SCÈNE PREMIÈRE
DANIEL, puis MADAME BLONDEAU.
DANIEL, assis.
On a beau dire, c'est fatigant d'être domestique. II me faut tous les matins épousseter tous les petits brimborions de madame. A la campagne, au moins, nous n'avions pas nos étagères. Aussi, j'en reviens toujours à ce que j'ai dit à ma tante : je ne suis pas assez payé, je demanderai encore de l'augmentation.
MADAME BLONDEAU
Eh bien ! paresseux, voilà comme tu fais ton salon?
DANIEL
J'ai travaillé, ma tante, je me repose.
MADAME BLONDEAU
Fainéant, bon à rien, c'est donc à moi de faire ta besogne? (Elle range les meubles.) Maintenant que nous sommes de retour à Paris, je ne souffrirai plus toutes tes paresses, je t'en préviens.
DANIEL
Comme vous êtes dure au pauvre monde ! Vous croyez donc que j'ai laissé mes yeux à Meudon et que je ne vois rien ici?
MADAME BLONDE AU, rangeant toujours.
Que vois-tu, que vois-tu, mauvais sujet?
DANIEL, toujours assis.
Je vois que madame ne se marie pas.
MADAME BLONDEAU
Le mariage est différé.
DANIEL
Dites qu'il est manqué.
MADAME BLONDEAU
Tu mens !
DANIEL
Nous en causions l'autre soir avec mademoiselle Julie, et si j'avais voulu raconter ce que je sais...
MADAME BLONDEAU, courant à lui.
Daniel, vous m'avez promis de vous taire.
DANIEL
Vous m'avez promis autre chose, ma tante.
MADAME BLONDEAU
On t'a augmenté de cent francs.
DANIEL
Qu'est-ce que cent francs ?
MADAME BLONDEAU, tirant sa bourse.
Tiens, voilà une pièce blanche.
DANIEL
Ah! ma tante Blondeau !