‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 152 sur 396 · Lettre à Vergniaud · texte numérisé non relu

Lettre à Vergniaud

l56 LES INSTITUTIONS

lui qu'est due en partie la physionomie si curieuse de cette première exposition révolutionnaire. Elle avait été l'objet d'espérances exaltées. Dans les journaux on perçoit cette idée, obstinée, que la liberté, non seulement va favoriser le génie, mais le donner. Le jury ne refuse que deux tableaux... de sculpteurs, et admet 79/i œuvres, exposées par 258 artistes, dont 190 non académiciens. Après l'ouverture, parmi des illusions tombées, quelques nouveautés restent : David et l'esthétique davidienne triomphent sous les auspices de son ami, qui voit dans le succès de Bru tus, de la Mort de Socrate, des Horaces et du Dessin du Jeu de Paume, la consécration de son propre idéal, celui-là même qu'il exposait incidemment dans les Considérations. Mais la liberté a aussi ses dangers : si elle permet l'avènement de talents nouveaux, Prudhon. Taunay, Demarne, Boilly, Swebach, Isabey, elle consacre officiellement des genres qui resteront suspects à l'esthétique classique : le paysage à la flamande, le portrait\ les scènes domestiques ou mihtaires. les fruits et les fleurs. Et cette juxtaposition d'œuvres deviendra bientôt une course à l'efPet. Mais Quatremère ne voit pas encore aussi loin. Pour appeler en plus grand nombre au salon, non seulement ceux qui font l'art, mais ceux qui en jouissent, le (( Commissaire du Département pour l'exposition » annonce à l'Assemblée électorale que les électeurs pourront visiter le salon avant l'ouverture, enexhibantausuisseleur carte d'électeur ^ L'Assemblée lui vote des remerciements. Il garda toujours dans ses papiers ce souvenir de l'époque 011, partisan de l'art à tous et pour tous, il aidait l'éducation du peuple de Paris par la beauté que crée l'élite \

Il fallait renverser un autre privilège de la noblesse acadé-

1. « Ouvrages de peintures, sculptures et architectures, gravures... exposés au Louvre par ordre de l'Assemblée nationale en septembre ijgi, l'an III de la Libertés, Paris, 1791: Cf. aussi Tourneux, Bibliographie de l'Histoire de Paris, t. III, notice préliminaire.

2. Extrait des registres de l'Assemblée électorale, 26 septembre 1791.

3. Bibliolh. Institut, Mss. NS, t. XLI, 4/43. — Il fallut, dès l'an VI, rétablir le jury d'admission. En l'an VIII, David et Julien en font partie, comme Quatremère lui-même sous la Restauration I

LES PREMIÈRES CAMPAGNES (179I-1816) ib']

mique : le droit exclusif de prétendre aux encouragements et réconnpenses que le Roi payait jusqu'ici, que la Nation désormais va répartir. Déjà, au sujet de la quotité, c'est Quatremère qui avait inspiré le décret de la Constituante du 17 septembre 1771 \ Il s'agit maintenant de savoir qui va décerner les prix aux exposants du salon de 1791, le premier libre, et le premier de l'ère de la liberté. Les Académiciens .^^ ils vont se réserver tout. Les agréés, la foule des artistes. ^^ C'est alors le suffrage universel, qui exercera de basses vengeances.

Quatremère, qui ne veut ni la mort de l'Académie, ni le maintien de son despotisme, cest-à-dire, en art, ni tradition scolastique ni médiocrité révolutionnaire, mena durant un an une énergique campagne pour le jury mixte. L'idée avait trouvé dans les « Considérations » une ébauche d'organisation\ La Constituante l'avait rendue effective pour le salon de la même année; mais elle avait fait place à la Législative. Il fallait recommencer \ d'autant plus que les académiciens précipitaient leurs intrigues. Le 19 octobre\ Quatremère plaide devant l'Assemblée la cause des artistes pétitionnaires, demande l'urgence, obtient l'ajournement des récompenses, et se fViit nommer rapporteur par le Comité d'Instruction publique, auquel il soumet les 2 et 3 novembre un projet de décret : le jury des récompenses comprendrait vingt juges élus par l'Académie dans son sein, et vingt élus par les autres artistes ayant exposé au Louvre '. En dépit des efforts des académiciens, le Comité adopte son projet. Il le lit devant la Législative^ Ajourné, il est repris et présenté à nouveau avec quelques modifications par Romme, avec

1. Considérations, p. i/i5-i55. Le décret accordait looooo livres.

2. P. i44 sqq : il ne proposait que 8 juges, /j académiciens, /^ non académiciens, et les noms devaient être affichés.

3. Pour la suite de la campagne voir Guillaume, Proc.-i;er6. du comité d'Instr. publiq. de la Législative, p. 2, 9, ii-i5, 38.

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