‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 163 sur 163 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

et inquiet, il s'est lancé en mer à ta recherche, pour renoncer à toi, pour te ramener à celui que tu aimes.

MARKE

Pourquoi, Iseult, pourquoi cette défiance envers moi? Dès que m'a été clairement dévoilé ce que je n'avais pu comprendre, quel a été mon bonheur de découvrir l'innocence d'un ami ! Pour te donner pour époux un héros qui m'est si cher, je suis parti à pleines voiles : mais celui qui apporte la paix, peut-il atteindre le malheur en sa course impétueuse ? Je n'ai fait que grossir la moisson de la mort : l'erreur a accumulé les douleurs.

BRANGŒNE.

Ne nous entends-tu pas ? Iseult, ma bien-aimée ! N'entendstu pas ta servante fidèle?

ISEULT, qui regarde sans comprendre, comme étrangère à la scène, attache enfin ses yeux sur Tristan.

Gomme il sourit d'un sourire suave et doux, ses yeux s'entr' ouvrent avec grâce; voyez, amis ! Ne le voyez-vous pas ? Comme il brille d'une lumière toujours plus splendide; de plus en plus aimable, il se dresse rayonnant de l'éclat des étoiles ; voyez, amis ! ne le voyez-vous pas ? Son cœur s'enfle d'un feu généreux ; une source abondante et majestueuse bouillonne en son sein; de ses lèvres douces et charmantes s'échappe un souffle insensible : voyez, amis, ne le voyez, ne le sentez-vous pas ? Suis-je donc seule à entendre cette mélodie étrange et mystérieuse, délicieusement plaintive, pleine d'un sens infini, douce-

ment consolante, qui, résonnant du fond de son être, m'emporte avec elie, me pénètre et fait retentir autour de moi ses charmants échos ? Ces sons plus clairs qui roulent à mes oreilles, sont-ce les molles vagues des airs? sont-ce des flots d'exquises vapeurs? Elles s'enflent, elles bruissent autour de moi : faut-il respirer ? faut il prêter l'oreille? faut- il m'abreuver, me plonger, me noyer doucement dans ces vapeurs? Dans les grandes ondes de l'océan de délices, dans la sonore harmonie des vagues de parfums, dans l'haleine infinie de l'âme universelle, se perdre, s'abîmer sans conscience, suprême volupté !

(iseult, comme transfigurée, tombe doucement, entre les bras de Brangcene, sur le cadavre de Tristan. — Étonnement et émotion profonde parmi les spectateurs. Marke bénit les cadavres. — Le rideau s'abaisse lentement.)

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