‹ Quatre lettres sur le Mexique, exposition absolue du système hiéroglyphique mexicain. La fin de l'âge de pierre. Époque glaciaire temporaire. Commencement de l'âge de bronze. Origines de la civilisation et des religions de l'antiquité; d'apres le Teo-Amoxtli et autres documents mexicains, etcChapitre 8 sur 29 · JO · texte numérisé non relu

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Coail au Mexique, qui, ainsi qu'eux, compose une théogonie, etc. > D'un autre côté, « les runes sont en grande partie des flèches, des caractères en forme de flèches, continue Creuzer > , de môme que les caractères cunéiformes, tous sont des flèches, lancées dans des directions diff'érentes. Voilà pourquoi le premier signe de l'année toltèque, dans le système des partisans de Tezcatlipoca, l'une des deux grandes fractions rivales de la religion antique, au lieu de Cé-Jcatl, une Canne, est Ce- Tecpatl, un Silex, un fer de lance, une flèche, un épieu, le symbole du feu A , de l'éruption volcanique, que vous retrouvez Km d'abord dans le signe Edznab, que je vous ai ^i^ fait connaître plus haut; ensuite dans le signe de la lettre a O^ (dz),la fronde ouverte, armée de trois flèches fl^7f\\ ^" ^® trois traits, qui fontégalement allusion \^:^ à la fameuse marmite soutenue parles trois pierres du foyer domestique, puis enfin dans le caractère z ou ç, représenté par le signe ^J , où vous voyez trois pointes de flèches super v£/ posées au centre, mais dont l'idée première se rapporte au sifflement du gaz ou du feu sortant de la terre.

« Les runes, suivant l'étymologie du nom, continue le savant allemand (1), les runes s'écoulent, s'échappent comme le temps. Elles sont pour ainsi dire la flèche de la parole, qui blesse et guérit à la fois, pareille aux traits, c'est-à-dire aux rayons ensemble meurtriers et salutaires du soleil, ou plutôt, comme le tecpatl, ce silex qui s'élance de la bouche du volcan, signifié par une tête humaine; elles symbolisent le feu, le gaz ou la fumée, le verbe de la terre, de môme que la parole, exprimée par le môme signe, est la flèche de

(1) Religions de VAntiquitét tom. II, pag. 268.

l'âme humaine. « Le soleil, lui-même, ajoute Creuzer, le soleil, ce grand chronomètre, trace en caractères de feu , sous la voûte céleste, les types primitifs de l'écriture durant les sept jours de la semaine. C'est par eux que le prêtre du soleil est à la fois scribe sacré et voyant, c'est-à-dire prophète ; car, dans les sept éléments divins de l'écriture solaire ou planétaire, toutes choses sont révélées à ses yeux. Comme la flèche du soleil, la flèche de l'écriture, lumineuse aussi et prophétique, vole de peuple en peuple le long des fleuves, dans le cours de la durée, portant de toutes parts la doctrine, les prescriptions salutaires, les consolations et la vraie lumière. En un mot, Abaris voyageant sur sa flèche, est Runa, le voyant, le scribe, le prophète et le sauveur, mais en même temps l'écriture, véhicule de toutes les connaissances et le salut. Il figure dans la tradition des Grecs et dans celle des Germains à la fois, comme une rune parlante du culte antique de la lumière, selon la primitive croyance qui embrasse le Grèce et le Nord.

» Abaris serait donc au fond, selon nous, une personnification de l'écriture et de la doctrine qu'elle renferme, des bienfaits de cette doctrine et de la science ou sagesse, en général ; enfm, de la propagation de l'écriture et de la sagesse descendant des hauteurs du Caucase, pour éclairer les Grecs aussi bien que les Scythes. » Les idées exprimées dans cette longue citation, empruntée à l'illustre Allemand, ne paraissent pas avoir été entièrement partagées par son savant traducteur (1). Des découvertes récentes, le déchiffrement, entre autres, de l'inscription runique du lion, en marbre pentélique, du Pirée, transporté à Venise (2),

(1) Guigniaut-Creuzer, Religions, etc., pag. 268, note 2.

(2) Rafn, Imcriplion runique du Pirée, Copenhague, 1856.

donneraient, toutefoks, raison à Crcuzcr. Il y a tout lieu de croire que cette inscription se rattachait à l'histoire des populations qui, sous le nogn générique de Scythes ou d'IIyper-Boréens, descendirent dans l'Asie Mineure et dans la Grèce aux époques pré-historiques et que les races, dites pélasgiques, étaient loin de leur être étrangères. Pour moi, il me paraît hors de doute que les contours de la Méditerranée furent colonisés alternativement par des migrations atlantiques, les unes hyperboréennes , c'est-à-dire dont la marche avait pris une direction septentrionale, de l'ouest à l'est, les autres méridionales, ainsi que je l'ai intimé plus haut.

§ 21 . Les migrationslcs plus considérables me paraissent, néanmoins, avoir été les premières. Carie nom des Hyper-Boréens que je vous montrais, il y a un instant, dans celui de Brousse et des Prussiens, se retrouve avec l'idée du travail, mais, en particulier, de l'industrie métallurgique, dans une foule de noms, dont je m'étonne que les Allemands, d'ordinaire si sagacçs dans ce genre de recherches, n'aient pas encore fait l'objet de leurs études. Je veux parler d'abord du nom d'Imbramns que les Carcs donnaient à Mercure, selon Etienne de Byzance, et de celui d'ImbroSj l'assesseur mystique des Cabires. Le premier correspond entièrement au quiche im-bora-mux (mush ou mus) , signifiant les grains ou les pépites de l'eau forant les mamelons ou les mines, et le second au vocable im-bor-oz, souffle perçant les mamelons, etc. Si je consulte Hésiode , je découvre dans sa Théogoniej le nom de Boôvr/iç (boron-tetz) donné aux Cyclopes; vous le retrouvez dans celui des Bryges, <t>py-]fe;, OU Phrygiens (boruges), dont le pays, berceau

des Cabires, suivant un grand nombre d'auteurs anciens, renfermait une ville d'A^rrupa, Astyra^ célèbre par ses mines d'or, ainsi que le pays d'Aztlan, d'où ils étaient partis originairement. Enfin , vous pouvez le voir et le décomposer dans tous les mots qui ont servi de glossaire au bronze et à l'airain, dails hrunia (borunia), pour Zor/crt, cuirasse , brunus (borunus), selon Ducange, brun, comme les hommes qui les premiers le travaillèrent; dans le TCupôiyo;, burrichus, le roux des Grecs, notre mot bourrique, brennen, brûler, en allemand, identique àupure?!, bui en du dialecte cholmaya; comme lebronnen flamand pour la source, l'eau qui perce, qui fore, tous ayant, comme vous le voyez, un rapport direct avec le bor guiché et haïtien, avec l'île de Borriquen, Porto-Rico, d'où probablement s'éloignèrent les Boréens, au jour de la grande dispersion.

Donnez-vous la peine de rechercher toutes les notions qui concernent les Hyper-Boréens et les Scythes, étudiez-les sans parti pris et vous verrez quelle lumière puissante il en découlera sur le berceau des nations de l'Europe et de l'Asie. Les vieilles traditions de l'Orient sont remplies des mêmes souvenirs. Elles vous parlent d'une mer obscure, d'une région ténébreuse, où sont les îles Fortunées, où se trouve la fontaine de vie. Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est ce qu'elles disent de l'île Sèche et du grand continent qui est au delà des montagnes de Caf{^). « La terre où nous sommes est environnée de l'Océan, » disait au sixième siècle le moine Gosmas (3), qui avait » longtemps voyagé en Asie. Mais au delà de cet Océan

(1) D'Eckstein, De quelques légendes brahmaniques, etc. pag. 311.

(2) D'Herbelot, Bibliothèque Orientale, pag. 383-593.

(3) Cosm. Indico-Pleust., in Coll. Patr uni, tom. II, pag. 188.

» est une autre tcrfe qui touche aux murs du ciel ; » c'est dans cette terre où l'homme a été créé, où fut » le paradis terrestre. Au temps du déluge, Noé fut » porté par l'arche dails la terre que sa postérité ha- » bite aujourd'hui (1). » Cette île iSècAe, ce continent, ce sont ces îles qui apparurent, après le cataclysme, c'est Ma-Dan-Inô, c'est le continent américain d'où les Boréens passèrent dans celui-ci, portant avec eux leurs dieux et les notions antiques de leur origine. Il y a tout lieu de croire que ce furent des essaims, détachés de ces grandes migrations septentrionales, qui laissèrent en Afrique ces monuments étranges dont M. Bourguigniat se propose d'écrire l'histoire. Venus des vallées du Mississippi et de l'Ohio, on les suit jusqu'aux confins du Sahara, où les archéologues peuvent aller étudier ces môles immenses de terre et de pierre tassées, en forme de Croissant, de Serpents et d'autres animaux, dont la configuration, identique en Algérie, en Angleterre et aux Etats-Unis, serait à jamais restée une énigme insoluble, sans l'intelligence que les documents mexicains répandent sur l'histoire du monde entier. Ces signes gigantesques sont, Monsieur, des monuments commémoratifs du cataclysme dont je vous ai fait connaître les principaux épisodes. Ce sont des souvenirs de la terre antique du Croissant, ensevelie sous les eaux, aussi bien que de la terre Sèche et des îles étendues en Serpent ou en Scorpion, etc., à la surface des flots, à l'entrée de la mer des Antilles et du golfe du Mexique.

Ces monuments grossiers ne seraient pas autrement explicables. C'est aux mêmes souvenirs qu'il

(1) On sait ^ue Colomb, écrivant à la reine Isabelle, s'imaginait également avoir trouvé le Paradis terrestre, en découvrant les terres du Para.

faut remonter pour comprendre la construction des pyramides, en Egypte, aussi bien qu'en Amérique, ainsi que de tant d'autres monuments épars à la surface du globe. Que les Hykshos, à qui des égyptologues les attribuent, soient entrés en Egypte par l'est ou par l'ouest, il n'importe : ils n'avaient pas moins les Antilles pour berceau. On ne tardera pas à découvrir s'ils appartenaient aux essaims qui vinrent directement d'Amérique en Afrique, en passant , par le sud, des côtes du Brésil aux Canaries et à la Mauritanie; ou bien, s'ils faisaient partie de ceux qui descendirent par la Celtique et l'ibérie aux bords de la Méditerranée. Peut-être n'étaient-ils, après tout, que des groupes détachés des populations nomades qui, sous le nom de Scythes, de Mèdes ou de Bryges, conquirent tour à tour la plupart des royaumes de l'Asie. Rappelez-vous, d'ailleurs, ce qu'en ditDiodore (1), et c'est un passage auquel les égyptologues n'ont pas fait suffisamment d'attention, que les successeurs des Scythes, « renommés parleur courage et leur habileté » stratégique, étendirent leurs conquêtes au delà du » Tanaïs jusqu'à la Thrace; et, portant leurs armes » sur un autre point, pénétrèrent en Egypte jusqu'au » Nil. » Comparez les traits de ces Scythes à ceux dont Brugsch a dit (2) que « le roi, les membres de sa » famille, les grands fonctionnaires, les guerriers, en- » fin toute la population de la nouvelle résidence (à j> Thèbes), ont presque l'aspect d'une race étran- » gère..., » et cherchez à reconnaître si ces derniers étaient issus d'une race libyenne ou d'une famille touranienne quelconque {touran, toulan, tulan, tollan).

(1) Bibliol. hisl, lib. II, § xliii.

(2) Histoire d'Egypte, etc., pag. 118.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en Egypte, comme en Grèce ou en Asie, les antiques rivalités de ces différents peuples, nées sur d'autres rivages, se rallumèrent souvent, lorsque les nations issues de leurs colonies, se retrouvèrent en contact dans ces contrées ou dans les îles de la Méditerranée. Ce sont toutes ces migrations, entreprises dans des sens si divers, c'est ce contact où leurs idées politiques et religieuses se virent de nouveau en présence, ce sont les guerres qui en furent la conséquence, ainsi que la fusion qui s'opéra, à diverses reprises, entre ces nations et leurs symboles religieux, qui seuls sont capables de jeter la lumière sur l'ère des Hykshos en Egypte et sur les établissements primitifs des Phéniciens; ce sont ces faits qui expliqueront à la fois les origines de la Grèce et de l'Italie, ainsi que les bouleversements dont ces régions furent le théâtre aux époques anté-historiques. Lorsque les études savantes, partant d'un point de vue plus élevé, auront planté leur premier jalon aux lieux où l'histoire prit naissance, lorsque les hommes qui sont appelés à les diriger, abdiquant les idées étroites d'une routine, envieuse de tout progrès, oseront fixer franchement leurs yeux sur la lumière et parler sans arrière-pensée, alors cette lumière se fera tout àfait, elle éclatera partout. On comparera les symboles religieux des différents peuples de l'antiquité aux phénomènes qui présidèrent à leur berceau ; on étudiera les hiéroglyphes de toutes sortes qui servirent à en envelopper la signification primitive, et on finira par se rendre ainsi compte du dessein primordial des sociétés antiques, dont nous avons hérité la civilisation. On étudiera les chiffres mystérieux sur lesquels sont basés tant de systèmes politiques, astronomiques et religieux ; on étudiera le chiffre quatre identique

avec la croix + et avec le signe ^ , hiéroglyphes l'un et l'autre du tremblement de ^ terre et du cataclysme, d'où sortit le nouvel ordre de choses. On saura ainsi comment l'idée de mort et de résurrection s'y trouve attachée : on comprendra l'idée de la fondation primordiale par quatre, ainsi qu'à Babylone, celle de la Roma quadraia, semblable en tout au carré du plan d'Izamal, et de Ti-Hoo, etc., où des quatre édifices principaux, monuments symboliques des quatre grandes îles, partaient quatre grandes rues coupant la cité en croix. De là, d'après un système religieux différent, le chiff're sept, les sept tribus, les sept monts qui, dans plus d'une de ces cités quadriformes, remplaça l'idée première ; chiff're sept, identique avec celui des petites Antilles, chiff're sept des sept chefs toltèques, ou neuf des neuf rois de Tollan, ou bien des neuf chefs chichimèques, chiff're dont le détail, peu important en apparence, est cependant d'un haut intérêt historique. Car c'est ce détail qui donnera raison de la plupart des énigmes archéologiques et religieuses : on y trouvera l'origine des incarnations des dieux indous, comme du nombre quatre et cinq des soleils mexicains.

On comprendra ainsi l'idée qui présida à la fondation des plus anciennes villes du monde, en Europe, en Asie, comme en Amérique ; pourquoi les deux grandes pyramides de Téotihuacan, la Lune d'abord, ensuite le Soleil, pourquoi ce grand nombre de téocalli, parsemés dans sa vaste enceinte, et le but que s'étaient proposé ses fondateurs. On saura pourquoi les deuxjumeaux à Rome sont figurés, allaités par une louve, frères et rivaux, dont l'un est tué par l'autre, et dont le dernier disparaît avec un coup de foudre ; comme en tant d'autres choses, on y retrouvera le couple originel de Quetzal-Coatl et de Tezcatlipoca,

nourris dans le corps de la grande louve du Croissant, symbolisé, à son tour, dans le mundus, ce monde par excellence, symbole sacré de la Lune, mond, né de l'abîme, la bouche, mund, mun-t, ruen^ nieiit-i, etc., l'englouti de l'Océan englou tisseur, comme le mundus dans la cave de l'équipement du mont Palatin, sous le siège primitif de l'établissement urbain (1). Car c'était là le mundus où les premiers habitants de Rome, ainsi que les Mexicains, en souvenir de la fiction relative à l'ensevelissement de Xochitl, portaient, à une Certaine époque de l'année, une provision de tous les objets servant à l'usage domestique, auxquels ils ajoutaient une motte de la terre nationale et chérie.

Toutes ces choses. Monsieur, on ne tardera pas à les comprendre, et l'Allemagne, si sincère et si ardente dans ses investigations historiques, saisira, je n'en doute pas , avec empressement , le flambeau qu'un concours heureux de circonstances me permet de mettre, le premier, entre les mains du monde savant. Toutes ces choses, je le répète, s'éclairciront, en y mettant un peu de patience et de bonne volonté. « Que l'on suive la voie de la vraie critique historique (2), qui se rend compte de l'ensemble des faits dont je viens d'indiquer la nature, et de sa correspondance intime avec l'établissement géographique et la tradition des peuples ; que l'on sache réunir la perception la plus individuelle des fables ou des mythes à l'appréciation des institutions de la vie religieuse et domestique de chaque branche de peuple, sans brouter à perpétuité la même feuille de la négation incré-

(1) Momscn, Histoire Romaine, trad. de T. de Guerle, tom. I, pag. 61.

(2) D'Eckstein, De quelques Légendes brahmaniques, etc., Oct. Nov. 1855^ pag. 31i.

dule ou de l'affirmation superstitieuse sur l'arbre d'une science inféconde, et je ne doute pas de la lumière qui pourra en résulter pour l'histoire approximative d'une des plus primitives expansions de la vieille espèce humaine? »

C'est en citant les paroles de l'illustre Danois, que j'ai interrogé si souvent durant mon travail, paroles dont la vérité et le sens profond n'échapperont à personne, que je termine cette longue lettre.

Agréez, etc.

Paris, 3 avril 1868.

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