‹ Que Suzanne n'en sache rien; comédie en trois actesChapitre 9 sur 38 · SCÈNE Vil FLINGAULT, MAUBERT · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil FLINGAULT, MAUBERT

HAUBERT, amer.

Ilein? quelle belle chose que la reconnaissance!... Dévouez-vous donc!

FLINGAULT, sec.

Elle a raison, cette fille, tu lui fais perdre sa position,

MAUBERT

Bon ! Tu te retournes aussi contre moi?

FLINGAULT

Tu t'imagines que je vais te féliciter? tu te trompes.

MAUBERT

Qu'est-ce que ça te fait que j'aie giflé M. Bozon?

FLINGAULT

Ça me fait qu'il devait me prêter (Hésitant) sept louis..» .

FRANCIS, à part, à gauche.

Tiens, tout à l'heure il m'avait dit cinq louis I

Oui... sept louis... et je puis me bomber, maintenant, sept louis que je perds par ta faute I

MAUBERT

11 te les prêtera tout de même.

FLINGAULT

Il me prêtera la peau, voilà ce qu'il me prêtera. (Siieuce.)

HAUBERT, timidement.

J'avais l'intention de te demander d'être mon premier témoin.

FLINGAULT

Manquerait plus que cela ! . . .

MAUBERT

Tu me rendrais service, mon vieux Flingault !

FLINGAULT

Jamais de la vie! on me fourrerait en prison.

MAUBERT

Sous Louis XIII, plus maintenant. Quant aux sept louis, je t'en offre dix !

FLINGAULT

Allons donc !

MAUBERT, tirant sou portefeuille.

Et j'éclaire séance tenante, (ii M tend deux billets.)

FLINGAULT Tu es très gentil, mais. . . ( II met la maia sur les deux Lilljîi.)

Quoi.

FLINGAULT

J'ai peur que tu croies, si je te rends service, que c'est à cause de l'argent.

MAUBERT

Quelle blague! Es-tu susceptible? Allons, c'est dit, tu consens ?

26 QUE SUZANNE n'EN SACBE RIEN

FLiNGAULT, prenant les billets.

Brouillon qui s'en dédit ! Et on le conduira par des chemins où il n'y a pas de cailloux, ton M. Bozon.

MAUBERT

Je n'ai pas peur de lui; si ce duel m'embête c'est à cause de Suzanne.

FLINGAULT

Ta femme? ïu n'as pas besoin de lui conlier que tu te bats pour Fanny,

MAUBERT

N'importe, elle est très impressionnable, très nerveuse ; il faut lui cacher que je me bats.

FLINGAULT

Comment ?

MAUBERT

Ça te regarde, il faut que tout soit terminé dans la journée de demain. Ainsi,' tu as bien compris, il faut que Suzanne n'en sache rien I

FLINGAULT

Tu as raison; les femmes s'exagèrent toujours ces histoires-là.

MAUBERT

La mienne en deviendrait folle.

FLINCATLT

Tune recevras les ti'moins do ton adversaire que dc- *main matin, — et ton bureau ?

MAUBKRT

Je n'irai pas afin d'être là quand ces messieurs se présenteront et de te les adresser.- Ah ! où se traitent ces affaires d'honneur ?

FLINGAULT

Au café. Envoie-les ici. Vous vous battez au pistolet?

MAUBERT

Kon, non! Ce n'est pas prudent ; on est à la merci dun

armurier qui charge trop bien les armes et d'un maladroit qui vous attrape au jugé; pas de pistolet 1

FLINGAULT

L'épée alors ! est-ce que tu tires ?

MAUBERT

J'ai six ans de salle, je suis tranquille, on en sera quitte pour une piqûre au doigt.

Comme Jenny l'ouvrière.

MAUBERT

Autre difficulté ; Il me faut un second témoin ; je n'ai personne sous la main. Verrais-tu ça dans tes connaissances?

FLINGAULT

Ma foi, non... Ah! si, attends, j'ai ton afTaire : Gérald Louchepied.

MAUBERT, qui a mal entendu.

Le général Louchepied. Va pour Louchepied. Il est décoratif?

FLINGAULT

Il est attaché à l'ambassade Chilienne,

MAUBERT

Tu sais où le trouver ?

FLINGAULT

Dans le placard de ranticham])re.

MAUBERT

Il a une redingote, au moins ?

FLINGAULT

Certes; seulement, il te coûtera vingt francs.

MAUBERT

C'est cher.

Ah! c'est le prix qu'il prend dans le faubourg Saint- Germain.

28 QUE SUZANNE n'EN SACUE RTEN

MAURERT, tendant un louis.

Soit. Recommande-lui la discrétion.

FLINGAUI-T, se levant et partant par la gauche.

Il sait son métier ! Où se retrouve-t-on ?

MAUBERT, lui serrant la main.

Demain matin, chez moi, vers onze heures.

FLINGAULT

Rentre et couche-toi de bonne heure, (u désigne les soucoupes.) Je te laisse ça?

MAUBERT

Oui, oui... à demain.

Page 1