‹ Que dira le monde? Comédie en cinq acts en proseChapitre 94 sur 128 · ACTE IV, SCÈNE XL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XL

cœur. Amélie, je vous aime assez pour vous épouser encore après l'aveu d'une faiblesse antérieure à notre liaison. Mais dites-moi, dites-moi la vérité.

AMÉLIE

Ah! j'ai pitié de vous. Vous me feriez rire si je n'avais envie de pleurer. Lord Nelvil, mon amant! Écoutez-moi donc. Un jour, me trouvant seule (ce n'est rien d'entendre un Anglais écorcher le français devant vingt personnes, mais en tête-à-tête!), il entama, lui aussi, sa déclaration. Je partis d'un fou rire... Il se tua de désespoir, et je fus cause de sa mort.

HERMANN

Ah! c'est à genoux que j'implore mon pardon! Regarde-moi, que je le lise dans tes yeux! Ah! que je t'aime, et de quel poids tu me délivres! Comme je respire à présent! Il suffisait d'un mot, tu le vois bien. Que ne l'as-tu dit plus tôt? Je m'explique tout maintenant, il ne me reste plus aucun soupçon, tu es belle et pure comme les anges, et...

Qu'y a-t-il encore? Que regardez-vous? {Suivant la direction de ses yeux.) Cette lettre... C'est d'un de vos rivaux? Ah! si l'on ne vous aimait... (Lui donnant l'invitation de Félicien.) Lisez.

HERMANN, après avoir regardé la lettre.

Ah! je suis indigne de toi. Mais cette folle jalousie te prouve tout mon amour. Eh bien! je le jure ici, oui, j'en prends envers toi l'engagement solennel, c'est à ce bal, c'est dans l'éclat de cette fête que je veux leur annoncer notre mariage. Ah! je voudrais que ce fût ce soir. Il me tarde de les braver tous en face, de les insulter de ma joie, de m'enorgueillir à leurs yeux de ton amour, de leur dire à tous enfin : voilà, voilà ma femme!

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