‹ QuatrevingttreizeChapitre 17 sur 45 · ÉCHAPPE-T-IL · texte numérisé non relu

ÉCHAPPE-T-IL

de la.canonnade commençaient à décroître, à cause de la distance qui augmentait ; mais, à la continuité des détonations, on pouvait comprendre que la corvette tenait bon et qu’elle voulait épuiser, jusqu’à la dernière,* ses cent quatre-vingt-onze bordées. Bientôt le canot se trouva dans une eau libre, hors de l’écueil, hors de la bataille, hors de la portée des projectiles.

Peu à peu le modelé de la mer devenait moins sombre, les luisants brusquement noyés de noirceurs s’élargissaient, les écumes compliquées se brisaient en jets de lumière, des blancheurs flottaient sur les méplats des vagues. Le jour parut.

Le canot était hors de l’atteinte de l’ennemi ; mais le plus difficile restait à faire. Le canot était sauvé de la mitraille, mais non du naufrage. Il était en haute mer, coque imperceptible, sans pont, sans voile, sans mât, sans boussole, n’ayant de ressource que la rame, en présence de l’océan et de l’ouragan, atome à la merci des colosses.

Alors, dans cette immensité, dans cette solitude, levant sa face que blêmissait le matin, l’homme

Qt’ AT REVINGT-TREIZE.

qui était à l’avant du canot regarda üi^ement l’homme qui était à l’arrière et lui dit :

— Je suis le frère de celui que vous avez fait fusiller.

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