nuit. Mieux vaut échapper au désastre par

la fuite, que de tomber au pouvoir de l'ennemi. »

Le sage Ulysse lui dit d'un air irrité :

« Fils d'Atrée, quelle parole est sortie de ta bouche? Puisses-tll,

malheureux, commander à de lâches combattants, au lieu d'être notre

chef, puisque Jupiter nous a donné de mettre un ternie à de ter--

ribles luttes depuis nos jeunes années jusqu'à notre vieillesse, jusqu'au

jour où nous aurons succombé tous. Tu veux donc ainsi abandonner

la grande ville des Troyens, qui nous a fait souffrir tani de maux!

Garde le silence, de peur que d'autres Achéens n'entendent ces pa-trainons-les, et tirons-les tous dans la mer divine; et retenons-les en-pleine-mer sur les ancres, jusqu'à ce que la nuit divine soit venue, si toutefois dans celle-ci les Troyens s'abstiennent de combat; et ensuite nous pourrions-tirer tous les vaisseaux.

Car ce n'est pas une chose-blâmable de fuir le malheur, pas même pendant la nuit.

Celui qui en fuyant échapperait au malheur ferait mieux, que celui qui aurait été pris. »

Or donc Ulysse ingénieux ayant regardé lui en-dessous lui dit :

« Fils-d'Atrée, quelle parole s'est échappée à toi de la barrière de tes dents?

Homme perdu, plût-aux-dieux-que tu dusses commander à une autre armée lâche, et ne pas commander à nous.

à jui donc Jupiter a donné de terminer des combats pen'bles depuis la jeunesse même jusqu'à la vieillesse, [cun !

jusqu'à ce que nous ayons péri clia-- Est-ce ainsi donc que tu veux laisser la ville des Troyens aux-larges-rues, à cause de laquelle nous souffrons des maux nombreux?

Tais-toi, et qu'aucun autre des Achéens rotes, que ne prononcerait jamais un homme sensé dans ses discours, un homme orné du sceptre et chef de guerriers .aussi nombi' ux que les Grecs auxquels tu commandes. Oui, je blâme le conseil que tu viens de nous donner : tu nous ordonnes, maintenant que le combat est engagé, de traîner à la mer nos vaisseaux aiix nombreux rameurs. pour voir les Troyens, déjà vainqueurs, au comble de leurs vœux, et pour attirer sur nous un affreux malheur! Pendant que nous traîne-rons les vaisseaux à la mer, les Achéens ne soutiendront plus l'at-taque; mais ils chercheront par où prendre la fuite, ou se retireront du combat. AlorS, 0 roi des hommes, ton conseil nous aura été fu-neste. u Agamemnon, prince des hommes, lui répond en ces termes : i Ulysse, ces graves reproches pénètrent mon âme. Non, je n'or-donne point aux fils des Achéens de traîner à la mer, contre leur gré, n'entende ce discours, que n'amènerait pas du tout à travers sa bouche (sur ses lèvres) un homme qui saurait parier juste dans son esprit, et qui serait portant-le-sceptre, et à lui obéiraient (à qui obéiraient) des peuples aussi-nombreux que ceux à qui toi tu commandes parmi les Argiens; [or maintenant je blâme entièrement l'esprit de toi pour ce que tu as dit;] toi qui ordonnes, le combat étant engage ainsi-que le cri-de guerre (la mêlée), de tirer à-la-mer les vaisseaux garnis-de-bancs-de-rameurs, afin que les choses souhaitées arrivent encore davantage aux Troyens, étant-vainqueurs déjà cependant, et qu'une ruine épouvantable soit suspendue sur nous.

Car les Achéens ne soutiendront pas le combat, les vaisseaux étant tirés à-la-mcr, mais ils regarderont-où-fuir, et se retireront du combat.

Alors, souverain des peuples, ton conseil aura nui. M

Or Agamemnon prince des hommes répondit ensuite à lui :

« 0 Ulysse, tu as atteint moi au cœur fortement par ce reproche dur; mais moi je n'ordonne pas les fils des Achéens tirer a-!a-mcr Ilc"le-\'oulanl-pas (malgré eux) les vaisseaux aux nombreux rameurs. Que l'un de nos guerriers, jeune ou vieux, propose maintenant un meilleur avis, j'en serai com-blé de joie. »

Le valeureux Diomède leur dit aussitôt :

Ce guerrier est près de vous; vous ne le chercherez pas long-temps, si vous voulez obéir. Que chacun par colère ne blâme point mes conseils, parce que je suis le plus jeune; je me glorifie néan-moins d'être issu d'un père courageux, de Tydée, que recouvre à Thèbes un vaste tombeau. Porthée avait trois fils irréprochables qui habitaient Pleurone et la haute Calydon; c'étaient Agrius, Mélas, et le troisième, le cavalier OEnée, qui donna le jour à mon père : OEnée surpassait ses frères par sa valeur. Il resta dans Calydon; mais mon père exilé vint s'établir dans Argos : telle était la volonté de Jupiter et des autres dieux. Tydée épousa l'une des filles d'Adraste, et ha-- .les v aisseaux garnis-de-bancs-de-rameurs.

Et que maintenant il y ait quelqu'un qui, ou jeune ou vieux, dise un avis meilleur que celui-ci du moins; [plaisir). »

alors il serait à moi joyeux (nie ferait Or Diomède brave à la guerre parla aussi au milieu d'eux :

« Cet homme est près de vous, nous ne chercherons pas longtemps, si vous voulez obéir ; et ne me blâmez point chacun par colère, parce que donc je suis parmi vous le plus jeune par la naissance ; moi cependant aussi je me vante d'être quant à la naissance issu d'un père courageux.

[De Tydée, lequel à Thèbes une terre amoncelée a recouvert. J Car à Porthée naquirent trois fils irréprochables, et ils habitaient dans Pleurone et dans Calydon élevée, c'étaient Agrius et Mélas, et le troisième était le cavalier OEnée, père de mon père ; et il était supérieur à eux par son courage.

Mais celui-ci resta là ; mais mon père, ayant erré (été exilé), s'établit à Argos; car Jupiter le voulut ainsi et les autres dieux le voulurent.

Or Tydée épousa une des filles d'Adraste, et il habitait une demeure .riche en ressources, J8 bila une riche deiiiettre; il possédait de fertiles campagnes, de vastes vergers et de nombreux troupeaux; il était de tous les Achéens le plus habile à manier la lancc : et vous devez savoir que je dis la vé-rité. Aussi, puisque vous reconnaissez que je ne suis pas un homme lâche et sans cœur, vous ne mépriserez point mes justes avis. Cou-rage, allons au combat malgré nos blessures; c'est la nécessité qui nous y force. Toutefois tenons-nous hors de la portée des traits, pour ne point recevoir de nouvelles atteintes. Exhortons et poussons dans la mêlée ceux qui jusqu'ici, s'abandonnant à l'inaction, se tiennent à l'écart et ne combattent pas. Il

Il dit, et les guerriers obéissent à sa voix: ils s'avancent, et Aga-menmon, prince des hommes, marche à leur tête.

L'illustre Dieu qui ébranle la' terre n'exerce point une surveillance et des champs fertiles-en-blé étaient à lui abondamment, et des plants nombreux de plantes étaient tout autour, et des troupeaux nombreux étaient à lui ; et il surpassait tous les Achéens par son adresse-à-manLer-Ia-lance; et vous devez entendre (savoir) ces choses, coi..me je dis vrai.

Aussi vous n'aurez point méprisé l'avis déclaré , que je tous aurai dit bien (sagement), ei) pensant moi être (que je suis) quant à la naissance du moins lâche et sans-force.

Allons, partons au combat, par nécessité, quoique étant blessés ; et là ensuite nous-mêmes tenons-nous-à.l'écart du combat, hors des traits, de peur que par hasard quelqu'un ne reçoive blessure sur blessure; et exhortant les autres nous les enverrons dans la mêlée, eux qui jusqu'ici se tiennent-en-dehors faisant plaisir à leur cœur, et ne combattent pas. »

Il dit ainsi ; or donc ceux-ci à la vérité écoutaient lui entièrement, et obéirent; et ils marchèrent pour aller, et Agamemnon prince des hommes s'avançait.à-la-tête d'eux.

Et Neptune illustre qui-ébranle-la-terre ne faisait pas une garde-d'aveugle, inutile; il se rend auprès d'eux, sous les traits d'un vieillard; il prend la main droite d'Agamemnon, fils d'Atrée, et lui adresse ces paroles qui volent rapides :

« Fils d'Atrée, c'est maintenant sans doute qu'Achille au cœur ÎIn-pitoyable se réjouit en son âme à la vue du carnage et de la fuite des Grecs, car il n'a point de sagesse. Pulsse-t-il périr! Puisse un dieu le perdre à jamais! Cependant les immortels bienheureux ne sont pas irrités contre toi : mais les chefs et tes princes troyens feront en-core voler la poussière dans la vaste plaine, et tu les verras toi-mêmc s'enfuir vers Ilion, loin des tentes et des vaisseaux. » ll.dit, et poussant de grands cris, il se précipite à travers la plaine. Aussi. terribles sont les clameurs de neuf ou dix mille combattants, qui ont engagé une lutte furieuse; aussi redoutable est la voix que fait entendre le dieu qui ébranle la terre; il donne à chacun des Achéens la force de supporter sans relâche la guerre et les combats.

Alors Junon, assise son trône d'or, plonge ses regards du haut dc' mais il alla vers eux, ressemblant à un homme vieux; et il prit la main droite d'Agamenmon fils-d'Atrée, et ayant parlé il dit-à lui ces paroles ailées :

CI Fils-d'Atrée, maintenant certes le cœur funeste d'Achille, voyant le meurtre et la fuite des Achéens, se réjouit dans sa poitrine; parce que pas-même un peu de sagesse n'est-en lui.

Mais que celui-ci périsse ainsi, et qu'un dieu ait perdu lui!

Cependant les dieux bienheureux ne sont pas encore irrités contre toi tout-à-fait entièrement; mais les chefs et princes des Troyens rempiiront-de-poussière encorc la plaine vaste ; et toi-même tu verras eux fuyant vers la ville loin des vaisseaux et des tentes, s Ayant dit ainsi, il cria haut, se précipitant à travers la plaine.

Or autant-que crient dans le combat neuf-mille ou dix-mille hommes, engageant la lutte de Mars :

le roi puissant qui-agite-la-terre fit-sortir de sa, poitrine une voix aussi-grande; et il inspira aux Achéens une force grande dans Î'î cœur à chacun, pour guerroyer et combattre sans-relâche.

Alors Junon au-trône-d'or l'Olympe; aussitôt elle reconnaît son frère germain, son beau-frère, qui s'agitait dans la glorieuse mêlée, et elle se livre à des transports de joie. Elle aperçoit aussi Jupiter qui se tient sur le sommet élevé de l'Ida, aux sources abondantes; au fond de son âme elle déteste ce dieu. La vénérable Junon, aux regards imposants, cherche alors les moyens de séduire l'esprit de Jupiter, maître de l'égide. Le parti qui lui semble le meilleur, est d'aller vers l'Ida sous une riche parure; peut-être, épris de sa beauté, Jupiter désirera reposer auprès d'elle, et alors elle versera sur les paupières et les sens de ce dieu prudent un doux et profond sommeil. Junon se dirige vers l'appartement que lui avait construit son fils Vulcain: : ce dieu avait fixé à de solides po-teaux des portes retenues par un verrou secret, que nul autre dieu ne pouvait ouvrir. La déesse y pénètre et referme les portes brillantes. se tcnant-debout regarda avec ses yeux de-l'Olympe du-haut-de la cime; et aussilüL elle reconnut celtii-ci son fl'ère-germain et soit beau-frère étant-empressé dans le combat qui-iiiustre-tes-hommes, et elle se réjouissait dans son cœur; et elle apcrçut Jupiter assis sur le sommet très-élevé de l'Ida abondant-en-sources; or il était odieux à elle dans son cœur. [nisse Et Junon vénérable aux-ycux-de-gé-médita ensuite, comment elle séduirait l'esprit de Jupiter qui-tient-l'égide.

Or ce dessein parut être à elle le meilleur dans son cœur, d'aller vers l'Ida, s'étant parée bien elle-même, pour voir si de quelque manière celui-ci désirerait par amour dormir-auprès de son corps, et si elle-même verserait à lui sur ses paupières et sur son esprit prudent un sommeil et innocent et doux.

Et elle partit pour aller vers la chambre, laquelle Vulcain, son fils chéri, construisit à elle, et il avait adapté à des piliers des portes solides avec un verrou secret, et un autre dieu n'ouvrait pas celui-ci (le verrou).

Celle-ci étant entrée là, ferma les portes brillantes.

D'abord, avec l'ambroisie, elle enlève de son.corps attrayant jusqu'aux . moindres souillures, et se parfume d'une huile grasse, douce et divine

essence, dont les suaves exhalaisons, sorties du palais d'airain de Ju--

piter, se répandent sur la terre et dans le ciel. Lorsqu'elle a parfumé

son corps charmant, elle arrange de ses mains sa chevelure divine,

dont les boucles retombent belles et brillantes de sa téte immortelle.

Elle se couvre d'une superbe tunique, ouvrage de l'industrieuse Mi--

nerve qui l'avait ornée de riches broderies, et la fixe à sa poitrine

avec des agrafes d'or. Elle s'entoure d'une ceinture ornée de cent

franges, et attache à ses oreilles habilement percées des anneaux en--

châssés 'de trois brillants et travaillés avec art, où resplendit une

grâce infinie. La plus auguste des déesses se couvre d'un beau voile,

récemment achevé, et blanc comme le soleil ; et elle attache à ses

pieds brillants de superbes chaussures. Lorsqu'elle s'est parée de tous D'abord à la vérité elle lava avec l'ambroisie toutes les souillures de son corps charmant, et s'enduisit d'une huile grasse, divine, agréable, laquelle parfumée était à elle; le parfum de celle-ci remuée môme dans le pala's d'-airain de Jupiter, parvint tout à fait (au loin) et sur la terre et dans le ciel.

Celle-ci donc ayant oint son beau corps avec cette huile, et ayant peigné ses cheveux, tressa avec ses mains des boucles brillantes, belles, divines, tombant de sa tête immortelle.

Or donc elle revêtit autour d'elle un voile divin, lequel Minerve avait poli a elle l'ayant travaillé, et elle plaça dessus de belles-broderies nombreuses ; et elle l'attachait à sa poitrine avec des agrafes d'-or.

Et elle s'entoura d'une ceinture, adaptée à (garnie de) cent franges, et elle pendit à ses oreilles bien-percées des anneaux avec-trois-brillants, d'un-grand-travail ; et une beauté grande brillait eu elle.

Et Junon divine entre les déesses se couvrit en dessus d'un voile beau, nouvellement-fait; or il était blanc, comme le soleil ; et elle attacha à ses pieds brillants des chaussures belles.

Alors après qu'elle eut placé ses atours, elle sort de sa chambre, et après avoir appelé Vénus qu'elle emmène loin des autres divinités, elle lui adresse ces mots :

c Fille chérie, me donneras-tu ce que je vais te demander? Ou me refuseras-tu, irritée de me voir porter secours aux Grecs, tandis que tu secondes les Troyens? »

Vénus, fille de Jupiter, lui répond en ces termes :

« Junon, auguste déesse, fille du grand Saturne, dévoile-moi ta pen-sée; mon coeur me porte à exaucer tes vœux, si je le puis, si la chose est possible. »

La vénérable Junon réplique aussitôt avec artifice :

« Donne-moi l'amour et les désirs qui te servent à dompter tous les dieux et les hommes. Je vais aux confins de la terre féconde \ i-siter l'Océan, père des dieux, et leur mère Téthys, qui prirent soin de 111e nourrir et de m'élever dans leur palais, après m'avoir reçue de Rhéa, lorsque Jupiter tonnant précipita Saturne au fond dff tout son ornement autour de son corps, elle marcha pour aller hors de sa eliaitibi-e, et ayant appelé Vénus loin des autres divinités, elle lui dit cette parole :

(1 Est-ce que certes, fille eli(li-ic tu obéiras à moi en quelque-chose, dans ce que j'aurai dit?

Ou refuserais-tu, irritée dans Ion cœur pour cela , parce que moi je secours les Grecs, et que toi tu secours les Trovens? »

Et e:lsuite Vénus fille de Jupiter "épondit à elle :

« Junon, déesse vénérable, fille de Saturne grand , dis ce que tu penses; [plir, or mon cœur me porte à l'accom-si je puis l'accomplir du moins et si cela [pli l'). »

a déjà été accompli (peut s'accom-- Or Junoli vénérable dit-à elle en méditant-des-ruses :

« Oo.me à moi maintenant l'amour et le désir, par lequel toi tu domptes tous les immortels et les hommes mortels.

Car je vais devant voir les confins de la terre nourricière, et l'Océan, génération (père) des dieux, et Téthys leur mère, qui ont bien nourri et élevé moi dans leurs demeures, m'ayant reçue de H))ëa, lorsque Jupiter retentissant-au-loin la terre, au-dessous des abîmes de la mer stérile ; je vais les voir et mettre fin à leurs querelles. Car déjà depuis longtemps ils ne partagent plus la même couche et ne se livrent plus aux caresses de l'amour, parce que la colère transporte leurs âmes. Si je pouvais par des pa-roles persuasives les ramener dans la couche nuptiale et réconcilier leurs cœurs, toujours je serais pour eux une déesse vénérable et cliét-ie. »

L'aimable Vénus lui répond a son tour :

« Je ne puis, je ne dois point repousser ta demande ; car tu reposes dans les bras du tout-puissant Jupiter, Il Elle dit et détache de son sein une ceinture aux riches broderies, aux mille couleurs, où se trouvent les attraits séducteurs, l'amour, le désir, et les doux entretiens qui captivent l'esprit des hommes même les plus sages. Vénus la dépose entre les mains de la déesse et lui parle en ces termes :

« Tiens, cache dans ton sein cette ceinture aux mille couleurs-, précipita Saturne sous la terre et sous la mer inféconde ; je vais devant voir eux, et je terminerai à eux des différends non-jugés.

Car déjà pendant un temps long ils s'abstiennent de la couche et de l'amour ,:uii de l'autre, parce que la colère ost tombée dans leur cœur.

Si par mes paroles du moins ayant persuadé leur cœur je ramenais eux dans la couche pour s'unir par l'amour, je serais appelée par eux toujours et cliére et vénérable. »

Or Vénus qui-aimc-Ie-rire dit-à elle en retour :

« il n'est pas permis, et il ne convient pas , de refuser ta parole (ta demande) ; car tu dors dans les bras de Jupiter le plus puissant. »

Elle dit, et détacha de sa poitrine sa ceinture brodée, variéé ; et là étaient renfermés à elle tous les attraits ; l'amour à la vérité est là, et le désir y est, et la causerie-aimahlc y est, et le langage-séducteur, lequel a dérobé l'esprit de ceux qui-pensent pourtant serré Elle mit celle-ci [(des sages).

dans les mains à elle, et pensa et dit cette parole :

« Prends maiiiteiiaiit, mets-dans ton sein cette ceinture variée, qui renferme toutes les séductions. Je ne crois pas maintenant que tu reviennes sans avoir accompli tes desseins. s Elle dit, et la vénérable Junon, la déesse aux grands yeux, laisse échapper un sourire, et cache la ceinture dans son sein. Aussitôt Vénus, fille de Jupiter, retourne dans le palais céleste. Junon , d'un rapide élan, quitte les hauteurs de l'Olympe, et, après avoir traversé la Piérie, la riante Émathie, elle vole sur les cimes élevées des monts neigeux de la Thrace, féconde en coursiers; la déesse n'effleure point la terre de ses pieds. Des sommets de l'Athos elle descend vers la mer aux flots écumants, et arrive à Lemnos, ville du divin Thoas. Là, elle rencontre le Sommeil, frère de la Mort, le prend par la main et lui tient ce langage:

« Sommeil, roi de tous les dieux et de tous les hommes, plus d'une fois déjà tu as écouté ma parole ; aujourd'hui encore obéis à ma voix, et ma reconnaissance sera éternelle. Verse l'assoupissement sur les paupières de Jupiter, ferme ses yeux étincelants, dès que je re-- ILIADE, XIV. 3i dans laquelle tout est reiifernié; et je pense toi ne pas revenir n'ayant-pas-fait du moins ce que tu médites dans ton esprit. »

Elle dit ainsi ; [nisse et Junon vénérable aux-yeux-de-gé...

sourit, et ensuite ayant souri elle la mit-dans son sein.

Vénus à la vérité fille de Jupiter alla vers sa demeure:

et Junon s'étant élancée quitta le sommet de l'Olympe, et ayant franchi la Piéiie et l'Ematliie agréable, elle se porta au-dessus des montagnes neigeuses des Tliraces cavaliei.,s, sommets très-élevés; et elle ne touchait pas la terre de ses pi,'ds; et elle alla de l'Athos vers la mer houleuse, et elle arriva à Lemnos, ville de Thoas divin.

Là elle rencontra le Sommeil, frère de la Mort, et donc elle s'attacha à la main à lui, et pensa et dit cette parole :

« Soninieil, roi et de tous les dieux et de tous les hommes, certes à la vérité déjà quelquefois tu as écouté ma parole, et maintenant encore aussi obéis; or moi je saurai gré à toi tous les jours.

Assoupis-moi les yeux brillants de Jupiter sous ses paupières, poserai près de lui sur un lit d'amour. Je te ferai de superbes pré-sents, je te donnerai un trône éclatatit, un trône d'or, à jamais im-périssable : c'est mon fils, le boiteux Vulcain, qui le fabriquera; il y joindra une escabelle sur laquelle tu reposeras pendant les festins tes pieds éclatants de blancheur. »

Le doux Sommeil lui répond en ces termes :

a JUlion, vénérable déesse , fille du grand Saturne , il m'est facile d'assoupir les dieux immortels et même les flots de l'Océan, ce père universel; mais je ne puis m'approcher de Jupiter, fils de Saturne, et je ne puis fermer ses paupières, si le dieu ne l'ordonne lui-même. Déjà l'un de tes ordres m'a rendu prudent, le jour où le magnanime fils de Jupiter voguait loin d'IlioU, après avoir ravagé la ville des Troyens. J'assoupis avec mes suaves vapeurs Jupiter, le maître de aussitôt après que moi je reposerai-près de lui dans l'amour.

Or je donnerai à toi comme don un trône beau, incorruptible à-jamais, d'-or; et Vulcain mon fils boiteux le fabriquera l'ayant travaillé, et il placera sous tes pieds une escabelle , sur laquelle en assistant-aux-festins tu tiennes tes pieds brillants. »

Or le Sommeil doux répondant parla-à elle :

« Junon, déesse vénérable, fille de Saturne grand, moi-du-moins à la vérité j'endormirais facilement un autre des dieux éternels, j'assoupirais même les courants de l'Océan fleuve, lequel est génération (père) à tous les dieux; mais moi je n'irais pas près de Jupiter fils-de-Saturne, et je ne l'endormirais pas, à muins que lui-même du moins ne me l'ordonne, Car déjà eu autre chose (une autre fois) aussi ton ordre a rendu-prudent moi, en ce jour lorsque (où) ce fils magnanime de Jupiter naviguait d'Won, ayant pillé la ville des Troyens.

Certes moi à la vérité j'endormis l'esprit de Jupiter tenant-l'égide, m'étant répandu autour de lui doux (avec douceur) ; mais toi tu méditais dans ton cœur •\4 l'Égide ; alors tu machinais la perte d'Hercule, en déchaînant sur la mer le souffle impétueux des vents, puis tu l'entraînas vers la popu-leuse Cos, loin de tous ses amis. Jupiter s'indigna à son réveil, et maltraita les dieux dans la céleste demeure ; moi surtout plus que tout atitre, j'étais l'objet de ses recherches, et il m'aurait anéanti en me précipitant du ciel dans les abîmes de la mer, si la Nuit', qui dompte les dieux et les hommes, ne m'eût sauvé ; je me 'ëfugiai près d'elle. Jupiter s'apaisa malgré son courroux, car il craignait de déplaire à la Nuit rapide. Et maintenant encore tu m'ordonnes d'ac-complir une tâche impossible. »

L'auguste Junon, la déesse aux regards imposants, réplique à son tour :

« Sommeil, pourquoi ces pensées? Crois-tu que Jupiter, au loin retentissant, favorise les Troyens, comme il s'irrita jadis à cause de son fils Hercule? Allons, je te donnerai en mariage la plus jeune des des maux à lui, ayant excité sur l'a niel-les souffles des vents difficiles; et ensuite tu portas lui vers Cos bien-habitée, loin de tous ses amis.

Et celui-ci (Jupiter) s'étant éveillé s'indignait, maltraitant les dieux dans leur demeure, et il cherchait moi le plus de tous; et il eût jeté moi anéanti du ciel dans la nier, si la Nuit qui-dompte les dieux et les hommes ne m'eût sauvé; fuyant j'allai-trouver celle-ci ; et celui-ci cessa, quoique irrité.

Car il craignait [plaisantes qu'i) ne fit (de faire) des choses dé-à la Nuit rapide.

Maintenant tu ordonnes moi accomplir de nouveau cette mitre chose difficile. »

Et Junon vénérable aux-yeux-de-génisse dit-à lui en retour :

« Sommeil, pourquoi donc toi médites-tu cela dans ton esprit?

Est-ce que tu penses Jupiter retentissant-au-loin devoir secourir ainsi les Troyens, comme il s'irrita à cause l'Hercule , son fils?

Mais va, et moi je donnerai à toi une des Grâces les plus jeunes [ses), pour l'épouser (pour que tu l'épou-et pour être appelée (pour qu'elle ton épouse. » [soit appelée) Grâces, et tu appelleras ton épouse, Pasithée , l'objet consLantde tes vœux. »

Elle dit ; le Sommeil tressaille de joie et reprend en ces ternies :

e Allons, jure-moi maintenant par les ondes inviolables du Styx, en touchant d'une main la terre nourricière, et de l'autre la mer aux reflets marbres : prenons à témoin tous les dieux infernaux, rassem-blés autour de Saturne, que tu me donneras pour épouse la plus jeune des Grâces, Pasithée, l'objet constant de mes désirs.

Il dit, et Junon , la déesse aux bras blancs, obéit à sa voix; elle fait le serment que lui demande le Sommeil, et atteste tous les dieux qui sont sous le Tartare et qu'on appelle Titans. Alors, lorsque la. déesse eut juré et achevé son serment, le Sommeil et Junon aban-donnent la ville de Lemnos et la ville d'Imbros, et, enveloppés d'un nuage, ils pressent leurs pas. Ils arrivent bientôt à Lectos, féconde en sources, l'asile des bêtes féroces ; là ils quittent la mer et s'avan-cent sur le continent ; sous leurs pieds s'agite la cime des arbres. Le [Pasitliée, laquelle tu désires toujours tous les jours.]

Elle dit ainsi; et le Sommeil se réjouit, et répondant dit-à elle :

« Allons, jure-moi maintenant par l'eau inviolable du Styx, et d'une main prends la terre nourricière, et de l'autre la mer luisante ; afin que tous les dieux d'en bas, étant autour de Saturne, soient témoins à nous, toi certes devoir donner à moi une des Grâces les plus jeunes, Pasithée, laquelle moi-même je désire tous les jours. 8

Il dit ainsi; et Junon déesse atix-bras-blancs ne désobéit pas, et elle jurait comme il ordonnait, et elle nomma tous les dieux, ceux sous-le-Tartare, lesquels sont appelés Titans.

Alors lorsque et elle eut juré, et elle eut fini le serment, eux-deux allèrent, ayant quitté la ville et de Lemnos et d'Inibros, s'étant revêtus (enveloppés) d'un nuage, faisant promptement la route.

Or ils arrivèrent à l'Ida abondant-en-sources, mère des bêtes-féroces, à Lectos, où d'abord ils quittèrent la mer; et ils allèrent sur le continent; et la forêt à-son-sommet était agitée sous leurs pieds. 3S Sommeil s'arrête avant d'être aperçu par Jupiter, et monte sur un sapin élevé , qui, enfant de l'ltla, se perdait dans les nues. C'est là qu'il s'assied, caché sous le feuillage épais des rameaux, semblable à cet oiseau des montagnes , eliaiitre- niélodieux, que les dieux nom-ment Chalcis, et les hommes Cymindis.

Junon monte d'un pied rapide sur le Gargare, le point le plus élevé de l'Ida. Jupiter qui assemble les nuages, l'aperçoit; aussitôt l'amour s'empare de son âme prudente, comme au jour où, pour la première fois, sur la même couche ils s'unirent ensemble, à l'insu de leurs parents. Il s'approche de Junon et lui adresse ces mots:

« Junon, où vas-tu donc ainsi loin de l'Olympe? Tes chevaux ne sont point ici, ni le char sur lequel tu pourrais monter. » La vénérable Junon lui réplique aussitôt avec artifice :

« Je vais aux confins de la terre féconde visiter l'Océan, père des Le Sommeil à la vérité resta là, avant que les veux de Jupiter l'avoir (l'cussent) vu, dant monté sur un sapin très-élevé, lequel alors sur l'Ida ayant poussé très-long arrivait au ciel à travers l'air; il s'assit là caché par les branches de-sapin, semblable à un oiseau mélodieux, lequel dans les montagnes les dieux nomment Chalcis, et les hommes Cyiiiiiid!S.

Et Junon monta rapidement vers le Gargare sommet de l'Ida élevé ; et Jupiter qui-assemble-les-nuagcs la vit.

Or dès qu'il l'eut vue, aussitôt l'amour enveloppa lui quant à ses esprits prudents, comme lorsque pour-la-première-fois ils s'unirent par l'amour, allant dans la même couche, échappant à (à l'insu de) leurs parents chéris.

Et il se tint devant elle, et pensa et dit celle parole :

a Junon, où te hâlant vas-tu ainsi de l'Olympe?

Et les chevaux et les chars, sur lesquels tu serais montée, ne sont-point-présents. »

Or Junon vénérable dit-à lui en méditant-des-ruses :

« Je vais devant voir les confins de la terre nourricière, dieux, et leur mère Téthys, qui prirent soin de me nourrir et ('o m'élever dans leur palais ; je vais les voir et mettre fin à leurs quc-relles. Car déjà depuis longtemps ils ne partagent plus la même cou-che et ne se livrent plus aux caresses de l'amour, parce que la colère transporte leurs âmes. J'ai laissé au pied du mont Ida, fécond en sources, les coursiers qui doivent me porter sur la terre et la mer. C'est pour toi que je viens de l'Olympe en ces lieux, de peur que tn ne t'irrites contre moi, si je vais en secret dans le séjour de l'Océan aux profonds abîmes. »

Jupitér qui assemble les nuages, lui répond en ces ternies :

« Junon, tu peux t'y rendre plus tard. Viens, reposons tous deux sur un lit d'amour. Non, jamais une déesse, jamais une mortelle n'enflamma mon cœur d'un si vif désir ; jamais je ne fus épris d'un amour si violent pour l'épouse dCIxion, qui donna le jour à Pi ri-et l'Océan, génération (père; des dieux, et Téthys leur mère, qui ont bien nourri et élevé moi dans leurs demeures; je vais devant voir eux, et je terminerai à eux des différends non-jugés.

Car déjà pendant un temps long ils s'abstiennent de la couche et de l'amour l'un de l'autre, parce que la colère est tombée-dans leur cœur.

Or des chevaux se tiennent au pied de l'Ida abondant-en-sources, lesquels emporteront moi sur et la terre. et la mer.

Mais maintenant je viens de l'Olympe ici à cause de toi pour cela, de peur que ensuite tu ne t'irrites contre moi, si je vais en silence vers le séjour de l'Océan au-courant-profond. »

Or Jupi ter qui-assemble-Ies-nuagcs répondant dit-à elle :

« Junon, il t'est possible d'aller là même plus tard ; mais allons, nous étant couchés réjouissons-nous dans l'amour.

Car jamais l'amour pour une déesse, ni pour une femme, n'a dompté moi ainsi répandu-autour-de mon coeur dans ma poitrine; ni lorsque j'aimai l'épouse d'-Ixion, laquelle enfanta Pirithoüs, conseiller égal aux dieux ; ;42 tlroüs, égal aux dieux par la sagesse de ses conseils, ni pour la fille d'Acrise, la belle Danaé, qui enfanta Persée, le plus illustre des hommes, ni pour la glorieuse fille de Phénix, qui me donna Mines et le divin Rhadamanthe, ni dans Thèbes pour Sémélé ou Alcmène, l'une mère du courageux Hercule, l'autre mère de Bacchusqui porte la joie parmi les mortels, ni pour la reine Cérès à la belle chevelure, ni pour la célèbre Latone ; toi-même , Jpnon, jamais, comme au-jourd'hui, tu n'excitas dans mon cœur d'aussi vifs désirs, d'aussi douces sensations ! »

La vénérable Junon lui dit à son tour avec artifice:

«Terrible fils de Saturne, quelles paroles as-tu prononcées! Tu veux maintenant te livrer a'ux caresses de l'amour sur le sommet de l'Ida ; mais ces lieux découverts nous exposent à tous les regards. Que deviendrais-je donc, si l'un des dieux nous voyait reposer en-semble et allait révéler ce secret aux autres immortels? Je n'oserais plus, sortie de cette couche, retourner dans ton palais; car nia conduite seraic digne de blâme. Mais si tu le veux, si ton coeur est lors(Itte j'aimai Danaé fille-d'Acrise aux-beaux-talons, laquelle enfanta Persée, le plus illustre de tous les hommes; ni lorsque j'aimai la fille glorieusc-all-loin de Phénix, laquelle enfanta à moi et Minos et Rhadamanlhe égal-à-tiii-dieit ; ni lorsque j'aimai Sémélé, ni Alcmène dans Thèbes; celle-ci (Alcmène) enfanta Hercule fils au-coeur-courageux ; l'autre, Sémélé, enfanta Bacchus, joie pour les mortels; ni lorsque j'aimai Cérès reine aux-beaux-clieveux; ni lorsque j'aimai Latone glorieuse, ni toi-même, comme j'aime toi maintenant, et qu'un désir doux saisit moi. »

Or J linon vénérable dit-à lui en méditant-des-ruses :

« Fils-de-Saturne très-terrible, quelle parole as-tu dite?

Si maintenant tu désires te coucher dans l'amour sur le sommet de l'Ida (mais tous ces lieux sont-visibles), comment serait-il (qu'arriverait-it), si quelqu'un des dieux éternels voyait nous dormant, et étant parti le révélait à tous les dieux?

Moi-du-nioins je n'irais plus vers ta demeure, m'étant levée de cette couche; car cela serait blâmable.

Mais si certes tu le veux, et si cela était cher au cœur à toi, sous l'empire de ce charme , il est une chambre que construisit ton fils Vulcain , et dont il assujettit les portes à de solides piliers : al-lons , c'est là que nous reposerons, puisque le désir s'est emparé de ton cœur. »

Jupiter, qui assemble les nuages, lui réplique en ces termes:

« Junon, ne crains les regards ni des dieux ni des hommes; je t'envelopperai d'un nuage d'or, et le soleil même ne pourra nous voir, lui dont les rayons sont si perçants. » A ces mots, le fils de Saturne prend son épouse dans ses bras; la Terre divine fait croître sous leurs pas une herbe nouvelle, le lotus humide de rosée, le safran, l'épaisse et délicate hyacinthe, qui les soulève mollement. Ils se couchent sur ce lit de gazon , s'enveloppent d'un brillant nuage d'or, et la rosée tombe en perles éclatantes. C'est ainsi que, sur le sommet du Gargare, Jupiter repose, dompté par le sommeil et par l'amour, et tient son épouse dans ses bras. Le il est à toi une chambre, laquelle Vulcain, fils chéri, a construite à toi, et il a adapté à des piliers des portes solides; allons là voulant-dormir, puisque la couche a plu à toi. »

Jupiter qui-asssmbte-ies-nuagcs répondant dit-à elle :

« Junon, ne crains pas que quclqu'un des dieux ni des hommes devoir-voir (voie) cela; moi je répandrai-autour de toi un tel nuage d'-or; et le Soleil n'aura pas même vu nous, lui dont la lumière est même très-perçante pour voir. «

Le fils de Saturne dit donc, et prit son épouse dans ses bras ; et la Terre divine fit-pousser-souscux un gazon récent, et le lotus humide-de-rosée et le safran et l'hyacinthe, épaisse et tendre, qui les soulevait de la terre en l'air.

Ils se couchèrent sur ce gazon, et répandirent au-dessus d'eux un nuage beau, d'-or; et des gouttes-de-rosée brillantes tombaient.

Le père des dieux à la vérité dormait ainsi tranquillement sur le sommet du Gargare , dompté par le sommeil et l'amour, et il avait son épouse dans ses bras. d-oux Sommeil se hâte de se rendre près des vaisseaux achéens pour porter cette nouvelle à Neptune, qui ébranle la terre. il s'approche de ce dieu et lui adresse ces paroles qui volent rapides :

a Neptune , viens maintenant au secours des Grecs ; accorde-leur la victoire, un instant du moins, tandis que Jupiter repose encore : j'ai versé sur ses paupières mes doux pavots ; Junon l'a séduit et le retient dans les liens de l'aiiiour. »

Il dit et vole vers la race illustre des hommes; il avait excité plus vivement encore Neptune à porter secours aux Grecs. Ce dieu s'élance aussitôt aux premiers rangs et s'écrie :

c Argiens, laisserons-nous encore la victoire à Hector, fils de Priam, pour qu'il s'empare de nos vaisseaux et recueille de la gloire? Oui - c'est là sa pensée; il se flatte de cet espoir, parce qu'Achille, irrité dans son cœur, reste dans ses creux navires. Cependant, nous ne regretterions point si vivement l'absence de ce héros, si nous nous excitions à nous porter un mutuel secours. Allons, obéissez Or le Sommeil doux alla courir vers les vaisseaux des Achéens, devant dire cette nouvelle au dieu qui-ëbranie-ia-terre qui-entoure-la-terre.

Et se tenant près de lui il dit ces paroles ailées : V

« Neplune, étant bien-disposé secours maintenant les Grecs, et donne de la gloire à eux j un instant du moins, tant que Jupitcr dort encore ; A puisque moi j'ai versé-sur lui un sommeil doux ; et Junon l'a trompé pour lui dormir (pour qu'il dormît)" dans l'amour. »

Celui-ci, ayant dit ainsi, alla vers les races illustres des hommes; et il engagea encore davantage lui à secourir les Grecs.

Et aussitôt Neptune exhorta les Grecs s'étant élancé grandement au milieu des premiers :

«Argiens, cédons-nous encore dc nouveau la victoire à Hector, fils-de-Priam, afin qu'il prenne les vaisseaux, et qu'il recueille de la gloire ?

Mais celui-ci à la vérité pense ainsi et se glorifie, parce qu'Achille irrité en son cœur reste dans ses vaisseaux creux.

Cependant le regret de celui-ci ne sera pas grandement, si nous autres nous nous excitons à nous secourir les-uiis-les-auties. tous à ma parole. Couvrons nos poitrines des plus solides et des plus larges boucliers, nos têtes de casques resplendissants, armons nos bras de longues lances, et marchons. Je serai à votre tête, et je lie pense pas qu'Hector, fils de Priam, puisse soutenir l'attaque, malgré sa. belliqueuse ardeur. Que l'homme courageux qui porte sur ses épaules un bouclier léger, le donne au soldat plus faible, et qu'il en prenne lui-même un plus large. »

Il dit, et tous les guerriers obéissent à sa voix. Les rois eux-mêmes, Diomède, Ulysse et Agamemnon fils d'Atrée, malgré leurs blessures, disposent l'armée en bataille ; ils parcourent tous les rangs et font l'échange des armes. Le fort se couvre de fortes armes ; le faible, d'armes plus légères. Lorsqu'ils ont entouré leur poitrine de l'airain resplendissant , ils se mettent en marche : à leur tête s'avance. Neptune, le dieu qui ébranle la terre, tenant dans sa redoutable. ILIADE, XIV. 4i) Mais allez, obéissons tous, comme moi j'aurai dit.

Allons ayant revêtu tous les boucliers qui sont les meilleurs et les plus grands dans l'armée, et ayant recouvert nos têtes de casques resplendissants, et ayant pris dans nos mains les lances les plus longues; et moi je vous conduirai, et je nc pense pas Hector fils-de Priam, quoique étant-ardent beaucoup, devoir soutenir encore notre choc. D L Or que l'homme qui est belliqueux; et Iiii a sur son épaule un bouclier petit, le'doiine à l'hommc plus iiiatin-ais, et que lui-même se revête d'un bouclier plus grand.]

Il dit ainsi; or donc ceux-ci à h vérité écoutaient lui beaucoup, et obéirent.

Et les rois eux-mêmes, le fils-de-Tydée et Ulysse et Agamemnon fils-d'Atrée, quoique étant blessés, mettaient-en-ordre ceux-ci ; et allant vers tous, ils échangeaient les armes de-Mars.

L'homme courageux à la vérité revotait les armes bonnes, et donnait les plus mauvaises au plus mauvais (au plus faible).

Et loi-s,itt'ils curent revêtu l'airain brillant autour du corps, ils marchèrent pour aller; et Neptune qui-ëbrante-ta-terre conduisait eux, 5 0 main une longue et terrible épée , semblable à la foudre, et personne ii*ose l'attaquer dans la funeste iiiêléc , niais la terreur qu'il inspire zx@i,ête les gLlcl'l'icrs. »

Le brillant Hector de son côté dispose les rangs des Troyens. Alors Neptune aux cheveux d'azur et le brillant Hector se livrent un com-bat acharné ; l'lm vole au secours des Troyens, l'autre, au secours des Acliéetis. La mer retentissait auprès des tentes et des vaisseaux des Grecs, et les guerriers se confondaient an milieu de vastes cla-meurs. Les vagues de la mer, soulevées par le souffle terrible de Uo-rée , ne mugissent pas en se brisant contre la terre avec autant de fracas', le feu étincclant ne pétille pas avec autant de force dans les halliers de la montagne, lorsqu'il va consumer une forêt entière, et le vent, lorsqu'il déchaîne sa fureur, ne frémit pas avec autant de violence contre les chênes à la cime élevée , que la voix des Troyens ayant dans sa main robuste une épée terrible à-longue-pointe, semblable à la foudre; et il n'est pas permis de se mêler avec lui dans le combat funeste, niais la crainte qu'il inspire contient les hommes.

Or d'un-autre-côté aussi Hector brillant rangeait les Troyens.

Alors donc Neptune aux-cheveux-azures et Hector brillant déployèrent la lutte irès-Lerrible du combat, l'un certes secourant les Troyens, et l'autre les Argiens.

Or la mer bouillonna vers et les tentes et les vaisseaux des Argiens; et cetix-ci en-vinrent-aux-prises avec une clameur grande.

Ni le Ilot de la mer 7ie retentit aussi-fort contre la terre, étant soulevé de-la-mer par le souffle terrible de Dorée ; ni le bruit du feu brillant n'est aussi grand du moins, dans les halliers de la montagne, lorsqu'il s'est élevé pour brûler une forêt; ni le vent ne retentit aussi fort contre les chênes à-la-li-au te-elieveltire, lequel se déchaînant frémit très-fortement, que-grande était donc la voix des Troyens et des Achéens, [texte manquant] et des Grecs qui se précipitent les uns contre les autres en poussant d'affreuses clameurs.

Le brillant lieclol,, le premier, lance son javelot contre Ajix; car il se trouvait en face de lui. Le trait ne s'écarte point du but; il le frappe à l'endroit où sa poitrine est recofiverle de deux baudriers, celui du bouclier et celui du glaive aux clous d'argent: ces baudriers protègent le corps tendre du héros. Hector s'irrite de voir qu'un trait inutile se soit échappé de sa main ; il se retire an milieu de ses com-pagnons , pour éviter la Parque. Au moment où il s'éloigne, le grand Ajax, fils de Télamon, le frappe avec une de ces nombreuses pierres ^ qui, soutiens des vaisseaux rapides, venaient de rouler aux pieds des combattants. Ajax en saisit une, et atteint la poitrine d'Hector au-dessus du bouclier, près du cou ; la pierre lancée, comme une toupie , roule et tourbillonne. De même qu'un chêne tombe déraciné sous les coups du souverain Jupiter,.et répand une affreuse odeur de ayant crié terriblement, lorsqu'ils se précipitèrent les uns sur les autres.

Or Hector brillant le premier jeta sa lance contre Ajax (car il était tourné droit vers lui, et il ne le manqua pas) là où étaient étendus autour de sa poitrine deux baudriers, l'un certes du bouclier, et l'autre du glaive atix-clous-(I'argeiit ; ceux-ci protégèrent le corps tendre à lui; et Hector s'irrita, parce que un trait rapide à lui s'échappa inutile de sa main.

Et il se retirait cii arrière vers la foule de ses compagnons, évitant la Parque.

Ensuite à la vérité Ajax grand fils de-Télamon frappa celui-ci s'en allant avec une pierre prise parmi celles, lesquelles nombreuses, Soutiens des vaisseaux rapides, roulaient aux pieds des combattants; ayant levé une de ces pierres, il le frappa à la poitrine au-dessus du bord-du-bouclier, près du cou, et il agita la pierre l'ayant lancée comme une toupie, et elle tournoya de-tous-côlés.

Or comme lorsque un chêne tombe arraché-dc-ses-racines sous un coup du grand Jupiter, et une odeur affreuse de soufre soufre; le courage abandonne celui qui assiste à ce spectacle, tant est redoutable la foudre du souverain Jupiter : de même tombe ùar,s la poussière le valeureux Hector. Il laisse échapper sa lance de sa main ; son casque et son bouclier tombent avec lui ; ses armes d'un airain resplendissant résonnent autour de lui. Les fils des Grecs ac-courent en poussant de vastes clameurs; car ils espèrent l'entraîner avec eux. Ils lancent une grOIe de traits ; mais aucun d'eux ne peut, soit avec le javelot, soit avec la lance, frapper le pasteur des peu-ples; car il était entouré des plus braves guerriers, de Polydamas et d'Énée, 'du divin Agénor, de Sarpédon, chef des Lyciens, et de "irréprochable Giaucus ; aucun des autres ne reste indifférent ; ils le protégent tous de leurs boucliers arrondis. Ses compagnons le pren-nent dans leurs bras, le conduisent hors du champ de bataille vers ses chevaux rapides qui se tenaient à l'écart loin de la mêlée, avec leur guide et le char aux riches ornements; les coursiers emportent vers la ville le blessé qui pousse de douloureux gémissements. vient de lui ; et h courage ne possède plus celui, qui aura vu cela , étant près; car la foudre du grand Jupiter est terrible; ÍHcctor) ainsi la force d'Hector (le robuste tomba vite à terre dans la potissière.

Et il lâcha de sa main sa )a!)cr', cl son bouclier s'attacha sur elle, ainsi-que son casque; et ses armes variées par l'airain retentirent autour de lui.

Or les fils des Achéens accoururent criant grandement, espérant Z'enlrainer avec eux, et iis lançaient des traits serrés; mais personne ne put frapper, ni atteiii(li-c le pasteur des I)etil)les; car les meilleurs (les plus braves), et Polydamas et ltnée et Agénordivin, et. Sarl)édoii , chef des Lyciens, et Glanais irréprochable, entourèrent lui auparavant; et aucun des autres ne négligea lui, mais ils tinrent devant lui leurs boucliers bien-arrondis.

Or donc ses compagnons ayant levé lui avec leurs mains le portaient hors du travail (du com-jusqu'à ce qu'il fut parvenu [bat), à ses chevaux rapides, lesquels se tenaient à lui derrière le combat et la bataille, ayant et un conducteur et un char varic-d'orncments; lesquels portaient vers la ville lui gémissant profondément. Lorsqu'ils arrivent aux bords des eaux transparentes du Xantlio sinueux qu'engendra l'immorteJ Jupiter, ils le descendent du char, et versent de l'eau sur son corps ; le héros reprend ses sens, ouvre les yeux, et, se relevant sur ses genoux, il vomit un sang noir; puis il retombe en arrière , et d'épaisses ténèbres obscurcissent ses yeux; la blessure qu'il a reçue dompte encore son grand cœur. Dès que les Grecs voient Hector se retirer à l'écart, ils s'élancent avec plus de fureur contre les Troyens, et sentent renaître leur mâle valeur. Le premier de tous, le rapide Ajax, fils d'Oïlée, se précipite avec sa lance à la pointe acérée et frappe le fils d'Ënops, Satnius, qu'une nymphe, la charmante Na!s, enfanta au pasteur Ënops près des rives du Satnioïs ; le fils d'Oilée, illustre par les exploits de sa lance, s'approche et le blesse au flanc; le héros est renversé, et au-tour de lui les Troyens et les Grecs engagent une !utte acharnée. Polydamas, fils de Panthoiis, accourt en brandissant sa lance pour

Mais lorsque déjà ils arrivèrent au gué du fleuve au-beau-courant, du Xanthe tournoyant, lequel Jupiter immortel engendra, là ils approchèrent lui de la terre l'ayant descendu des chevaux (du et versèrent de l'eau sur lui ; [char), et celui-ci reprit-haleine, et regarda-en-haut avec ses yeux; et se mettant sur ses genoux, il vomit un sang iioir; et il s'abattit de nouveau en arrière vers la terre, et une nuit noire voila les yeux à lui ; or le trait (le coup] domptait encore son cœur.

Or donc dès que les Argiens virent Hector allant à l'écart, ils s'élancèrent davantage sur les Troyens, et se souvinrent du combat.

Alors Ajax rapide fils d'Oilée s'étant élancé avec une lance aiguë frappa de beaucoup le premier Samius lils-d'Énops, lequel certes Nais nymphe irréprochable enfanta à Ënops faisan t -paHre-des-troupca ux près des rives du Sa tnioïs; ; le fils-d'Oïlée célèbre-par-la-lance, étant venu près, frappa lui à la vérité au flanc; et celui-ci fut renversé, et donc les Troyens et les Grecs engagèrent autour de lui un combat violent.

Or Polydamaj fils-de-Panthoüs brandissant-une-lance venger la mort de Satnius; il atteint à l'épaule droite Prothoénor, fils d'Aréilyce, et le javelot traverse l'épaule. Prothoénor tombe dans la poussière qu'il saisit de sa main. Polydamas alors s'écrie , fier de son triomphe :

» Je ne crois pas qu'un trait inutile se soit échappé de la main ro-buste du fils magnanime de Pantlious; l'un des Grecs sans doute a reçu ce javelot dans sa poitrine, et il s'en servira, je pense, comme d'un bâton d'appui, pour descendre dans les demeures de Pluton. »

Il dit; son insolent orgueil cause de la douleur aux Argiens , et allume surtout la colère du belliqueux Ajax, fils de Télamon ; car près de lui avait succombé Prothoénor. Aussitôt il lance son javelot brillant contre le guerrier qui s'éloigne. Polydamas évite la sombre Parque, en se jetant de côté ; le trait va frapper Archéloque, fils d'Anténor ; car les dieux ont décidé sa mort. Ajax l'atteint à l'extré.vint vengeur pour tui ; et il frappa à l'épaule droite Protlioénor, fils d'A réilyce; et la lance impétueuse pénétra à travers l'épaule.

Et celui-ci prit la terre de sa main étant tombé dans la poussière.

Et Polydamas se glorifia étonnamment, ayant crié à-liaute-voix :

" Je ne pense pas certes encore un trait s'être échappé inutile de la main robuste du fils-ilc-Paiillioiis magnanime, mais quclqu'un des Argiens a emporté ce trait dans son corps; et je pense lui s'appuyant sur celui-ci (sur le Irait) descendre dans le séjour de Pliilon.s Il dit ainsi; et la douleur fut aux Argiens à cause de lui s'étant gloririé; et il remua surtout le cœur à Ajax belliqueux le fils-de-Télanioti :

car Prothoénor tomba très-près de lui.

Et aussitôt il jeta contre lui étant parti une lance brillante.

Et Polydamas lui-même à la vérité évita la Parque noire, s'étant élancé obliquement; et le fils d'Anténor, Archéloque, emporta (reçut) le javelot; car les dieux certes ont décidé pour lui la mort.

Il frappa donc lui, dans la jointure et de la tête et du cou, mile de la vertèbre qui unit la tête au cou, et coupe les deux nerfs; sa tête, sa bouche et ses narines tombent dans la poussière ayant ses jambes et ses geiioux. Ajax s'adresse à l'iri-él)i-ocliable Polydanias :

« Vois, Polydamas, et parle avec sincérité: ce guerrier n'est-il Das une victime digne de venger le trépas de Prolhoénor? Il ne nie scm-ble ni lâche , ni issu de lâches parents; c'est le frère ou le fils d'An-ténor dompteur de coitrsiei-s ; car il ressemble beaucoup à la famille de ce héros. »

Il dit, et il le connaissait bien; la douleur alors s'empare des Troyeiis. Âcamas, qui protége son frère , percE: de sa lance le Béotien Proniachus, qui déjà tirait par les pieds le cadavre d'Archéloquc. Acamas, fier de son triomphe, cria à haute voix : « Argiens , vous qui ne savez que lancer des (lèches , hommes in-satiables de menaces, nous ne serons pas les seuls en proie aux fa-tigues et à la souffrance; vous aussi, vous succomberez un jour. Voyez Promachus, il dort, dompta par ma lance; car je ne voulais à la vertèbre a-l'extrémité; et il coupa les deux nerfs; et la tête, et la bouche, et les narines de lui touchèrent le sol bien a%-aiit, que les jamhes et tes genoux de lui étant tombé.

Et Ajax à son tour cria à Polydamas irréprochable :

« Examine, Polydamas, et dis à moi la vérité :

est-ce que donc cet homme lïest pas digne d'êti,e tué cn-compcnsation-de Prothoénor 1 Ii ne paraît pas à la vérité lâche, ni de parents lâches, mais il est le frère, ou le fils d'Anténor donlpteur-de-che\ aux; ; car il ressemblait de très-près à lui quant à la iiaissane. »

11 dit, le connaissant bien; et la douleur saisit les Troyens au cœur.

Alors Acamas blessa de fa lance Promachus le Béotien.

cil marchant autour de son frère; or celui-ci le tirait par les pieds.

Et Acamas se glorifia étonnamment de cela, ayant crié à-haute-voix :

« Argiens fui-leux-seuilemeiit-a%-ec-des-flèclies, insatiables de menaces, et le travail et la souffrance ne seront pas certes à nous seuls du moins, niais vous aussi un jour vous serez tués de même.

Examinez comme Promachus à vous dort dompté par ma lance, point que la mort do mon frère restât longtemps sans 'vengeatice. Aussi tout lionune de cœur désirerait laisser dans sa maison un frère qui fût le vengeur de sim ti-épas. »

Il dit: son insolent orgueil cause de la douleur aux Argiens, et allume surtout la colère du belliqueux Pënë)ëe ; celui-ci fond sur Acamas, qui ne peut supporter le choc du héros, il blesse llionée, fils de Phorbas riche en troupeaux, celui des Troyens que Mercure chérissait le plus et qu'il combla de i,icliesses; l'épotise de Plioi-I)as u'alait eu de lui qu'llionée. Pénélée le frappe au fond de l'œil, au-dessous du sourcil, et lui arrache la prunelle ; la flèche traverse l'œil et ressort derrière la tête ; Ilionée tombe assis, en étendant les mains. Péliélée, tirant son glaive aigu, le frappe au milieu du cou et tranche sa tète qui roule à terre avec son casque. La lance impétueuse est restée dans l'œil ; il la lève comme la tête d'un pavot, la montre aux Troyens et, d'un air insolent, leur adresse ces mots : afin que du moins la vengeance pour mon frère ne soit pas longtemps non-payée.

Aussi chaque homme souhaiterait un parent rester dans ses demeures comme vengeur d'un niallietir. »

Il dit ainsi ; et la douleur fut aux Argiens à cause de lui s'étant glorifié.

Et il remua surtout le cœur à Pénélée belliqueux ; et il se précipita sur Acamas; et celui-ci ne supporta pas le choc du roi Pénélée; et Iiii (Pénélée) blessa llionée, fils de Phorbas riche-cn-troupeaux, lequel Mercure aimait le plus d'entre les Troyens, et auquel il donna des possessions; or donc sa mère enfanta par lui llionée fils unique; alors Pénelée blessa lui au-dessous du sourcil à la racine de l'œil, et lui arracha la prunelle ; et la lance alla de-part-en-part à travers l'œil et l'occiput; et celui-ci s'assit, ayant étendu les deux mains.

Mais Pénélée, ayant tiré son glaive aigu , le frappa au milieu du cou, et fit-tomljer à terre sa tête , avec le casque lui-même; et la lance impétueuse était encore dans son œil; or celui-ci dit, l'ayant levée comme une téLe-de-I)avot, et la montra aux Troyens, et se glorifiant dit cette parole : « Allez, Troyens, allez dire au père et à la mère de l'illustre Ilionée de gémir dans leur palais. L'épouse de Promachus fils d'Agénor ne se réjouira pas non plus du retour de son époux chéri, lorsque , sur leurs vaisseaux , les fils des Grecs quitteront les murs de Troie. » Il dit, et la crainte glace les membres de tous les guerriers ; cha-cun cherche à se soustraire à un épouvantable trépas. Muses, qui habitez les demeures de l'Olympe, dites-moi mainte-nant quel est celui des Achéens qui le premier enleva de sanglantes dépouilles, lorsque l'illustre dieu qui ébranle terre inclina de leur côté la balance des combats.

Ajax. fils de Télamon, le premier, blessa le fils de Gyrtias, Hyrtius, c1lef des magnanimes Mysiens ; Antiloque dépouilla Phalcès et Mer-mérus; Rlérion immola Morys et Hippotion ; Teucer porta un coup mortel à Prothoon et à Péri p lié te ; Atride frappa dans les .flancs Hy-

« Alll'Z'-lIIoi dire, Troycns, au père chéri et à la mère d'llionée illustre de gémir dans leurs demeures; car l'épouse de Promachus fils.d'Alégénor ne se réjouira pas de son époux chéri étant revenu, lorsque nous fils des Achéens nous reviendrons enfin de Troie avec les vaisseaux. »

Il dit ainsi ; or donc la crainte saisit eux tous quant aux membres ; et chacun regardait, par où il éviterait une perte (mort) épouvantable.

Dites maintenant à moi, Muses ayant (qui habitez) les demeures de-l'Olympe.

lequel des Acliéens le premier enleva des dépouilles sanglantes, lorsque donc le dieu illustre qui-ébranle-Ia-terre fit-pencher la bataille.

Ajax fils de-Télamon le premier blessa donc Hyrtius, fils-de-Gyrtias, chef des Mysiens magnanimes; et An liIoque dépouilla Phalcès et Mermérus; et Mérion tua et Morys et Hippotion; et Tcucer fit-périr et Prothoon et Périphète; et donc ensuite Atride blessa dans le flanc Hypérénor, pasleur des peuples, et l'airain traversa les intestins les ayant déchires ; or son âme s'échappa rapide par cette blessure ouverte; et l'obscurité voila lui quant aux yeux.

Et Ajax, fils rapide d'Oîlée, détruisit des guerriers très-nombreux ; car personne n'était égal à lui pour poursuivre à pied, les hommes s'étant enfuis, lorsque Jupiter inspire la terreur.

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