CHAPITRE XX
COMCLCSION
L'existence de la rébellion dépendait tellement du sort de l'armée de Lee, que lorsque celle-ci succomba, celle-là disparut. Johnston se rendit à Sherman, Dick Taylor et Kirby Smith à Canby, et il ne resta plus un soldat rebelle sur toute la surface de l'ex-Confédération du Sud.
L'homme qui en avait été le président, traqué de toutes parts, s'enfuyait, ne sachant où aller cacher sa tête proscrite. Les routes étaient coupées , les communications interceptées par les expéditions du général Canby qui venait de prendre Mobile avec deux corps d'armée, et du général "Wilson qui, à la tête de plus de douze mille hommes de cavalerie, avait passé comme une trombe à travers l'AIabama et partie de la Géorgie, forçant la ville fortifiée de Selma, détruisant celle de Tuscaloosa, s'emparant de Montgomery, emportant d'assaut Columbus et West- Point, entrant enfin dans Maçon pour y recevoir la soumission de la milice Géorgienne et de cinq généraux confédérés.
Dans cette fougueuse expédition d'un mois, — du 20 mars au 20 avril, — il avait fait des prisonniers par milliers, pris des canons par centaines, détruit des ponts, des chemins de fer, des arsenaux, des manufactures d'armes, et de machines, des fonderies navales, des dépôts
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d'approvisionnements et toute sorte de matériel. Il ne lui restait plus qu'à lancer dans toutes les directions des détachements à la poursuite de Jefferson Davis, qui fut atteint et pris par l'un d'eux, le 11 mai. Tout le monde connaît les incidents de cette misérable odyssée commencée aux lueurs sinistres de l'incendie de Richmond, et terminée dans la boue, sous un f^rotesque travestissement de femme,
M. Lincoln fut assassiné le 14 avril. Une cause détestable devait avoir recours à de détestables moyens. La guerre, qui s'était poursuivie sur les champs de bataille et dans les camps où l'honneur du Sud s'était réfugié, n'était pas une arme suffisante au gouvernement de Richmond. Ses familiers et ses agents avaient organisé l'incendie de nos grands hôtels et de nos établissements les plus fréquentés, et appelant jusqu'à la fièvre jaune à leur aide, ils avaient introduit dans le Nord des câi^aisons de vêtements imprégnés d'émanations pestilentielles. Ces ignobles complots ayant échoué dans l'exécution, les hommes qui avaient dirigé la grande lutte de la démocratie contre l'oligarchie, de la liberté contre l'esclavage, furent spécialement voués au pistolet et au poignard, dans des conciliabules ténébreux dont les ramifications s'étendirent jusqu'à Paris.
Et voyez le résultat :
Abraham Lincoln, président des États-Unis, ayant accompli sa noble mission en ce monde, couronne sa vie par le martyre, et sous la balle d'un assassin du Sud, scelle de son sang une glorieuse immortalité. — Jefferson Davis, président des États révoltés, ayant fait tout le mal qu'il lui était donné de faire, termine sa carrière politique comme une farce de vaudeville, et la corde pour le pendre se transforme en lanière pour le marquer à jamais d'ua ridicule ineffaçable.
L'armée du Potomac quitta Burkesville le 2 mai pour se rendre à Washington. Le 6, elle traversa Richmond
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en triomphe ; le 10, Fredericksburg. Le 23, elle déûla en grande pompe devant le président Johnson et les hautes autorités, aux applaudissements d'un vaste concours de peuple assemblé dans la capitale pour assister à cette solennité. Le lendemain, une partie de l'armée de Sherman eut son tour, avant de retourner dans le Kentuclty. Puis le licenciement commença ; et, en quelques mois, les armées de la république rendirent au paya pacifié autant de citoyens qu'elles comptaient auparavant de soldats vo!6ntaires dans leurs rangs. Le nombre s'en élevait à kuit cent mille neuf cent soixante-trois, (800,963). Parmi eux, l'armée régulière trouva aisément à remplir ses cadres presque vides, et à compléter l'augmentation de son efièctif permanent par la création de nouveaux régiments. Le chiffre des forces confédérées qui mirent bas les armes et furent renvoyées sous parole dans leurs foyers, fut de cent soixante -quatorze mille deux cent viogt-troia (174,223) auxquelles il faut ajouter quatre-vingt dix-huit mille huit cent deux (98,802) prisonniers de guerre détenus dans le Nord, ce qui porte à deux cent soixante-treize mille vingt-cinq (273,025) le chiffre total des troupes de la Confédération du Sud renvoyées sous parole. Mais il faut songer qu'à l'époque de la débâcle des armées de Lee, de Johnston et de Taylor, quantités de détachements se trouvaient disséminés sur la vaste surface du pays, pour poursuivre les réfractaires, garder les dépôts, surveiller les chemins de fer, etc., etc., et que la plupart d'entre eux se débandèrent pour rentrer directement dans leurs familles. Il est constaté qu'une grande partie des troupes de Kirby-Smith, dans le Texas, se dispersa ainsi, après s'être livrée au pillage du matériel et des propriétés publiques. En estimant à vingt-sept mille le nombre des hommes ainsi soustraits aux engagements de ceux qui s'étaient rendus régulièrement, on trouve que la rébelliom comptait encore trois cent mille hommes enrôlés, sans compter les déserteurs, aCi moment où elle mit bas les
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Elle en avait mis sur pied un peu plu^ de onze cent mille (I.IOO.OCX)) pendant la guerre, et d'après les meilleurs renseignements émanés des confédérés eux-mêmes, elle avait perdu, pendant ces quatre années, entre six et' sept cent mille hommes morts ou mutilés, ce qui donne un sombre de décès au moins égal à celui des armées de l'Union, c'est à dire, comme on va le voir, double proportionifellement au chiffre des armées, et triple proportionnellement au chiffre de la population.
En effet :
En réduisant les contingents fournis par toutes les levées à la proportion uniforme de trois ans de service par homme, le nombre total d'hommes mis sous les armes par le gouvernement des États-Unis s'élève à deux millions centcinquante-quatremille trois centonze (2, 154,311).
Sur ce chiffre, le rapport du prévôt maréchal général prouve que deux cent quatre- vingt mille sept cent quatrevingt-neuf (280,789) hommes, dont près de huit mille officiers, ont perdu la vie. Et de ceux qui ont survécu, un million cinquante -sept mille quatre cent vingt-trois (1,057,423) ont été traités dans les (hôpitaux généraux pour blessures ou maladies.
On le voit : la grandeur des sacrifices fut mesurée à la grandeur de la cause qui les réclamait.
Les États-Unis d'Amérique ont combattu pour le maintien de leur intégrité nationale, pour la consécration de leurs libres institutions, et pour la suprématie du gouvernement du peuple par le peuple, — c'est à dire pour les grands principes de progrès et de liberté qui sont la tendance naturelle des sociétés modernes et l'aspiration légitime des nations civUisées. Une telle cause vaut tous les sacrifices. En la soutenant à tout prix, les États-Unis ont fait plus qu'accomplir une œuvre de puissance et de patriotisme ; car leur triomphe, c'est une victoire pour lliumanité.
TABLE DES MATIERES