‹ QuatrevingttreizeChapitre 22 sur 45 · TELLMARCH · texte numérisé non relu

TELLMARCH

Le haut de la dune

Le vieillard laissa disparaître Halnialo, puis serra son manteau de mer autour de lui, et se mit en marche. Il cheminait à pas lents, pensif. Il se dirigeait vers Huisnes pendant que Halmalo s’en allait vers Beauvoir.

Derrière lui se dressait, énorme triangle noir, avec sa tiare de cathédrale et sa cuirasse de forteresse, avec ses deux grosses tours du levant, l’une ronde, l’autre carrée, qui aident la montagne à porter le poids de l’église et du village, le mont Saint-Michel , qui est à l’océan ce que Chéops est au désert.

Les sables mouvants de la baie du mont Saint- Michel déplacent insensiblement leurs dunes. Il y avait à cette époque entre Huisnes et Ardevon une dune très-haute, effacée aujourd’hui. Celle dune, qu’un coup d’équinoxe a nivelée, avait cette rareté d’étre ancienne et de porter à son sommet une pierre milliaire érigée au iir siècle en commémoration du concile tenu à Avranches contre les assassins de saint Thomas de Cantorbéry. Du haut de cette dune on découvrait tout le pays, et l’on pouvait s’orienter.

Le vieillard marcha vers cetle dune et y monta.

Quand il fut sur le sommet, il s’adossa à la pierre milliaire, s’assit sur une des quatre bornes qui en marquaient les angles, et se mit à examiner l’espèce de carte de géographie qu’il avait sous les pieds. 11 semblait chercher une roule dans un pays d’ailleurs connu. Dans ce vaste paysage, trouble à cause du crépuscule, il n’y avait de précis -que l’horizon, noir sur le ciel blanc.

On y apercevait les groupes de toits de onze • bourgs et villages; on distinguait à plusieurs

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