‹ Quatre lettres sur le Mexique, exposition absolue du système hiéroglyphique mexicain. La fin de l'âge de pierre. Époque glaciaire temporaire. Commencement de l'âge de bronze. Origines de la civilisation et des religions de l'antiquité; d'apres le Teo-Amoxtli et autres documents mexicains, etcChapitre 4 sur 29 · LETTRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE TROISIÈME

§ 1. La variété des hiéroglyphes dont je vous ai donné l'expHcation au sujet des mythes qui sont en rapport avec la lune, paraît décidément avoir fixé votre attention. Je comprends que vous les ayez trouvés dignes d'être étudiés dans leurs détails et que vous vous en soyez préoccupé d'une manière spéciale, à propos des catastrophes récentes qui ont si subitement frappé les Antilles. Quoi ! donc, cette vaste fournaise, ouverte un jour et une nuit, dans ces lieux où l'Océan roule aujourd'hui ses grandes vagues, seraitelle prête à se rouvrir et à engloutir de nouveau une partie du monde ! A Dieu ne plaise ! l'abîme s'est ouvert une fois sous les vastes régions qui naguère s'étendaient sur l'Atlantique, espérons qu'un si grand cataclysme ne se renouvellera plus de longtemps. Qui peut, néanmoins, prévoir rien de précis à cet égard? Malgré les belles découvertes de la géologie, le mystère continuera toujours d'envelopper les destinées futures de notre globe. Sa croûte, si mince, à ce qu'il paraît, sur l'ensemble de notre planète, serait, si je comprends bien les divers indices que présente le Teo- Amoxtll, encore moins épaisse du côté du Mexique qu'ailleurs. Serait-ce donc à la proximité des feux allumés sous le sol de ces. magnifiques régions, serait-

ce à ces Tolcans, éclatant à l'improviste et si fréquemment en Amérique, qu'il faudrait attribuer le caractère volcanique des populations américaines et la propension particulière qu'elles paraissent avoir pour les révolutions ? On serait tenté de le croire et de les prendre réellement pour les descendants des puissances telluriques dont nous parlions l'autre jour, Toltèques et Chichimèques. S'il en était ainsi, il y aurait là une preuve de plus à ajouter aux observations physiologiques sur les influences du sol et du climat, si prépondérantesdanscertainescirconstances.Pourmoi, j'ai cru remarquer, depuis quelque temps, que ces influences étaient bien plus puissantes sur les populations de sang mêlé ; car ce sont surtout elles qui soufflent la guerre et l'insurrection en Amérique. Les indigènes pur sang sont, en général, beaucoup plus paisibles; cela pourrait tenir, néanmoins, à leur assuéfaction à la terre qu'ils habitent et aux habitudes d'ordre et d'obéissance qu'ils avaient reçues, avec la religion et les lois antiques de leurs ancêtres.

L'indigène du Mexique et de l'Amérique centrale, et il doit en être de même des Péruviens, sent le besoin de l'autorité. Plus elle sera forte et plus volontiers il s'y soumettra. Vous en avez la preuve dans une foule de faits dignes de remarque. Encore aujourd'hui, après soixante années de troubles et de guerres civiles, le nom des rois d'Espagne est un nom vénéré en bien des lieux. Les rois d'Espagne c'était l'empereur Charles-Quint, et voilà pourquoi Maximilien fut reçu avec tant de respect et d'hommages par les Mexicains de vieille souche: il représentait l'idée monarchique, et sous la monarchie, malgré leur servitude, les indigènes de l'Amérique espagnole étaient moins opprimés que sous le gouvernement républi-

cain. Je me souviens, pour ce qui me concerne, avoir vu dans la maison de plus d'un chef quiche ou rabinalien, au Guatemala, le portrait de Ferdinand VII, devant lequel, aux jours de fôte, on tenait deux cierges allumés. Ferdinand n'était cependant pas un bon roi !

D'où venait donc ce sentiment de respect pour l'autorité, d'où naissait ce prestige? Ne croyez pas. Monsieur, qu'il fût inhérent à la couronne d'Espagne ou qu'il découlât de la terreur répandue par les conquérants. Non , son origine avait quelque chose de bien plus profond. Les rois d'Espagne n'avaient fait qu'hériter du bénéfice d'un sentiment qui s'était transmis, de siècle en siècle, depuis plus de six mille ans. Le nom de Roi c'était la puissance divine qui l'avait implanté, en Amérique, au jour immense du cataclysme, et pour les Américains il était grand comme Dieu lui-môme. C'est au milieu de la foudre et des éclairs, c'est au milieu de l'émotion des volcans enflammés, symboles de leurs rois, que la divinité s'était pour la première fois manifestée à eux, ainsi que Jéhova à Moïse, au milieu des éclats de la foudre et du tonnerre. Ces volcans avaient été, dans la suite, identifiés avec les astres, et le plus épouvantable de tous avait, sous le symbole impur de Nanahuatl ou Nanahuatzin, reçu les honneurs de l'apothéose dans le soleil. Issu de la terre du Croissant, personnifiée dans l'antique Quetzal- Coati, prototype des prêtres et de la continence sacerdotale, il est ainsi son fils et s'identifie avec lui : il est le modèle des sages sous le nom de Hueman et le prototype des rois sous celui de Topiltzin. Chose étrange, cependant, de trouver réunies en un seul des personnalités si diverses ! celles du roi et du philosophe, du sacrificateur par excellence, dont

les vertus serviront de règle à tous les sacerdoces de l'antiquité païenne, et à côté de tout cela, l'incontinence et la passion, divinisées dans ce malade, dont le nom même, le syphilitique, est l'expression de l'abus qu'il a fait du sexe. D'où provenaient tant de contrastes ? uniquement, comme dans le mythe du Croissant, dont Quetzal-Coatl et Nanahuatl ne sont qu'une autre face, de la multiplicité des détails du cataclysme, de la variété des hiéroglyphes, qui les exprimaient et sous le voile desquels se dérobait la connaissance réelle de son histoire.

J'entrevois, toutefois, un autre fait et d'une bien plus haute importance, comme la source de cette confusion. A l'origine des choses, lorsque la civilisation, née des phénomènes du cataclysme, eut commencé à se développer avec les nouvelles sociétés, deux écoles philosophiques, ou plutôt deux manières de juger les mêmes événements, paraissent s'être trouvées sur le même terrain, au berceau de la religion, et s'être nourries, en se développant ensemble, ^jusqu'au moment 011 l'antagonisme, devenant de plus en plus éclatant, il fallut pour les deux factions rivales songer ou à se séparer ou à lutter. La lutte eut lieu et la séparation ensuite: tous les documents en font foi, et les noms de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca sont les drapeaux sous lesquels elles combattirent principalement. Je dis principalement : car outre ces deux factions, il y en eut d'autres, et il y a tout lieu de croire que la religion qui prit Quetzal-Coatl pour symbole ne fut qu'une réformation d'une autre plus ancienne et qui avait la Lune surtout pour objet. C'est la Lune, mâle et femelle, Luna Lunus^ personnifiée dans la terre du Croissant, engloutie dans l'abîme, que je crois voir au commencement de cet amalgame de rites et de

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