‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 369 sur 396 · Moniteur, il\ déc · texte numérisé non relu

Moniteur, il\ déc

[lo6 QUATREMERE ET LES ARTISTES

ture militaire le peintre le plus proche de la grâce canovienne. Pour Guérin il a eu la sollicitude qu'on a pour un artiste exquis et malade ^ : leur correspondance Paris-Rome est pleine des témoignages de (( l'inaltérable attachement » de l'un, du dévouement et de l'amitié de l'autre, « vouée pour la vie )). Satisfait de sa direction de la villa, il reçoit de lui d'autre part des éloges et des remerciements pour le Raphaël. Chose rare ! il se permet en sa faveur, à la fin d'une lettre administative, un post-scriptum tout familier et personnel^ ! La séduction du peintre de Didon, de cet art tout de réininiscences antiques et très féminin, s'est jointe à la pitié qu'inspire la maladie pour vaincre sa froideur. Enfin, dans le salon de Gérard, véritable institution de 1816 à i838, il vient le mercredi installer son influence entre des hôtes comme Ingres et Delacroix^ !

En dehors des Davidiens laissons Landon, le peintre de la froide Léda du Louvre, qui fait si grand cas de Quatremère comme (( artiste distingué » et se l'adjoint pour la Description de Paris', Révoil, qui l'assure, un peu officiellement peut-être, de (( la très haute estime qu'il a depuis longtemps pour son savoir' » ; laissons le chœur des peintres orthodoxes et officiels de la Restauration, Abel dePujol, qu'il a beaucoup goûté etpatronné près des pouvoirs publics", comme Vinchon, Guillemot et Blondel, pour la décoration des Eglises de Paris ; laissons encore les quasi-indépendants comme Heim ^ qui enlève son croquis en 1825, puis peint en 1827 son portrait dans le tableau des Récompenses du Salon de 1824 \ J.-P. Boilly, qui n'oublie pas son effigie (1820) dans la Galerie lithographiée des membres de l'Institut et embourgeoise un

1. Lettre de Quatremère à Lemonnier, i3 juin 1828; à Guérin, 11 sept. 1828, 19 juin 182/i (Arch. Acad. B.-A.).

2. Lettre du g oct. 182^, et celle du 28 oct. 1826 (Arch. Villa Méd.).

3. Notice de Ad. Viollet-le-Duc en tête de la Correspondance de Fr. Gérard. /j. Lors de sa nomination de membre correspondant (lettre du 26 août 1825,

Arch. Acad. B.-A.).

5. Cf. ses remerciements, lettre du 8 juin 1826 (Arch. Acad, B.-A.).

6. D'ailleurs peintre attitré des Bourbons et très aimé du monde officiel (cf. Gaz. des Beaux-Arts, 3«^ série, vol. XVI).

peu son air de grandeur triste. Laissons enfin le demi-romantique Paul Dclaroche qui, reçu à l'Académie sous son secrétariat, dessine à la plume après i832 la figure doctrinale du secrétaire perpétuel en séance.

Il n'y a plus lieu d'insister sur ses rapports avec Horace Vernet; l'histoire de leur correspondance à propos de la direction de la Villa Médicis en donne l'essentiel. Elle nous a révélé une opposition catégorique de nature, d'éducation et de principes ; c'est la règle contre le tempérament. Au salon de 1822, pendant que le secrétaire perpétuel prépare V Imitation, catéchisme de l'esthétique idéaliste, fondée sur l'art antique et le platonisme, on voit 1' « Atelier d'HoraceVernet » : des rapins coiffent d'un shako le buste d'Antinous ; une chèvre, un chat, un singe, une perruque, un cheval blanc, une gazelle et un bouledogue, peuplent avec les artistes l'officine de cet étrange Apelle. Il n'en est que plus piquant de constater qu'au moins deux fois Vernet, dans un effort ingénu vers le RaphaéUsme académique, s'inspire de lui ou plutôt lui emprunte : son Jules II examinant les plans de Saint-Pierre que lui présente Bramante, peint en 1826 à une voûte du Musée de Charles X au Louvre, met déjà en opposition ' Raphaël et Michel-Ange dans l'esprit oli venait de le faire Quatremère dans son « Raphaël » avidement lu de tous. Le livre avait ravivé la vieille querelle; les purs classiques tiennent pour « le divin » Raphaël, comme le secrétaire perpétuel, et Vernet candidat épouse leurs rancunes; Gustave Planche s'en attriste. Sept ans plus tard, Vernet, remis en veine de Raphaélisme par le séjour de Rome, reprend sur place le livre devenu classique et en tire le sujet de son tableau, Raphaël au Vatican (Sal. i833). Au miheu de la cour Saint- Damase, l'Urbinate, beau comme un jeune dieu, paré et drapé avec emphase, dessine une Madone d'après une contadine ; les assistants sont dans l'attitude de fidèles devant qui s'accomplit le saint mystère ; le Pontife s'est arrêté, un doigt sur la bouche, pour commander le silence de bon augure ;

I. Gî. l'admiration de Jal pour la figure de Haphacl (.Sa/on de 182J, p. 223).

5o8 QUATREMÈRE ET LES ARTISTES

Michel- Ange, dans le coin de gauche, « espèce de diable de la Porte Saint-Martin employé à des déménagements en ville' », va cacher sa jalousie. Jules II, Raphaël. M. -Ange, Vinci, cardinaux, Vatican..., c'est une synthèse de la (( Renaissance! )), et prise à Quatremère". Vernet, envoyant son tableau plus raphaélesque que RaphaëP, écrit à Forbin de faire mettre sur le livret du Salon « la note qui se trouve dans la Vie de Raphaël de Quatremère de Quincy ^ ». Cette lois Gustave Planche se fâche tout net\ Du reste, la querelle d'an tan s'était apaisée ; dès 1 83o Quatremère écrivait à Vernet qu'il formait des souhaits « pour la continuation de ses intéressants travaux » ; la courtoisie voilait l'hostilité latente des doctrines.

De Vernet à Ingres, c'est passer de l'orage à l'harmonie d'une longue amitié, faite d'estime entre les caractères, d'admiration pour les œuvres, et de foi dansles mêmes principes. Ce n'est pas que Quatremère n'ait, pour les audaces du néo-primitif, partagé les sévérités de l'Ecole classique : qui donc, si ce n'est Ingres, est visé en 1817 comme imitant l'ancien, « le style suranné des premières écoles \^ » Mais Ingres s'italianise depuis 1806, son dessin est renommé \ la protection de Pastoret, grand ami de Quatremère lui a fait obtenir en 1820 la commande du Vœu de Louis XHI ; au salon de 1822, le portrait du même Pastoret intéresse au peintre tous les familiers du modèle. N'oublions pas que Pas-

I. Ch. Normand, Les Artistes Contemporains, i833. 3. Edit. de i835, p. 339.

3. Delécluze (p. 211), VArtiste (i834, t- VI, p. 39), constatent, avec tout le public, que Vernet « n'est à Rome que le Préfet de l'Institut », et fait tout pour s'élever au grand style.

4. Lettre d'avril i832 (Congres des Sociétés Savantes. 1906, p, 457).

5. Salon de i833 (dans VArtiste, i833, vol. V, p. 95, et dans les Etudes sur l'École française, p. 195). — Cette année i833, Vernet, directeur de la Villa Médicis, est présent à toutes les fouilles exécutées au Panthéon pour exhumer les restes de Raphaël, et fait sur ce sujet une lithographie perdue. Evidemment, il s'est cru raphaélien, jusqu'en i834.

Page 1