SCÈNE VI
MADAME BLONDEAU, AMÉLIE
Madame Blondeau porte un thé complet et un gros bouquet qu'elle tient comme elle peut.
AMELIE, courant à elle et la débarrassant du bouquet.
Pourquoi te charger ainsi? N'as-tu pas ton neveu pour t'aider?
MADAME BLONDEAU
Non, c'est un trop vilain garnement.
AMÉLIE
De qui sont ces fleurs?
De ce prince étranger, votre voisin.
AMÉLIE
Ah! de mon Moldave. Qu'elles sont belles! Il a été sans pitié, il les a toutes moissonnées pour moi. Donne-moi un vase. (Madame Blondeau va pour prendre un des vases de la cheminée.) Non, pas celui-ci. Mon vase favori, mon cher vase! (Elle indique celui qui est sur une des consoles du fond, dépose les fleurs sur la table à droite, et prenant le vase des mains de madame Blondeau. ) Je crains toujours qu'on ne le casse. Ce vase est un héritage, vois-tu, un triste héritage! Recommande-le bien à ton neveu. Je serais au désespoir, si on me le cassait. (Arrangeant les fleurs.) Quelle odeur exquise! Tu ne sais pas, ma bonne, ce bel étranger est amoureux de moi. Il m'a fait, ce printemps, dans un bal, une déclaration en forme. Je lui ai dit quej'étaistropheureuse d'être veuve pour songer jamais... Comme on ment, ma pauvre fille! J'avais les yeux fixés sur Hermann en répondant cela. — Il s'est trouvé, par miracle, mon voisin de campagne. Il m'a fait demander la permission de me présenter ses hommages; je lui ai fait répondre que je ne recevais per-