‹ Quatre poèmes d'opéras traduits en prose françaiseChapitre 35 sur 163 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

s'élève, flamboie et brille pour toi seule. Oui, contre tout l'univers je veux sans crainte être désormais ton vaillant champion. Mais il faut que je retourne dans le monde terrestre ; près de toi, je ne puis être qu'un esclave ; mais j'aspire à la liberté, la soif m'est venue, la soif de liberté. Je veux affronter combat et lutte, dût la mort, dût la défaite m'y attendre : c'est pourquoi il faut fuir ton empire, ô reine. 0 déesse! laisse-moi partir!

VÉNUS, dans une violente colère.

Pars donc, insensé* pars donc ! Va, traître , je ne te retiens plus. Tu es libre, pars, pars, que le destin, que tu demandes, te soit accordé. Retourne parmi les hommes au cœur froid ; leurs vaines , folles et lugubres croyances ont fait fuir les dieux de la joie jusque dans le sein profond et chaud de la terre. Pars , homme aveugle , cherche ton salut , cherche-le sans le trouver jamais! Ceux que tu as combattus , que tu as vaincus , qui ont subijes éclats outrageants de ton orgueil, va les supplier, eux, l'objet de ta dérision ; dans ces lieux témoins de tes mépris , va implorer la faveur! Ta misère et ton opprobre fleuriront alors; exilé, maudit, tu traîneras après toi les dédains ; je te vois approcher, brisé , foulé aux pieds , couvert de poussière, le front humilié. « Oh! si tu la retrouvais, celle qui te riait naguère; oh! » si se rouvraient devant toi les portes de ses splendeurs ! » Le voici gisant devant le seuil, où jadis coulaient pour lui les flots de la joie : il supplie, le compagnon d'autrefois , il mendie , non l'amour, mais la pitié. Arrière le mendiant! A jamais fermé aux esclaves, ce n'est qu'aux héros que s'ouvre mon empire !

TANNH^USER.

Mon courage t'épargnera la douleur de me joir approcher

13ft TANNHjEUSER

déshonoré ; je pars pour jamais, adieu! La déesse jamais ne me verra revenir.

VÉNUS

Quoi ! tu ne reviendrais plus à moi ! Qu'ai-je dit et quVt-il dit? Comment expliquer ces paroles, comment les comprendre? Mon bien- aimé m'abandonner pour toujours? Par quel crime Taurais-je mérité ? La déesse de la grâce se verrait ravir la joie de faire grâce à ce qu'elle aime? Moi qui jadis , d'une oreille avide, écoutais, souriant dans les larmes, 1fes fiers accents, muets trop longtemps autour de moi ! Pourrais- tu rêver que je restasse jamais insensible aux soupirs plaintifs de ton âme, élancée jusqu'à moi? La suprême consolation que j'ai trouvée dans tes bras, ne me la fais pas payer par tes dédains pour la consolation que je te réserve ! Si tu ne revenais pas, oh ! le monde serait maudit ! il ne serait plus à jamais qu'un morne désert, quand la déesse l'aurait quitté ! Reviens , reviens à moi, aie foi dans les faveurs de mon amour !

TANNILEUSER.

Qui renonce à toi, ô déesse , renonce pour jamais à toute fa* veur !

VÉNUS

N'oppose pas l'orgueil à tes désirs, s'ils viennent à te ramener à moi. '

TANNILEUSER*

Mes désirs me poussent au combat ; je ne cherche pas les délices et le plaisir. Écoute et comprends, ô déesse: mes désirs me poussent à la mort.

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