LES NOMINATIONS A VIE
Dans mon programme politique, je m'exprimais comme suit: “ Sans égard aux partis dont je suis indépendant, je voterai pour “ou contre toutes les mesures qui se présenteront, en appuyant “celles qui, selon moi, auront pour but la prospérité du pays, la “protection de nos institutions et la défense de nos droits, mais ‘aussi en opposant celles dont la conséquence nécessaire serait la “ruine du pays, une atteinte à nos institutions, un empiètement “sur nos droits.” Il n’y a pas un homme qui ne convienne que la confédération, en nous étant imposée, sans que le peuple fut consulté, ne soit une atteinte à nos institutions, un empiètement sur nos droits. Les Papineau, les Bedard, les Vallières, les Morin et tous les grands patriotes que le pays vénère comma ses idoles, auraient consacré leur existence à nous obtenir l'élection de nos Conseillers Législatifs, et au moment où on nous arrache ce privilége dont nous jouissons depuis dix ans, il n’y aurait pas en. même temps atteinte à nos institutions, .empiètement sur nos droits? Allons donc! L'Education est trop répandue aujourd'hui parmi les électeurs, pour qu’ils ignorent ce qu'ils ont perdu, en étant dépouillé de leur droit de vote, de leur droit de choisir par l'élection, leurs représentants au Conseil Législatif et au Sénat ? Est-ce au moment où les esclaves de l'Amérique voient tomber
leurs chaînes et jouissent des droits de l’homme dans la plénitude de leur liberté, que le Comté de Richelieu porterait en triomphe jusqu'aux portes du parlement, ceux qui l'ont dépouilé de ses droits politiques? Aux électeurs de prononcer, mais 01m votre député, jai protesté dans la mesure de mes forces contre ces changements constitutionnels que les amis sincères de leur pays doivent accepter, mais qu’ils ne peuvent approuver.
>8 24 divisions électorales qui étaient représentés par un conseiller lévis if élu, 3 seulement pouvaient prétendre à être repré-
sentées par des anglo-saxons: c'étaient Bedford, Victoria et Wellington. Deux seulement pouvaient prétendre à être représentées par des protestants: c'était Bedford et Wellington, ct il a été nommé 6 sénateurs protestants, savoir: MM. Leslie, Foster, Price, Hamilton, Samborn et Ferrier.
Les catholiques sont-ils mieux traités ailleurs ?
La population du Haut-Canada était, au dernier recensement, de 1,396,091 âmes, dont 258,141 catholiques, c'est-à-dire un sixième.
Les protestants du Bas-Canada, qui sont au nombre de 168,313 seulement, ont 6 sénateurs sur les 24 nommés !
Les catholiques du Haut-Canada, qui sont au nombre de 258;- 141, n’en ont pas un seul sur les 24 nommés! |
Le chiffre total de la population du Nouveau-Brunswick est de 252,047, dont 85,238, c'est-à-dire un tiers, sont catholiques et n’ont pas un sénateur de leur croyance sur les 12 nommés!
La population totale de la Nouvelle-Fcosse est de 330,857, dont 86,281, c'est-à-dire plus d’un quart, sont catholiques et n’ont qu’un seul sénateur sur les 12 nommés |
Les LOIS D'ÉDUCATION SOUS LA COFEDERATION.
Le bill de M. Langevin avait pour objet de donner à la minorité protestante du Bas-Canada les garanties promises à M. Galt et aux représentants des townships du Bas-Canada pour leur faire accepter la confédération.
M. Bourassa, député de St. Jean, propose que cette garantie soit étendue à la.minorité catholique du Haut-Canada.
Tous les évêques du pays demandent cette garantie et font à ce sujet des représentations à l'Exécutif.
Puisque l'on soupçonnait la majorité catholique du Bas-Canada de vouloir un jour être intolérante envers la minorité protestante, il n’est pas étonnant que les catholiques aient conçu le mêm soupçon à l'égard de la majorité protestante du Haut-Canada dans ses rapports avec la minorité catholique. La preuve que ce dernier soupçon était seul fondé, c'est que les catholiques étaient prêts à donner aux protestants les garanties désirables, pourvu que les catholiques, placés dans le Haut-Canada dans une position analogue à celle des protestants dans le Bas-Canada, eussent de leur côté les mêmes protections contre une minorité intolérante.
Les ministres, placés dans l'alternative ou de refuser cette vulgaire et commune justice ou de retirer leur bill Langevia, aimèrent mieux adopter ce dernier parti que de prendre une position fran. che et équitable envers les deux minorités.
Ils supprimèrent donc le bill Langevin, mais ils se rendirent en Angletcrre et introduisirent dans l'acte de la Confédération la garantie qui doit protéger les protestants dans le Bas-Canada,—laissant les catholiques du Haut-Canada à la merci de la majorité protestante,
Le droit d'appel donné aux minorités appartient aux catholiques du Haut-Canada comme aux protestants du Bas-Canada, Sérieux et protecteur pour les protestants du Bas-Canada, c’est un mensonge et un leurre pour les catholiques du Haut-Canada. Les protestants peuvent sérieusement se plaindre à la Chambre Fédérale, composée pour les trois quarts de protestants; mais il est ridicule de vouloir forcer les catholiques à en appeler d'une décision rendue par une Chambre protestante À une autre Chambre également protestante.
Au reste, ma conduite politique n’a été un mystère pour personne; chaque fois que l’occasion s'en est présenté, j'ai hardiment exprimé mes opinions en parlement et hors du parlement. Ilserait trop long d’entrer ici dans les détails des concessions qui ont été faites à l’élément anglais et protestant aux dépens des catholiques du Bas-Canada, dans le Bureau d'Education, dont M. Chauveau à été obligé d'abandonner la direction, pour faire place à un protestant, M. Miles. Je n'insisterai pas nou plus sur la position. d'infériorité des catholiques du Haut-Canada; Sur la position financière impossible où se trouve le gouvernement du Bas-Canada en face de dépenses considérables et d’un revenu insuffisant dont le déficit ne pourra être couvert que par la taxe directe. Lord. Carnarvon, le ministre des colonies, en expliquant le projet de Confédération au parlement anglais, a dit en deux lignes: ‘“ Les pro: ‘ vinces perdent leur droit de se faire des revenus par la taxe indi- ‘“recte, et ne retiennent que celui d'imposer des taxes directes ‘€ seules.”
Et encore si le Parlement du Bas-Canada était sérieux, mais il n'a d’autres pouvoirs que ceux qui appartiennent à une municipa-
lité; Lord Carnarvon le dit et c’est facile à voir soi-même avec un peu d'étude, Même la question du divorce, qui touche de si près à un des sacrements les plus inviolables du catholicisme, n’est pas du ressort du parlement du Bas-Canada. Les lois d'usure ne le sont pas davantage, la milice, la loi criminelle et commerciale, la nomination des juges, ne sont pas non plus sous le contrôle du gouvernement du Bas-Canada. En un mot tous les pouvoirs importants sont donués au Parlement Fédéral, où l'élément français et catholique est dans une minorité désespérante,
Comment pouvais-je voter pour ur pareil état de choses, moi qui vous avais promis de voter contre toute mesure dont la conséquence serait une atteinte à nos institutions, un empiètement sur nos droits ?
LEs FAITS ACCOMPLIS.
En face des difficultés sans nombre où se trouve le Bas-Canada, ceux qui n’ont rien épargné pour sauver le pays d'un avenir aussi menaçant doivent-ils abondonner la lutte, ou se raidir encore et quoique désarmés, combattre toujours pour la défense de nos intérêts les plus chers ? En 1840, l’Union du Haut et du Bas-Canada nous était imposée dans le but avoué de perdre l’élement français et Catholique. Il n’y eut, d'une extrémité à Pautre de notre province, qu'une immense protestation de la part du Peuple et du Clergé contre cette violation de nos droits les plus sacrés Cependant les faits étaient accomplis et les patriotes de 1840, avec l'immortel Lafontaine à leur tête, les acceptèrent, et à force de travail, d'énergie, et d'honnêteté, tournèrent contre nos ennemis les batteries dirigées contre nos institutions, notre langue et nos lois, et la constitution de 1840 amendée était entre nos mains un instrument docile, lorsque la nouvelle constitution lui fût substituée.
Aujourd'hui encore les faits sont accomplis et la position est dix fois plus difficile qu'en 1840. Mais ainsi que le fit M. Lafontaine à cette époque, les patriotes d’aujourd’hui doivent accepter les faits accomplis, doubler de travail, d'énergie et
d'honnêteté, afin d’être à la hauteur des événements qui se pré-
parent. Tâchons de tourner encore une fois les batteries dirigées par nos ennemis sur nos institutions, notre langue et nos lois.
Tâchons d’amélicrer la nouvelle constitution, au point de vue des intérêts Français et catholiques, et espérons qu'après vingt ans de dévouement aux meilleurs intérêts du pays, nous puissions avoir, dans la nouvelle constitution amendée, non plus un instrument de mort, mais un instrument de salut,
CoNCLUSION.
Voici la conclusion à laquelle je veux arriver: lo. Dans toute ma conduite au Parlement jai donné la preuve non équivoque de mon entier dévouement aux intérêts dont vous m'avez confié la garde. 20. Ferme dans la défense de vos droits, aucune considération personnelle n’est venue modif x i'indépendance de ma conduite. So. Fort de mes convictions, j'ai attaqué hardiment les gouvernements qui se sont succédés chaque fois que les mesures soumises au Parlement ne méritaient pas mon approbation. 40. J'ai rendu aux électeurs des services considérables et fait mentir ceux qui soutiennent qu'il faut résider dans les limites d’un comté pour lui être utile en Parlement.
Si, messieurs, ma conduite passée est pour vous une garantie pour l'avenir, je suis encore à votre disposition et prêt à assumer la responsabilité grave de représenter le comté de Richelieu dans les communes du Canada. Si j'ai pu à vingt-sept ans, alors que j'étais le plus jeune membre de la Chambre, faire ma large part de travail et de luttes, j'espère avec l'expérience acquise, pouvoir rendre de plus grands services encore au comté que j'aurai l'honneur de représenter et au pays que j'ai à cœur de défendre. Dans ce moment de crise où le Canada Français a , besoin de ses hommes les plus énergiques et les mieux connus défiez-vous des candidatures nouvelles, de ces hommes vieillis au foyer domestique, loin du bruit, ignorant le premier mot des luttes parlementaires. ŒExcellents pères, ils sont faits pour jouir de la paix domestique dans laquelle ils ont vécu depuis si longtemps. Les arracher de leur retraite pour les jeter sur le terrain brûlant de la politique, c’est jeter aux combattans une victime à immoler. Mais surtout, messieurs, de grâce, ne prostituez pas votre langue et votre nationalité, en élisant comme votre représentant un étranger au Canada Français. Il y a déjà une majorité anglaise de
quatre contre un dans la Chambre des Communes, n'ajoutez pas encore à cette majorité qui nous écrase. Laissez aux traîtres cette honte éternelle. Que M. Guévremont, qui a reçu la récompense de sa trahison en étant nommé pour sa vie, gâgne ses mille dollars par année en proposant uh anglais contre ses compatriotes. Mais que les électeurs du comté, en masse, protest””t par leur vote contre son épouvantable conduite.
Si j'ai pu mériter la confiance des 75 Sociétés d'Agriculture du Bas-Canada qui #n’ont fait l’honneur de me choisir pour leur représentant à la Chambre d'Agriculture, si j'ai également mérité la confiance des Artisans Canadiens de Montréal, qui m'ont choisi pour leur président, j'ose espérer que les électeurs du comté de Richelieu ne me refuseront pas leur support dans la lutte qui est engagée entre M. Gélinas, M. MeCarty et votre ancien député. Voter pour mes deux adversaires, c'est approuver la confédération et tous ses détails qu’ils veulent appuyer en Chambre. Voter pour moi, c’est accepter la confédération, avec l'intention d'améliorer la nouvelle constitution de manière à la rendre aussi favorable que possible au Canada Français et Catholique.
J'ai l'honneur d'être, Messieurs, Votre ancien Député à l'Assemblée Législative,