‹ Quatremère de Quincy et son intervention dans les artsChapitre 53 sur 396 · Lettre citée, dans le Moniteur du i3 avril · texte numérisé non relu

Lettre citée, dans le Moniteur du i3 avril

cloître de l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève. Indigné, il écrit au directoire ' pour prévenir cette honte, exprime le souhait que la Convention lui accorde une sépulture « dans lédifice dont il fut le créateur », et sollicite l'autorisation, qui lui est donnée, de faire déposer ses restes dans une des chapelles fermées de la vieille église Sainte-Geneviève, oii ils seraient en sûreté. Il a donc sauvé « les reliques » d'un des grands artistes du xviii*' siècle, disciples de 1 antique, et réclamé *le premier leur transfert au Panthéon, où il les vit en elTet revenir en 1829 pour être déposés en face du cénotaphe de Voltaire, dans un tombeau à fronton triangulaire et acrotères.

A-t-il aidé David dans la conception et le dessin du char qui transféra au Panthéon, le 11 juillet 1791, les restes de Voltaire, en un cortège gréco-romain"? Aucun document ne le dit, mais bien des coïncidences le laissent supposer : le dépôt de son rapport et projet de décret pour la transformation de Sainte-Geneviève est delà même époque, du milieu de juillet, et pour hâter cette mesure il invoque les dernières cérémonies qui commencent à peupler 1 édifice ; c'est aussi l'époque de leur plus étroite amitié et de leur plus active complicité dans la lutte contre les anciennes académies. Toujours est-il qu'il a pour ce char, qu'il garde sous le péristyle, une vive sollicitude. Le directoire du département craint qu'il ne gêne les travaux? Pareille idée scandalise Quatremère : « Tout ce quia contribué à donner de la pompe et de la grandeur aux honneurs décernés à ce grand homme doit rester en dépôt près de ses cendres ^ » Il prend des mesures pour la conservation de ce chef-d'œuvre d'inspiration néo-antique, le prête à contre-cœur pour la fête donnée aux Suisses de Châteauvieux, et, comme les organisateurs

1. Lettre du i3 nivùso an II (.irch. Nation., F*3 3333^ ire liassc/n«s 4^3 et 445).

2. Cf. l'estampe de Lagrenée fils, gravée par Migcr, déjà citée, et les Tableaux historiques de la Révolution, t. I, p. 220.

3. Lettre au département de Paris, ic février 1792 (Arch. Nat., F'=^ 333'', 1^^ liasse).

lardent à le restituer, exige qu'ils le fassent reconduire au Panthéon (( dans les quarante-huit heures ' ». Rien de plus naturel : le char de David et la sculpture de Sainte-Geneviève appartiennent à la même esthétique : les candélabres à l'antique, le feu sacré, les bas-reliefs simulés sur les côtés du sarcophage, la Victoire qui se penche sur le héros défunt..., sont des lieux communs que le commissaire du département va prodiguer sur les parois de l'édifice ^

Mais ce qui nous autorise à croire que Quatremère a au moins connu de fort près le travail de son ami, c'est leur collaboration dans la cérémonie funèbre en l'honneur de Simonneau, le 3 juin 1792. Cette fois il dicte l'esprit, et indirectement organise l'ensemble et les détails. David, Roland, Molinos, Legrand, ne sont que les interprètes de sa pensée. C'était comme commissaire à l'Instruction publique près le directoire du département qu'il dirigeait les travaux du Panthéon, c'est comme commissaire à l'Instruction publique près la Législative qu'il est chargé, en mai 1792 ^ du rapport et du projet de décret relatifs la cérémonie ; le 9 il le présente au comité, qui l'adopte, le 12 il reçoit mandat de le lire à l'Assemblée, qui le vote et ordonne l'impression '^. Le grand principe, à ses yeux, c'est l'instruction publique: i( les cérémonies civiques sont la leçon de tous les hommes et de tous les âges...; les fêtes périodiques, à des époques consacrées par de grands événements, sont les plus forts instruments qu'on puisse employer pour les porter à l'imitation et à l'amour de tout ce qui est beau ». L'art qu'elles mettront en scène sera donc un sermon laïque, sensible aux yeux,

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