ACTE l, SCÈNE III
MADAME BLONDE AU
Qu'est-ce que tu as vu?
DANIEL
J'étais monté sur un arbre du bois, derrière le parc. Tout à coup je vois madame sortir du pavillon, donnant le brasjt un beau monsieur que j'ai bien reconnu et qui se nomme..,
MADAME BLONDE AU
Prends garde, malheureux!
DANIEL
Ils se sont promenés dans le parc, et ils se parlaient de si près, de si près, que personne n'en aurait pu rien entendre. Je vous demande si j'ai entendu quelque chose, perché comme j'étais ! Cependant elle le conduit jusqu'à la petite porte, et là je crois qu'il va filer. Ah! bien, oui! Ils se remettent à causer de plus belle. Ils y seraient encore, je pense, car leur conversation semblait furieusement intéressante. Enfin l'ennui me prend, je siffle un air. Madame se rejette en dedans, le monsieur l'embrasse sur le front, et crac, il saute sur son cheval qu'il avait attaché au pied d'un arbre. Madame court, monte quatre à quatre les marches du perron : « Hermann! Hermann! » Elle agite son mouchoir; lui, part au galop. Et voilà, ma tante, voilà ce qu'on apprend à voir lever l'aurore et les petits oiseaux.
MADAME BLONDE AU
Malheureux ! C'est ainsi que tu me récompenses de mes bontés pour toi? Va, tu n'es qu'un espion et un ingrat.
DANIEL
Oui, c'est bon, faites-moi de la morale : je pourrai bien vous en faire à mon tour. Osez-vous bien, vous qui êtes une femme respectable, à votre âge, vous, ma tante Blondeau, favoriser de pareilles intrigues ?
MADAME BLONDEAU, à part.
C'est vrai.
DANIEL
Et me donner un si mauvais exemple !
MADAB1E BLONDE AU, de même.
C'est vrai.
DANIEL
A moi le fils de votre propre sœur !
MADAME BLONDE AU
Ah!
DANIEL
A moi à qui vous servez de mère !
MADAME BLONDEAU, presque en pleurant, et à vois, basse.
Pardonne-moi, mon bon Daniel, pardonne-moi.
DANIEL
Vous pardonner, ma tante? Jamais. Je sortirai de cette maison oui, j'en sortirai, si on ne me donne pas d'augmentation.
MADAME BLONDEAU, en colère.
Et moi qui avais la bonhomie de m'attendrtrl Va-t'en, vaurien, pour la dernière fois, va-t'en! Mais non, écoute, Daniel, écoute, mon garçon. Ma pauvre maîtresse est assez malheureuse. N'aie jamais l'air de rien savoir. Moi-même je n'en sais pas plus que toi, elle ne m'a rien dit; niais elle est si bonne! Ne lui demande pas d'augmentation, ce qui pourrait faire croire que tu as découvert quelque chose. Tiens, voilà cinq francs. Tu en auras davantage. Chut, et retire-toi.
DANIEL
Ah! ma tante Blondeau, vous êtes la perle des tantes. Ma pauvre mère avait bien raison de dire qu'on gagne toujours quelque chose à se lever de bonne heure.
MADAME BLONDEAU
Pas un mot surtout, pas un mot.
DANIEL
Suffit, ma tante. J'ai de quoi me taire.