ACTE IV, SCÈNE IX
ALEXANDRE
Oui. G-'est pourquoi j'ai fait dird à mon cocher do les promener pendant une heure pour les tenir en haleine.
AMÉLIE, à part.
Mon Dieu ! va-t-il rester une heure ?
ALEXANDRE
Une heure î C'est bien peu pour tout ce que j'ai à vous dire- Mais je Bi'efforcerai d'être bref et de fiiire entrer beaucoup de sens dans peu de mots.
AMÉLIE
La concision est un mérite rare aujourd'hui. On ne sait plus faire de romans en un volume.
ALEXANDRE
Vous lisez beaucoup, madame ?
AMÉLIE
Je dévore, monsieur.
ALEXANDRE, à part.
C'est une femme littéraire. Soyons nébuleux. (Haut.) Je suis donc enfin parvenu au terme de mes plus brûlantes aspirations ! Vous m'avez reçu, madame, admis dans votre précieuse intimité, je suis chez vous en ce moment !
AMÉLIE
Je le crois, monsiciu:.
,.* ALEXANDRE
J'ai bien longtemps envié cette faveur. Mais, en véritable égoïste, Hermaniï craignait de partager avec d'autres le bonheur de vous voir et de vous admirer. ^
AMÉLIE
Oh ! oh ! La jolie phrase ! Vous me gâtez, monsiem* Legrand.
ALEXANDRE, à part. '
Elle m'encourage! Abordons la question. (Haut.) Madame, vous êtes, à mon sentiment, la plus jolie femme de Paris.
AMÉLIE
Je vous suis fort obligée de la bonne opinion que vous avez de moi.
AI ' XANDRE^ s'animaDt.
Je suis naïf, moi , madame , je dis les choses comme je les sens, et ne vais point par quatre chemins. Ayant appris qu^Hermann doit se marier...
AMÉLIE
Ah ! vous ^vez appris cela?
ALEXANDRE
Ne m^en parlez pas, c^est une horreur.
AMÉLIE
Comment!...
ALEXANDRE
Hermann est un faux frère, un traître au célibat ; il a manqué à tous ses engagements , aux engagements les plus sacrés. Se marier ! Quelle fin bourgeoise !
« AMÉLIE
Et vous connaissez sans doute la femme qu'il épouse?
ALEXANDRE
Certainement. 11 ne me Ta pas dit, mais je Tai deviné tout de suite. C'est cette petite jeune fille, deux cent cinquante mille francs, la sœur de son ami Félicien Rimbaut.
AMÉLIE
Quoi!...
ALEXANDRE
Vous rignoriez? Il en est amoureux fou. (Amébe tressaille; puis se calme tout à coup et se lère.) J'en ai été indigné. Certes, vous ne méritiez point une pareille injure. 11 a pcSoM. tous ses droits à vdlre affection, et, si je n'étais pas son plus Sièil ami, je le lui
aurais dit moi-même, (voyant qu'Amélie reste froide et muette.) Mais
vous auriez tort, chère comtesse, de prendre la chose à cœur et de vous désoler. Vous trouverez assez de vengeurs. Quant à moi, rien ne me coûterait pour punir l'ingrat et sécher les pleurs de la victime. Si elle aimait les voyages, je m'attellerais à son char et la conduirais à Constantinople, à Jérusalem, en Amérique. Si elle préférait demeurer à Paris, je lui consacrerais toutes les heures, que dis-je? tous les instants de ma vie. J^ai plus de cent mille livres de rente, des terres magnitiques; je suis garçon, je ne me marierai jamais, et je vous aime, madame, avec