ACTE III
WOLFRAM
Parle donc, infortuné ! Raconte-moi ton voyage. Je me sens ému pour toi d'une profonde pitié.
TANNH^EUSER.
(Après avoir longtemps considéré Wolfram avec une émotion mêlée
d'étonnement.)
Que dis-tu, Wolfram? quoi! tu n'es pas mon ennemi?
WOLFRAM
Je ne le fus jamais, tant que je t'ai cru fidèle et pur! Mais, parle , n'as-tu pas fait ton pèlerinage à Rome ?
TANNH.EUSER.
Je l'ai fait ! Écoute donc, Wolfram, tu vas tout savoir.
(fl s'assied épuisé au pied de la colline. Wolfram veut s'asseoir à
côté de lui.)
Reste loin de moi ! La place où je me repose est maudite. Écoute, Wolfram, écoute moi!
(Wolfram reste debout à quelque distance de Tannlueuser.)
D'un cœur plus fervent que ne le fut jamais celui d'aucun pénitent, j'ai cherché le chemin de Rome. Un ange avait, hélas ! déraciné de ce cœur présomptueux l'orgueil du crime ! Je voulais l'expier, cet orgueil, dans l'humilité, implorer le salut qui m'était refusé, pour adoucir à cet ange l'amertume des larmes qu'il versait naguère pour moi, pécheur! Le chemin que prenait à côté de moi le plus contrit des pèlerins, ce chemin me parais-
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sait trop aisé : quand il foulait le doux gazon des prairies, jo cherchais, pour y poser mon pied nu, les pierres et les ronces; quand il désaltérait ses lèvres à la source, je ne buvais qu'aux flots ardents du soleil ; quand il adressait pieusement au ciel ses prières, moi je versais mon sang à la gloire du Très-Haut ; tandis que l'hospice abritait les voyageurs, j'étendais mes membres sur la neige et la glace : l'œil fermé au spectacle de ses merveilles, j'ai parcouru comme un aveugle les plaines charmantes de l'Italie ; je l'ai fait, car je voulais, contrit et brisé, m'anéantir par la péniience pour adoucir les larmes de mon bon ange ! J'arrivai à Rome près du Saint-Siège, je me prosternai en prière au seuil du sanctuaire ; le jour se leva : les cloches retentirent, des chants célestes résonnèrent jusqu'ici-bas ; le monde, dans la ferveur de sa joie, bondit d'allégresse, car la grâce et le salut étaient promis à la foule. Je le vis, celui par qui Dieu se proclame; tous les fidèles se courbèrent devant lui dans la poussière ; je le vis donner à des milliers de pécheurs leur pardon, commander à des milliers de se relever absous et joyeux. Puis je m'approchai ; la tête inclinée jusqu'à terre, je m'accusai, en frappant ma poitrine, des criminelles voluptés qui avaient séduit mes sens, du désir que nulle mortification n'avait encore apaisé; je l'implorai, je lui demandai de me délivrer de ces liens brûlants, percé jusqu'à l'âme d'une douleur poignante ; et celui que j'invoquais ainsi me dit Si tu as partagé ces voluptés criminelles, si tu as enflammé ton cœur au feu de l'enfer, si tu es resté au Venusberg, c'en est fait, tu es damné poi,r jamais. De même que cette crosse dans ma main ne se parera plus d'une fraîche verdure, ainsi jamais tu ne verras dans la fournaise infernale refleurir pour toi la délivrance. A ces mots, je tombai sur le sol, anéanti, privé de pensée et de sentiment. Lorsque je