Procès-verbaux du Comité, p
56 l' INTERVENTION DANS LES OEUVI1ES
la Liberté, en l'honneur des Suisses de Châteauvieux, il tient à ce que la garde nationale, chargée de faire respecter la loi, y assiste * ; et voilà que, pour des raisons politiques, les uaiformes, que son esthétique intransigeante condamne, voisineront avec la tunique de l'esclave et la toge du quirite. Il propose à la Législative comme lieu de la cérémonie le champ de la Fédération, mais c'est au Panthéon, chez lui, pouvonsnous dire, que seront suspendus sous la coupole « l'écharpe municipale de ce vertueux magistrat » et le bas-relief qui éternisera sa mort.
Le 20 mai, il a l'occasion de donner à l'Assemblée un avant-goût de la cérémonie qui sera son œuvre. Mme de Gouges et trois autres dames, admises à la barre, demandent place dans le cortège : a à l'exemple des dames romaines, les dames françaises veulent donner aux héros français les couronnes que leur décernera la Patrie ». Il demande le renvoi de la pétition au pouvoir exécutif, sachant bien que celuici donnera plein pouvoir au directoire du département, et la mention honorable, au procès-verbal, de l'adresse des citoyennes^: l'Assemblée les lui accorde. On devine qu'à ses yeux cet épisode sera dans la cérémonie ce que doit être au Panthéon le bas-relief de Lorta\ les citoyennes apportant leurs bijoux sur l'autel de la Patrie : deux scènes antiques d'offrande, deux réminiscences de Tite-Live.
Il s'était défendu, au nom du Comité, d'intervenir dans le plan ou les détails de la cérémonie du 3 juin, pour laisser libres les organisateurs ; mais c'est le directoire du département, 011 il est très consulté, qui en dispose, et les organisateurs que nomme le directoire sont Molinos et Legrand, étroitement unis de pensée et de goût avec lui, et qui se préoccupent de conformer le caractère du cortège à l'esprit qu il
1. Il reprend même la parole contre ceux qui proposent d'enlever à la cérémonie tout caractère militaire (Arch. Parlement., i""^ série, t. 43, p. 270).